Peuple qui chante ne mourra pas, Les radios facteurs de frein

Publié le 18 Juin 2013

Nous avons dit que le premier aspect essentiel de cette chanson était de sauvegarder les vraies valeurs de la musique populaire chilienne.

Le Chili a toujours eu une musique originale, tant folklorique que populaire, mais elle était peu diffusée, défendue et encouragée ; et comme la plupart des formes d’art populaire elle se développait en marge des radios et des moyens de communication. Les radios du Chili, 150 environ, sont pour la plupart de faible portée ; ce sont des radios d’inspiration nord-américaine, c’es-à-dire privées et exploitées comme entreprises privées. Leurs propriétaires sont membres des sociétés agricoles (qui regroupent grands propriétaires terriens et riches éleveurs), sociétés minières, textiles, des corporations, des industriels et des particuliers qui contrôlaient et modelaient l’information et la culture. Le fait que ces radios soient la voix et l’idéologie de la classe dominante est d’une importance capitale, cela explique que nous ayons été exilés des ondes, cela sera aussi un maillon dans la préparation psychologique au coup d’état de 1973.

Ces radios retransmettaient très rarement la musique populaire et folklorique chilienne, celles des paysans, des mineurs, des pêcheurs, des ouvriers, celle qui parle de l’homme et se son univers, de ses aspirations, de ses croyances. Par contre elles retransmettaient, oui, ce que composaient et interprétaient les artistes venus eux-mêmes de la grande bourgeoisie, musique de salon ou de grandes propriétés, inspirée par la sécurité économique et qui se prétendait folklorique. En général, ils exprimaient plutôt le sentiment du patron que celui, profond, du poète populaire avec ses problèmes et ses joies ; plus encore, ils accentuaient la hiérarchie sociale existante patron-contremaitre-ouvrier agricole, imprégnée de nationalisme et du culte du « macho ». Rien d’étonnant alors que des artistes comme les Quincheros se soient mis du côté de pinochet, qu’ils aient été complices de la mort et de l’emprisonnement d’artistes populaires et qu’ils aient reçu comme récompense de la junte une bonne place aujourd’hui.

Sur les ondes, donc passait cette prétendue musique folklorique traditionnelle ou musique de structure folklorique, dépourvue de tout langage se référant au peuple, musique de salon qui avec le temps a été considérée comme populaire, exemple le « ay ay ay » ou le « Rio rio ». en fait, cette musique, dans l’indifférence du peuple, reflétait surtout le goût de la bourgeoisie.

Un autre genre de musique remplissait les programmes : musique européenne ou latino-américaine mais peu par rapport aux 90 % de musique nord-américaine. Celle-ci s’introduisit au Chili comme dans beaucoup d’autres pays en inondant radios et journaux de rock, en poussant les jeunes à avoir soif de gloire, sans qu’ils soient conscients du véritable contenu de cette vague musicale ; la plupart changeaient leur nom de Rebolledo, Carrasco, Martinezetc.. en William Reb, Carr Twings, Pat Henry, Peeter Rock etc.

Soutenus par les radios, les journaux, les maisons de disques, ils devenaient les idoles de notre jeunesse et d’excellents vendeurs de blue jeans, de chiclets, et autres emblèmes de la société américaine.

Ce triste spectacle d’auto-falsification, d’imposture, de négation de soi-même atteignait son comble quand, en plus de se présenter déguisés en cow-boys du Texas ou en brillants étudiants américains moyens, ils en arrivèrent à prendre les thèmes traditionnels chiliens ou latino-américains pour les chanter en anglais comme le « ay ay ay » (Peeter Rock) ou « Quiereme mucho » (Car Twings).

Et c’est ainsi que pendant que le Chili chantait joyeusement des airs de Dany Chilean, le dernier disque de Little Richard ou la dernière tonada languissante des Quincheros, les grands propriétaires, eux, continuaient à régner patriotiquement sue leurs grandes propriétés, l’alphabétisme et la mortalité infantile étaient catastrophiques, et les bateaux américains, grâce au bénévolat de nos bourgeois, continuaient à mettre à sac le pays.

Les radios ont donc été un facteur de frein dans la création populaire, et un véhicule de fausse musique populaire.

Il faut dire que la bourgeoisie regardait aussi vers l’Europe.

Il y a eu et il y a d’ailleurs au Chili, d’excellents musiciens, compositeurs et interprètes de courants artistiques européens.

Mais ceux-ci très rarement se sont tournés vers la musique populaire chilienne pour lui apporter leurs connaissances, incapables de créer quelque chose de national, considérant dans bien des cas que ce qui était populaire était de mauvais goût.

Ceci est non seulement caractéristique d’un pays sous-développé et dépendant économiquement, mais dépendant culturellement ; la bourgeoisie chilienne, comme la bourgeoisie de la plupart des pays latino-américains a été incapable d’encourager et de cultiver la création nationale et de même qu’elle importait vêtements, parfums, meubles, elle importait aussi, ou tenta de la faire, la culture européenne.

Si nous prenons un livre d’histoire de musique au Chili, nous verrons que la plus grande partie de son contenu est consacrée aux interprètes nationaux de la musique européenne, ou raconte la répercussion qu’ont eue au Chili les grands courants européens.

Les grands évènements étaient par exemple la première des opéras de Wagner, ou la première des Noces de Figaro.

Les courants nationaux manquent et aussi l’assimilation de la richesse de la culture européenne dans un sens orignal, qui aurait donné la semence d’une originalité. Les musiciens chiliens éblouis par la musique européenne méprisaient la musique populaire.

Eduardo Carrasco et Guillermo Haschke, revue Europe octobre 1976 (traduction Régine Mellac)

1. Peuple qui chante ne mourra pas ICI

2. Les radios facteurs de frein ICI

3. Un art véritablement national ICI

4. Un mouvement libérateur ICI

5. La montée du mouvement populaire ICI

6. Les artistes et les travailleurs ICI

7. Le retour aux valeurs esthétiques ICI

8. Les cantates ICI

9. Les groupes ICI

10. La haine de la junte ICI

Quilapayun

Rédigé par caroleone

Publié dans #Chili, #Arts et culture

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