Peuple qui chante ne mourra pas , La haine de la junte

Publié le 10 Juillet 2013

Peuple qui chante ne mourra pas , La haine de la junte

Évidemment la junte militaire avait toutes les raisons de ne pas oublier la Nouvelle chanson chilienne dans ses sinistres plans. Son influence sur les travailleurs était considérée comme un danger par ceux qui prétendaient détruire toute la progression qu’avait vécue le pays pendant les dernières années. Le jour du coup d’état militaire, des piquets spéciaux des forces répressives recherchaient les artistes progressistes pour faire taire leur voix et leurs guitares, pour brûler documents, chansonniers et disques et dans certains cas pour détruire les instruments.

C’est ainsi que Victor Jara est tombé, martyr des artistes populaires chiliens et latino-américains. Il mourut en chantant les chansons de son peuple et il continuera à chanter le chant des peuples opprimés. Son exemple montre bien avec quelle haine la bourgeoisie écoutait ses chansons et celles de ses camarades. Cette haine a poursuivi, emprisonné, torturé et assassiné beaucoup d’artistes. Angel Parra a vécu 6 mois dans un camp de concentration et ce n’est pas pour cela qu’il a cessé de chanter et de se joindre à la lutte antifasciste de son peuple. D’autres, fuyant la répression cherchèrent refuge ailleurs.

Mais même la plus cruelle répression n’a pas réussi à faire taire la Nouvelle chanson, bien au contraire. La voix de ses artistes s’élève aujourd’hui plus fort que jamais dans tous les continents comme un message de dénonciation, de lutte et d’espérance du peuple chilien.

La plupart des artistes qui avaient réalisé un travail politique important sous l’unité populaire vit aujourd’hui en exil, consacrant toute leur énergie à un travail de solidarité. Ils continuent à composer et le chemin qu’ils suivent reste déterminé par la douloureuse expérience qu’ont vécue les chiliens. Le contact avec d’autres peuples, d’autres cultures, d’autres valeurs esthétiques loin d’appauvrir la chanson chilienne l’ont enrichie et l’exil n’a pas entamé sa force, sa clarté et sa conviction de demeurer fidèle à ses origines et aux besoins culturels de son peuple.

La Nouvelle chanson chilienne s’est constituée en mouvement plus organique que jamais, plus unie encore dans les buts qu’elle se propose et consciente d’une nécessité de plus en plus profonde de lier l’art populaire aux devoirs politiques de la lutte sociale.

Aujourd’hui, la politique économique de la junte est de livrer : elle livre les banques, les industries, les entreprises d’état, elle abandonne les richesses nationales à l’impérialisme nord-américain, elle donne aussi toutes les garanties et les facilités pour que revienne la situation de pénétration culturelle et de dépendance qui existait avant l’Unité populaire. La CIA agit librement et fait venir au Chili des artistes yankees afin de montrer que cette dépendance a aussi un visage heureux et souriant. La famille Mac lean remplit les pages des journaux, les radios remettent à diffuser de préférence la musique nord-américaine – quand ce n’est pas de la musique militaire – et les informateurs préfèrent se préoccuper de ce qui se passe à New York, Londres ou Paris….

Malgré tout cela, malgré cette négation de notre culture, de notre art, des valeurs que le peuple chilien a fait naître au prix de tant d’efforys, la musique populaire apporte sa réponse. Elle manifeste une volonté inébranlable de résister au fascisme, de faire progresser et de défendre les conquêtes du peuple.

La musique andine arrive encore au premier rang des préférences malgré tout ce qu’a fait la junte pour la faire oublier ; apparaissent de nouveaux groupes, de nouveaux artistes, de nouvelles chansons qui remplacent les exilés. D’un autre côté, il existe une grande unité entre les artistes de l’intérieur et ceux de l’extérieur. On reçoit des chansons, des textes et de la même manière, par différentes voies sont introduites les compositions créées en exil. Par l’intermédiaire des radios qui diffusent des programmes vers le Chili –radio Moscou, radio Berlin international, radio Prague, radio La havane et autres- l’activité des artistes en exil est connue de tous les chiliens et latino-américains qui suivent avec attention les évènements importants étant donné que la Nouvelle chanson chilienne a pu s’exprimer dans de très nombreux pays. Partout, il y a eu des festivals Victor Jara qui ont réuni des artistes de tous les pays qui se solidarisaient avec le Chili en rendant hommage au grand chanteur disparu.

La Nouvelle chanson chilienne est une expression artistique en expansion qui aura encore beaucoup de chemins à explorer dans le domaine de la création, et beaucoup d’expériences politiques à vivre, mais qui toujours restera fidèle à ses origines, à l’exemple de Pablo Neruda, de Violeta Parra et de Victor Jara et surtout de son peuple qui continue, en chantant sa lutte et son espoir. « peuple qui chante ne mourra pas «.

Eduardo Carrasco et Guillermo Haschke, Paris mai 1976 (traduction Régine Mellac)

Revue Europe octobre 1976

Les autres parties

1. Peuple qui chante ne mourra pas ICI

2. Les radios facteurs de frein ICI

3. Un art véritablement national ICI

4. Un mouvement libérateur ICI

5. La montée du mouvement populaire ICI

6. Les artistes et les travailleurs ICI

7. Le retour aux valeurs esthétiques ICI

8. Les cantates ICI

9. Les groupes ICI

10. La haine de la junte ICI

Les chanteurs chiliens sur cocomagnanville:

* Victor Jara

* Violeta Parra

* Patricio Manns

* Inti Illimani

Rédigé par caroleone

Publié dans #Chili, #Arts et culture

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