Peuple qui chante ne mourra pas, Le retour aux valeurs esthétiques

Publié le 28 Juin 2013

Abordons maintenant le troisième aspect énoncé au début, qui a trait aux valeurs esthétiques mises en jeu dans ce mouvement.

La commercialisation, la volonté de transformer la chanson en une marchandise, le fait que le disque doive se vendre en grande quantité pour un investissement minimum, fait que le sens esthétique de la chanson ainsi que sa forme artistique sont déformés. Les impératifs commerciaux sont plus importants que la valeur artistique, et le monde de la chanson se transforme en un monde de vulgarisation de ce qui est sans force, facile, sans portée. La chanson devient un moyen d’expression de futilités, la répétition mécanique de lieux communs, la diffusion d’une pseudo-poésie, un moyen d’exciter la sensiblerie.

Elle perd alors son originalité, elle s’éloigne de l’art, se transformant en un article de consommation. L’industriel de la musique, le producteur de disques découvre les ressorts qui touchent la sensibilité populaire et de manière machiavélique fait tout pour l’influencer, mais dans le but d’augmenter l »idéologie qui lui convient ; et cette forme artistique qui a un passé si remarquable dans le Lied allemand, dans le Romance espagnol, dans le chant des troubadours et dans la musique folklorique de tous les peuples se transforme en un martèlement amorphe qui rivalise de stupidité et de vulgarité dans les hit parade et les rankings.

Remarquons aussi qu’il arrive toujours un moment où le but commercial de l’art manifeste son profond caractère réactionnaire, mettant à jour la contradiction flagrante entre la société capitaliste et l’essence profonde de l’art. nous avons dit que le mouvement populaire chilien était devenu la base d’appui fondamentale d’une culture nationale, et nous pouvons affirmer que, de même que la société bourgeoise à un moment déterminé entre en contradiction avec les racines profondes de l’art, de même, le mouvement révolutionnaire et progressiste apparaît comme l’unique force capable de faire revivre l’art.

C’est pour cela que la Nouvelle chanson démontre clairement comment la lutte politique révolutionnaire, spécialement dans le domaine de l’art, se confond avec les objectifs essentiels de cet art.

Les artistes de la Nouvelle chanson luttent pour rétablir la valeur esthétique de la chanson que le capitalisme détruit. Aussi cette lutte qui pourrait ressembler à une revendication purement esthétique est, en fait, politique.

Ajoutons encore que cette défense de l’art a été dès le début une des caractéristiques essentielles du mouvement de la Nouvelle chanson chilienne. Dès le début, les artistes ont été conscients que la lutte politique dépasse de loin la lutte pour l’art. Mais en même temps, c’est parce qu’ils étaient des artistes engagés que leur action a eu une telle portée et un sens si profond.

Avec eux, la chanson devenait un véhicule d’idées, elle devenait un moyen de diffusion idéologique. L’art n’en a pour autant pas été réduit à un simple instrument de propagande ou de lutte ; ceci n’aurait eu aucun sens si l’objectif n’avait pas été de continuer à respecter avant tout l’art comme tel. Politiquement engagés oui, mais comme artistes qui donnèrent toujours la priorité à la valeur, à l’authenticité et à l’originalité du chant.

La Nouvelle chanson est un art, de là d’ailleurs sa valeur et son efficacité politique. Il y eut bien sûr la musique pamphlétaire qui contredit peut-être ce que nous affirmons mais en réalité ce n’est pas là que nous devons chercher ce qu’il y a de plus original dans la Nouvelle chanson. Nous le trouverons plutôt dans l »indiscutable beauté des chansons de Violeta Parra, dans Victor Jara qui ont marqué la chanson chilienne.

Des musiciens chiliens se sont intéressés à cette tentative de réaffirmer la valeur de la chanson et parmi eux Luis Advis, Sergio Ortega, Cirilo Vila qui se sont rapprochés du mouvement et lui ont apporté toutes leurs compétences.

Edouardo Carrasco et Guillermo Haschke (traduction Régine Mellac)
Les autres parties

1. Peuple qui chante ne mourra pas ICI

2. Les radios facteurs de frein ICI

3. Un art véritablement national ICI

4. Un mouvement libérateur ICI

5. La montée du mouvement populaire ICI

6. Les artistes et les travailleurs ICI

7. Le retour aux valeurs esthétiques ICI

8. Les cantates ICI

9. Les groupes ICI

10. La haine de la junte ICI

Rédigé par caroleone

Publié dans #Chili, #Arts et culture

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