Une délégation navajo, conduite par le vice-président Rex Lee Jim rachète les masques navajos mis aux enchères par EVE.

Publié le 28 Décembre 2014

 

 

UNE DELEGATION NAVAJO, CONDUITE PAR LE VICE-PRESIDENT REX LEE JIM RACHETE LES MASQUES NAVAJOS MIS AUX ENCHERES PAR EVE

DE NOMBREUX NAVAJOS REGRETTENT QU’IL FAILLE PAYER POUR RECUPERER DES OBJETS QUI LEUR APPARTIENNENT

Le 15 décembre dernier, la firme EVE s’est à nouveau livrée à une scandaleuse vente aux enchères d’objets sacrés Amérindiens. Près de 300 objets, appartenant à des Nations Autochtones allant de l’Alaska jusqu’à l’état de Oaxaca, au sud du Mexique, étaient mis en vente. Cette fois, les Navajos ont envoyé à Paris une délégation, conduite par le Vice-Président Rex Lee Jim, accompagné par Jared King, du Bureau de Washington de la Nation Navajo, Leonard Gorman et Rodney Tahe, de la Commission des Droits de l’Homme de la Nation Navajo. Le Vice-Président a été choisi pour conduire la délégation en raison de ses connaissances, en tant qu’homme-Médecine, et de ses capacités pour authentifier les objets. Après avoir obtenu l’autorisation de voir les masques Navajo le 13 décembre et de faire une cérémonie pour les sauver de la profanation, la délégation Navajo a assisté à la vente du 15 décembre et acheté les masques Navajos. D’après un article du Figaro du 16 décembre, il apparaît que les Hopis et leur avocat ont protesté contre la vente de leurs objets, mais ont – comme d’habitude – été déboutés par le tribunal. Les médias ne disent pas un mot des objets d’autres provenances, bien que, toujours selon le Figaro, l’œuvre vendue au plus haut prix ait été un objet Pueblo d’Arizona. L’Ambassade des Etats-Unis, toujours d’après le Figaro et un article du Point paru le même jour (13 décembre), a tenté de faire reporter la vente des objets Navajos et Hopis – en vain – « demandant ‘le retrait temporaire de la vente des objets susceptibles d’être des biens culturels Hopi et Navajo à caractère sacré, afin de laisser aux représentants de ces nations le temps d’expertiser leur nature et leur provenance, et d’envisager les recours possibles pour leur restitution’ » (Le Figaro, 16 décembre 2014).
IdleNoMoreF15-12-2014SDes membres d’Idle No More France étaient présents devant la salle Drouot le 15 décembre, pour protester contre la vente et soutenir la délégation Navajo.
Bien que les Navajos se félicitent d’avoir pu récupérer leurs objets sacrés, beaucoup s’indignent de ce qu’il ait été nécessaire de payer pour se faire restituer ce qui leur appartenait.
Ci-dessous, la traduction française d’un article de Native News Online du 16 décembre 2014, et plus bas, un commentaire également publié sur le site de Native News Online, le 20 décembre.

Christine Prat

 

LA DELEGATION NAVAJO CONSIDERE SES EFFORTS DE RAPATRIEMENT COMME UN SUCCES : LES MASQUES VENDUS AUX ENCHERES ONT ETE RECUPERES

Par Native News Online
16 décembre 2014
Traduction Christine Prat

PARIS – La délégation Navajo en mission à Paris, conduite par le Vice-Président de la Nation Navajo Rex Lee Jim, a réussi à rapatrier les sept masques sacrés Navajos mis en vente par une firme de vente aux enchères, en faisant des offres et achetant la totalité des sept masques sacrés.

« Çà a été une mission très délicate, » dit le Vice Président Rex Lee Jim après la fin de la vente. « Nous sommes heureux de ramener ces masques sacrés Navajos chez nous pour qu’ils soient purifiés par nos hommes et femmes Médecine Navajos, qui vont déterminer quand ces masques seront utilisés pour nos cérémonies d’hiver. »

La délégation Navajo est arrivée à Paris vendredi [12 décembre]. En arrivant, la délégation voulait vérifier que les masques étaient bien d’origine Navajo. Lors d’une cérémonie privée tenue à la salle Drouot, le Vice Président a offert des prières Navajo sacrées pour les masques, tenus pour authentiques et datant du début des années 1900.

« Dans nos prières et chants dédiés à ces êtres sacrés Navajo, nous nous sommes exprimés et nos êtres sacrés savent que nous nous en préoccupons. Notre cérémonie était une façon de nous reconnecter avec eux et de leur faire savoir que nous étions là pour les ramener chez eux. Nous ne les avons pas oubliés. Nous nous préoccupons de ce qu’on nous enseigne d’être – Diné [Navajo]. C’est une façon de communiquer avec les êtres à l’intérieur de ces masques sacrés » dit le Vice Président.

Voulant susciter une prise de conscience dans un pays étranger, le Vice Président dit qu’il y avait un besoin urgent de comprendre, au niveau national et international, par respect mutuel des cultures et des rites et par respect pour la dignité et la diversité humaine, que « nous devons tous être conscients qu’il y a certaines entités sacrées que nous ne devons jamais, jamais vendre. Dans le cas présent, on ne peut imaginer vendre les êtres sacrés d’autres peuples. Ces masques sont des êtres vivants, qui respirent » ajouta le Vice Président.

« Ces masques sont des êtres spirituels et le peuple Navajo a des liens très forts avec eux. Nous devons les considérer comme tels » dit aussi le Vice Président Rex Lee Jim.

La délégation Navajo exprime sa gratitude pour l’énorme soutien de tous ceux qui se sont manifestés pour demander à EVE d’arrêter la vente jusqu’à ce que des représentants Navajo et d’autres tribus aient pu voir et authentifier les masques. Elle remercie l’Ambassadrice des Etats-Unis Jane Hartley, les officiels du Secrétariat d’Etat aux Affaires Etrangères des Etats-Unis et le Ministère U.S. de la Sécurité Intérieure. « Ceci a été une coopération de gouvernement à gouvernement, et nous en sommes reconnaissants » dit le Vice Président avant de quitter Paris.

La délégation Navajo devait rentrer à Window Rock, Arizona, le mardi 17.

 

Le 20 décembre, Levi Rickert a publié un commentaire sur la page ‘Opinion’ de Native News Online

C’EST DECEVANT DE DEVOIR DE DEVOIR RESTITUER DES CHOSES APPARTENANT AUX AMERINDIENS AVEC DE L’ARGENT

Par Levi Rickert
sur Native News Online
20 décembre 2014
Traduction Christine Prat

Commentaire

J’adore quand les Amérindiens se font restituer ce qui leur appartient. On nous a tellement pris. En fait, le mot que je devrais utiliser est nous a été ‘volé’.

Ainsi, j’étais reconnaissant quand Native News Online a pu annoncer que le Vice-Président de la Nation Navajo Rex Lee Jim avait réussi à récupérer à Paris les masques sacrés Navajos qui y étaient mis aux enchères. Il est allé là-bas avec une délégation pour offrir un prix pour les masques lors d’une vente. Il a dépensé plus de 9000 dollars pour récupérer les masques.

Les objets Amérindiens peuvent faire beaucoup de dollars aux enchères. Pour une raison bizarre, il y a une fascination pour les biens et les os des peuples Autochtones.

Mais il est triste que les gens qui sont prêts à payer beaucoup de dollars aux enchères pour les vestiges Amérindiens du passé ne se soucient aucunement des Amérindiens du présent qui luttent pour survivre dans des conditions dignes du tiers-monde dans tout le Pays Indien

Essentiellement, ils adorent nos objets ; mais ils ne nous aiment pas ou n’en ont rien à faire.

J’appelle çà le syndrome « des os contre la chair et le sang », ce qui veut dire qu’il est plus facile de se préoccuper des reliques du passé que des gens qui vivent aujourd’hui. Je sais que les masques Navajo achetés cette semaine ne sont pas des os, mais çà ne doit pas faire oublier ce que je veux dire : la plupart des Non-Autochtones aiment nos affaires mais ne nous aiment pas.

Si vous n’êtes pas d’accord, demandez à n’importe quel directeur d’un centre Amérindien urbain à quel point il est difficile de faire marcher le chauffage pendant les mois d’hiver. Les agences urbaines Amérindiennes se battent pour justifier leur existence permanente pour assurer des services absolument nécessaires aux membres de leurs communautés.

Bien que je sois content que le Vice-Président Navajo ait pu récupérer les masques Navajos, je suis déçu que de l’argent ait dû être dépensé pour des objets qui auraient dû être rendus à la Nation Navajo sans être payés.

L’argent aurait été mieux dépensé pour aider les Autochtones vraiment dans le besoin.

 

000-45684sFin juin, la firme EVE avait déjà procédé à une vente similaire. Klee Benally, Navajo, alors de passage à Paris, s’était rendu le 2 juillet au siège de la firme pour remettre une lettre de protestation. Il avait été assez mal reçu. Voir article, avec, à la fin, une vidéo de l’action du 2 juillet.

 

 

 

*****

Je suis choquée également de constater que les amérindiens doivent racheter leurs objets sacrés, leur patrimoine. Dans quel monde vivons-nous ?

Il n'y a vraiment que les profits qui comptent et le caractère sacré, nous ici en France on crache dessus ? 

Je suis athée et pourtant j'ai un grand respect pour toutes les coutumes et les rites des peuples premiers, qui eux, ne gênent pas leurs voisins ni ne font de prosélytisme comme c'est le cas avec les grandes religions.

Je constate que les indiens hopis qui sont aidés par l'ONG survival n'obtiennent aucune réponse à leur demande de restitution. Devront-ils eux-aussi recourir au rachat de leurs biens ? Survival ne peut-il pas les aider en ce sens ?

Je suis d'accord avec le commentaire ci-dessus qui dit que nos concitoyens s'intéressent bien plus aux objets, mythes et autres connaissances des peuples amérindiens que de leur survie dans ce bas monde. On croit acheter du rêve, et la réalité, elle soit se battre au quotidien avec l'aide de ceux qui ont une conscience et qui savent ce que c'est que le respect et ce que c'est que se dévouer pour une noble cause.

 

Caroleone

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Arizona, #indigènes et indiens, #Navajos dineh

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