Honduras : 220 ans de résistance et de la survie matrilinéaire du peuple Garifuna

Publié le 29 Avril 2017

Sambo Creek- 27 avril 2017 - Une fois de plus, le 12 avril a été commémorée l'arrivée du peuple Garifuna au Honduras, après avoir été expulsé de l'île de St Vincent (Petites Antilles), et livré des guerres consécutives contre les britanniques qui ont finalement saisi le dernier bastion des Caraïbes Arawak.

Au Honduras ces dernières années; l'état s'est approprié la date pour effectuer leurs rituels de pouvoir, en même temps qu'augmentait leur stratégie de dépouillement du peuple Garifuna, qui a commencé au début du XXe siècle quand a été livré le destin de la côte nord aux compagnies bananières, prétendant au cours du XXIe siècle expulser notre peuple et nos communautés à travers les "villes modèles" (ZEDE) et d'autres projets d'industries extractives.

L'ethnogenèse du peuple Garifuna remonte au milieu du XVIIe siècle, quand des naufragés africains ont été accueillis par des indigènes Arawak Caribe, dont nous avons hérité notre langue, notre religion et nos coutumes. A l'heure actuelle notre peuple préserve la langue Garifuna d'origine arawak maipure norteño Kalinago des Petites Antilles.

La famille élargie Garifuna prévaut, malgré les efforts de la culture dominante et du processus migratoire qui s'est intensifié à partir du milieu du siècle passé, contribuant dans une certaine mesure à fortifier la condition matrilinéaire de notre peuple, celle qui a ses racines dans les cultures du manioc amer (yuca) provenant du fleuve Orénoque et des peuples indigènes d'Afrique.

La matrilinéarité du peuple Garifuna a été ignorée et même enterrée par la culture dominante de la nature patriarcale, qui ignore tout simplement son existence et encourage le remplacement des réseaux de femmes dans nos communautés, promouvant l'organisation sociale de coupure occidentale qui nous convertit en simples statistiques et nous pouvons dire même en marchandise.

La matrilinéarité du peuple Garifuna a été signalée dans les recherches réalisées par Nancy Gonzales, qui dans son livre "Peregrinos del Caribe (Pèlerins de Caraïbe) a détaché l'importance que jouent les femmes dans les cérémonies en rapport avec le culte ancestral, lequel tourne autour des grands-mères (nagoto) auxquelles on paye un tribut dans le Dügü, religion animiste qui survit encore dans notre peuple malgré les influences exogènes, spécialement dans les sectes évangélistes qui refusent la possibilité de n'importe quel type de syncrétisme.

En plus de Nancy Gonzales, les anthropologues Virginia Kerns et Keri Brondo ont fait l'emphase sur la matrilinéarité Garífuna. Brondo a de plus écrit au sujet du rôle que nous jouons les femmes dans la défense du territoire ancestral, qui se trouve assiégé par une vague d'appropriations et des dépouillements qui disposent du soutien de l'état.

Bien que jusqu'à aujourd'hui nous réussissons à conserver la matrilinéarité, cependant, les politiques d'homogénéisation culturelle provoquées par l'État et les organismes financiers internationaux ignorent son existence et même provoquent la dissolution de la propriété communautaire comme un empêchement pour le "développement" de coupure occidentale, qu'ils provoquent avec un énorme acharnement.

Malheureusement l'hérédité matrilinéaire (alagận) a été substituée par le concept d'hérédité patriarcale prédominante dans la culture métisse. L'apparition du processus “de légalisation“ et l'attribution de terres promues par l'État ont servi à dépouiller le peuple Garífuna, et à ignorer l'hérédité matrilinéaire.

L'hérédité traditionnelle Garífuna contemplait les femmes comme les héritières, ayant substitué notre alagận par la vision occidentale où il est conféré à l'homme, spécialement aux plus âgés le droit à l'hérédité. La majorité des ventes de terres qui ont été démembrées de façon illégale des valeurs communautaires, retombent sur les hommes, spécialement ceux qui reviennent après avoir émigré aux États-Unis.

L'influence des meriganas - terme qui est utilisé en garifuna pour ceux qui habitent ou sont revenus des Etats-Unis - est frappante, déjà en plus de posséder un capital financier beaucoup ont acquis des usages et des coutumes en dehors de la culture Garifuna, spécialement en relation avec le concept de la propriété privée.

Les réseaux de femmes garifunas dans les communautés comptent en tant qu'organisations centenaires, comme les fameux clubs de danse, lesquels maintiennent vivantes les traditions orales de notre peuple, en plus de propulser des groupes de soutien social de dimensions incontournables.

Bien que nous ayons pu conserver dans une certaine mesure jusqu'à la aujourd'hui notre matrilinéarité, la perte de l'alagận implique la disparition lente de notre territoire qui fait envie aux entrepreneurs du tourisme, du palmier africain et extractifs; en s'appropriant le territoire par morceaux, en disposant de l'appui des municipalités, de l' Institut de la propriété et de la complicité du Ministère public qui comme d'habitude il se refuse à intervenir dans les dépouillements.

La survie du peuple Garífuna est un défi devant la disparition du territoire et la perte de la langue et la culture à travers l'influence des médias de communication maniés par la culture dominante en plus de l'échec de l'enseignement bilingue interculturel.

Les défis sont énormes, mais avec la protection et la conduite des divinités ancestrales, ainsi que la résolution dans la défense de notre héritage culturel et territorial nous réussirons à survivre en tant que culture différenciée, pour garantir les biens communs de la nature aux générations futures.

Organisation fraternelle noire hondurienne, OFRANEH

Traduction carolita du site de l'OFRANEH : 

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Matrilinéarité, #Honduras, #indigènes et indiens, #Garifunas

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