Cadarache : Dépôt dissimulé, de qui se Mox-t-on ?

Publié le 17 Octobre 2009

16-10-2009

 

Un téléopérateur à l’action lors d’une opération de nettoyage dans une installation nucléaire à Cadarache.
« Sortir du Nucléaire » évoque la piste des 34 tonnes de plutonium militaire recyclé

Risque de criticité ? Pour rassurer, Cadarache ouvre les portes de l’Atelier arrêté.

Est-on au bout de nos surprises dans l’affaire du dépôt de plutonium trouvé en juin au CEA de Cadarache et dissimulé à la connaissance de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) jusqu’au 6 octobre ? La valse-hésitation de l’exploitant nucléaire qui fête aujourd’hui ses 50 ans d’existence permet d’en douter.
8 kilos puis 22, aujourd’hui ce que le CEA regarde comme une simple « anomalie » porterait sur 39 kilos de combustible Mox réapparus à l’occasion du démantèlement de l’Atelier de Technologie du Plutonium (ATPu). C’est dans ce bastion ultra-sécurisé, lavé actuellement à l’hydrogène qu’Areva NC - ex-Cogema - a recyclé pendant des décennies le plutonium produit à la Hague et plus discrètement, celui militaire de l’arsenal américain.

39 kilos, 4 mois sous silence


Pourquoi avoir gardé le secret pendant 4 mois ? Pour « attendre d'avoir une vision globale des stocks », a d’abord répondu le CEA avant d’affirmer hier devant l’émoi suscité avoir « informé oralement » l’ASN le 11 juin dernier. « Le même constat a été présenté aux inspecteurs de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire au cours d'une inspection qu'ils effectuaient les 1er et 2 juillet 2009, à la demande du Haut Fonctionnaire de Défense et de Sécurité », nuance encore le CEA qui du coup ouvre grand ce matin les portes de l’ATPu à la presse.


« C’est hors sujet. Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, il n’y a pas eu de déclaration établie, formelle respectant le canal de transmission », réplique le « gendarme du nucléaire » dont la réaction mercredi a été radicale. A la suite de l’inspection vendredi du site par deux experts de l’IRSN, le collège de l’ASN a suspendu le démantèlement de l’ATPU commencé en mars dernier, considérant que l’exploitant « n’est pas en mesure de démontrer l’exactitude des inventaires comptables de matières fissiles ».
Une réaction à la mesure de la gravité de l’incident classé au niveau 2 sur l’échelle internationale des événements nucléaires qui en compte 7. Car la présence de 39 kilos de plutonium sous forme de « poussières » et de « pastilles tombées des fours » dispersés dans 40 des 450 cellules blindées - sorte de « boites à gants » - accroît le risque de criticité, sans pour autant atteindre le seuil d’amorce d’une réaction en chaîne semblable à celle dramatique survenue dans la centrale de Tokaïmura au Japon en 1999 : 2 techniciens morts, 19 autres irradiés et 900 habitants contaminés.

« Ils ont voulu faire l’instruction de leur côté »


L’ASN a dressé procès-verbal des faits qu’elle a porté à la connaissance du procureur de la République d’Aix-en-Provence qui pourrait ouvrir une information judiciaire. Au terme de la loi Transparence et Sécurité Nucléaire de 2006, l'exploitant qui omet de déclarer « sans délai » un incident, encourt un an d'emprisonnement et 15.000 euros d'amende.
« Ils auraient dû nous prévenir dans les 48 heures. Ils ont voulu faire l’instruction de leur côté. », déplore Laurent Kueny, chef de la division Marseille de l’ASN. « Cinq fois plus de matières qu’ils ne pensaient, c’est une vraie surprise pour une quantité aussi importante et c’est inadmissible car un exploitant doit connaître en tout moment et en tout lieu la quantité exacte de ses matières fissiles. », ajoute M. Kueny.


L’ATPu est une installation nucléaire de base mise en service en 1964. D’abord expérimentale, elle a produit chaque année jusqu’à son arrêt définitif en juillet 2003, 40 tonnes de crayons de combustible Mox (un mélange à base de poudre d’oxydes d’uranium et d’oxydes de plutonium) dont 35 tonnes à destination des centrales nucléaires allemandes.
Les dernières années d’existence de l’ATPu ont été émaillées d’incidents. En 2000, une défaillance informatique du logiciel de production était révélée puis plusieurs accidents de contamination en 2002 et en 2004. Mais surtout, un rapport de la Commission européenne de décembre 2003 révélait qu’une quantité « inacceptable » de plutonium s’avérait manquante dans la comptabilité de l’ATPu pour l’année 2002. Ce problème de comptabilité des sources survenait à la veille de l’arrivée de 34 tonnes de plutonium militaire alors que la vétusté de l’ATPu et du laboratoire de purification chimique attenant justifiait aux yeux de l’ASN leur fermeture depuis 1995 en raison de leur faible résistance au risque sismique…


Le ministre de l’écologie, Jean-Louis Borloo a rappelé « l’exigence absolue de transparence ». « Il est légitime de se demander si le plutonium excédentaire trouvé à Cadarache ne provient pas de ce « trafic » de plutonium militaire de 2004 entre la France et les USA. », déclare de son côté le Réseau « Sortir du Nucléaire » qui avec la députée européenne, Michèle Rivasi, « accuse le CEA d’avoir caché la situation et les autorités d’être manipulées par l’industrie nucléaire. »
L’Assemblée nationale a décidé de convoquer la directrice de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, a indiqué le président de la commission du Développement durable, Christian Jacob (UMP) qui attend des éclaircissements. Est-elle seulement en mesure d’indiquer à quoi le CEA a bien pu mettre à profit ses quatre mois de silence ?

david Coquille

 

 

 

journal la marseillaise

 

 


Rédigé par caroleone

Publié dans #pilleurs et pollueurs

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C

Comme toi Cyril je pense que d'autres surprises vont nous tomber dessus car avec ce genre d'individus sans scrupules , ils n'en sont certainement pas à leur coup d'essai...


C

Quels autres manquements risquons nous de découvrir dans l'avenir? Déchets enterrés et autres surprises du même type ne m'étonneraient pas.