Chili : Le peuple Kawésqar ou Alakaluf

Publié le 29 Octobre 2013

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Les alakalufs ou kawésqars

Peuple amérindien d’Amérique du sud vivant au Chili dans le détroit de Magellan, la péninsule de Brunswick , l’île Wellington, l’île Santa Inès et les îles de la désolation.

Peuple de nomades marins

Langue : kawésqar

Le nom qu’ils se donnent : kawéskars = les hommes

Alakaluf serait une dénomination péjorative qui est dérivée du yaghan « halakwulup " mangeur de moules."

Population : en 2013 Puerto Eden compte seulement 8 descendants des kawésqars de pure souche.

Leur population n’a jamais dépassé les 5000 individus. Ils étaient néanmoins l’ethnie la plus importante de la Terre de feu.

Les Kawésqar continuent d'utiliser leur territoire, par exemple, en ramassant des moules. Photo : Leticia Caro

Histoire

"Nul ne sait d'où vinrent ces hommes. Après avoir traversé les eaux désertes et tourmentées du Pacifique Sud, ils furent probablement les premiers êtres humains qui foulèrent ce paradis protégé par les murailles andines et par la mer. Distincts des autres aborigènes qui peuplent les régions magellanes, ils reçurent des Yaghan de la Terre de Feu l'étrange nom "d'hommes de l'ouest avec des couteaux en coquillage", ce qui est la signification du mot alakaluf. Puis un jour, l'homme blanc fit son apparition sur ces rivages vierges, introduisant l'alcool et la syphilis, bouleversant l'existence des Alakaluf, qui s'obstinèrent néanmoins à conserver la coutume de trancher le cordon ombilical du nouveau-né avec un coquillage."

Francisco Coloane, Tierra del fuego, 1963

Les gisements archéologiques montrent que la région de la terre de feu était déjà habitée 6000 ans avant JC.

Avant l’arrivée des européens, la région de la Terre de feu était habitée par les amérindiens depuis près de 12.000 ans. Les alakalufs, pêcheurs nomades vivaient dans de nombreux canaux. C’est d’ailleurs les feux allumés par ceux-ci, visibles depuis l’océan qui donnèrent son nom à l’archipel, nom choisi par Fernand de Magellan qui fut le premier européen à atteindre les îles et traverser le détroit qui porte son nom en 1520.

image Homme et femme d'Emperaire

En 1881, 11 alakalufs ont été déportés de Patagonie par des européens pour être exhibés à Paris lors de l’exposition universelle puis au jardin du zoo de Berlin. Quatre d’entre eux seulement sont revenus vivants au Chili. Les restes des autres ont été rapatriés de l’université de Zurich au début 2010. A propos de cet incident, le président chilien s’est excusé au nom de l’état pour avoir laissé ces personnes être déportées et traitées comme des animaux (ce qui n’empêche pas que l’ethnie est en train de disparaître : et que fait le président pour éviter cela ?, note de bibi)

Leur population é été décimée à partir de la présence des premiers explorateurs, des missionnaires et des voyageurs à la fin du XIXe siècle à cause des maladies transmises par ces derniers lors des premiers contacts.

image

De longue date maltraités par les équipages de passage par le détroit de Magellan, littéralement clochardisés dès le courant du XIXe siècle, où ils étaient encore quelques milliers, les Kawesqar n'étaient déjà plus qu'une centaine au début du XXe siècle, parqués en 1940 par le gouvernement chilien près de sa base d'hydravions de Puerto Eden sur l'île Wellington. Le recensement de 1971 fait état de 47 Kawesqars au Chili, la "calypso" du commandant Cousteau de passage à Puerto Eden en 1978 n'y en trouve qu'une vingtaine. Les 15 derniers Kawesqars recensés en 2006 survivent misérablement à Puerto Eden. Il n'y en aurait plus que 6 authentiquement de souche en 2009 au passage de l'expédition, de Christian Clot.

Mode de vie

Ils avaient à peu de choses près le même mode de vie que les yaghans.

Les alakalufs étaient d’excellents pêcheurs. Ils possédaient d’ailleurs un vocabulaire maritime très vaste pour nommer les marées, les courants, les balisages naturels, les phénomènes climatiques.

Se déplaçant par clans familiaux dans leurs canots d’un bout à l’autre du détroit de Magellan, leurs activités étaient liées à la pêche aux poissons aux coquillages et crustacés ainsi qu’aux moules géantes (cholgas) et à la chasse aux phoques et aux otaries. Ils consommaient les baleines échouées, les morses également.

La pêche se pratiquait au harpon et à la boleadora avec une, deux ou trois boules.

Les femmes étaient les seules à savoir nager. Elles plongeaient pour chercher des fruits de mer en tenant un panier entre les dents. Quand elles donnaient naissance à une fille, dès le lendemain, même lors des froids rigoureux elles prenaient la nouvelle née sur leur dos et entraient dans l’eau avec elle s’immergeant jusqu’au cou.

Dans le canot c’étaient les femmes également qui ramaient permettant aux hommes de rester à guetter avec le harpon à la main au cas où des touches se présenteraient.

Image : femmes alakaluf arrivant à la mine de Cutter Cove, 1907

Les canots étaient fabriqués avec des planches et des écorces cousues au moyen de lianes trouvées dans les forêts côtières d’où leur surnom d’indiens canoeros. Ils étaient imperméabilisés avec de la mousse, des algues et de la boue. Ces embarcations propulsées à la rame avec parfois l’appoint d’une peau de phoque en guise de voile pouvaient contenir 9 à 10 personnes puis un petit feu entretenu sur un lit de cailloux, de sable et de coquillages. Les canots étaient fragiles mais fuselés et rapides avec une bonne assise sur l’eau et les alakalufs pouvaient nomadiser dans ce monde hostile de Patagonie pour pêcher et chasser. Les haltes se faisaient sur les plages où les tentes alors étaient dressées.

image construction de la hutte

La chasse

Ils pratiquaient également parfois la chasse au huemul(cerf), coipos (rongeurs) et canards sauvages.

Habitat

Les huttes, sortes de wigwam en forme de pain de sucre étaient constituées de branches fixées circulairement dans le sol et réunies à leur extrémité par des joncs. Un foyer occupait le centre de la hutte. Elles étaient couvertes de peaux de phoques et démontables au gré des déplacements.

image : shaman Gusinde

Croyances

L’influence spirituelle était exercée par les sorciers et les anciens. Ils croyaient en un être suprême Wanauinewa , le créateur de toutes choses ainsi qu’à plusieurs dieux et esprits.

Le guérisseur se nommait l’owurkhan. Il était le médecin, le shaman ou le prêtre sorcier. Il s’occupait de soigner les malades, de maintenir une influence spirituelle sur les individus et de prédire le temps.

Dans leur cosmogonie ils pensaient qu’après la mort les bons allaient dans un bois agréable dans lequel ils pouvaient manger à satiété ce qu’ils avaient aimé durant leur vie. Les mauvais, eux, étaient précipités dans un puits très profond dont ils ne pouvaient ressortir.

Quelques esprits étudiés par Emperaire :

  • Ayanema : il imposait sa présence maléfique dans les rêves et les maladies et pour s’en débarrasser il valait mieux changer de campement ou de plage
  • Kawtcho : un esprit rôdeur de la nuit qui marchait sous terre durant le jour
  • Mwono : l’esprit du bruit rôdant dans les montagnes et les glaciers

Ils ne possédaient apparemment pas d’être supérieurs et bons.

Ils refusèrent énergiquement la religion du colon.

image

Dans l’année existait deux moments forts marqués par des jours d’abondance et de réjouissances réunissant les campements des parents :

  • Au printemps lorsque les hommes escaladaient au péril de leur vie les falaises à pic du Pacifique pour dénicher les œufs de mouette qui étaient un mets très apprécié.
  • En été lors des déplacements de chasse au phoque quand ces derniers se regroupent pour le temps des amours sur les plages et rochers.
Une lecture pour ce peuple :

Les nomades de la mer de José Emperaire

Il fut l’un des derniers à avoir pu observer leurs coutumes survivantes dans les années 1946/1947 au sein d’un groupe d’une centaine de personnes au poste militaire de Puerto Eden

L'hommage de Pablo

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Tous ont péri

Frères par l’eau et par le pou, par la planète

carnassière :

avez-vous vu enfin l’arbre du mât couché

par la tempête ? Avez-vous vu sur la pierre

émiettée

le tourbillon soudain de la neige en folie ?

Vous le tenez enfin ce paradis perdu,

vous la tenez enfin la médisante garnison,

vos fantômes enfin par le vent transpercés

embrassent l’empreinte du phoque sur le sable.

Et à vos doigts sans bague arrive enfin en

frissonnant

le petit soleil du désert le jour défunt,

dans son hôpital de vagues et de pierres.

Pablo Neruda (Le chant général, Le cœur magellanique)

Image : Enfants jouants nus dans la neige, Puerto Eden, 1953 photo J.Emperaire

Sources : wikipédia, limbos.org, Robert Lechêne via cocomagnanville, sur le net, moncelon.com

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Chili, #Peuples originaires, #Kawésqar, #Alakaluf

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L
Je viens d'en mettre un mais il n'est pas parti ? la date de 2013 me fait craindre que votre site ne soit plus "actif" ? Je lis le roman de Jean Raspail "Qui se souvient des Hommes..." toutes les ethnies disparues m'intéressent particulièrement et le Kaweskars en ce moment. Merci pour votre texte et les photos. Si vous avez des renseignements plus récents ce serait bien de le mettre sur votre site ou vous pouvez me répondre sur mon propre e-mail.
R
Et bien dis donc qu'est-ce que j'apprends avec toi sur tous ces peuples inconnus qui sont pourtant nos frères. Continue.
Amitiés
Roger.
C
Bonjour

Oui, mon blog est toujours actif, voire parfois hyperactif mais sur les peuples, je continue de creuser pour apporter de la source sur des peuples souvent méconnus. Au Chili j'ai bouclé toutes les ethnies, il faut aussi que vous preniez connaissance de l'article que m'a offert mon camarade Robert Lechêne au sujet des derniers yaghans qu"il a rencontrés, c'est un article que j'ai la chance d'avoir accueilli ici .

http://cocomagnanville.over-blog.com/article-chili-argentine-les-derniers-yaghans-de-117357575.html

Oui certainement, vous aurez de la saine lecture avec celle que vous me citer et oui il faut apprendre à connaître ses peuples et se passionner pour transmettre leur mémoire.
Amitiés

caro
L
Je vois la date et me demande si votre site est toujours actif ? Je m'intéresse aux peuples décimés par notre soit disant "civilisation", je découvre en ce moment les
Kaweskars dans le livre "Qui se souvient es Hommes..." de Jean Raspail. Quel monde de désolation est le nôtre aujourd'hui ou toutes ces ethnies ont disparues ou sont en passe de l'être. Merci pour votre recherche et les photos que vous publiez. Je suis proche d'eux.
C
ça me fait bien plaisir de le savoir Roger !!

Merci alors de ton intérêt, on a une de ses richesses humaine à découvrir, j'essaie de mettre les bouchées doubles en ce moment que j'ai la pêche nécessaire .
En tout cas, je suis contente car j'ai réussi à couvrir tous les peuples du Chili, je pensais qu'il m'en restait encore un mais non, je l'avais déjà fait sous un autre nom (atacama). Il faut dire qu'au Chili, hélas il ne reste que 9 ethnies, ils en ont décimé quelques-uns les vaches et Pablo n'avait pas tort dans ce qu'il disait à leur sujet.
J'ai dis ce midi à un de mes fils : si un jour je te dis comme aujourd'hui pour les peuples chiliens, que j'arrive au dernier peuple du Brésil, je serais certainement très âgée alors (il y en a au moins 250 ou 300 !!).....voilà, ça m'occupe et en même temps, j'aimerais que ces peuples soient représentés comme il faut sur la toile pour au moins réparer leur honneur volé.
Toutes mes amitiés

caro