Les vents du peuple me portent

Publié le 1 Mars 2014

Les vents du peuple me portent
les vents du peuple me traînent
me déchirent le cœur
et me dessèchent la gorge.

Face au châtiment
les bœufs abaissent le front,
impuissants et calmes :
les lions redressent la tête
et enfoncent de plus belle
leurs griffes funèbres pour châtier.

Je n'appartiens pas à un peuple de boeufs
mais j'appartiens à un peuple qu'encombrent
les repaires de lions,
les défilés des aigles ;
et les cordillères à taureaux
l'orgueil aux cornes.
Jamais les boeufs n'ont fait souche
dans les plaines d'Espagne.

Qui parle de mettre un joug
au cou de cette race ?
Qui parle d'entraver l'ouragan ?
Qui retiendra jamais le rayon
prisonnier d'une cage ?

Asturiens de bravoure,
basques de pierre dure,
valenciens de joie
et castillans de l'esprit,
ciselés comme la terre,
aériens comme les ailes.

Andalous nés des éclairs
entourés de guitares,
forgés sur les enclumes
torrentielles des larmes ;
hommes d'Extrémadure, comme le seigle,
galiciens de pluie et de calme,
catalans inébranlables,

aragonais de race pure,
murciens de dynamite
en fruit propagée,
léonais, navarrais, maîtres
de la faim, de la sueur et de la hache,
rois de la mine,
seigneurs du labourage,
hommes qui, parmi les racines,
allez de la vie à la mort
comme racines vivaces,
hommes qui allez du néant au néant :
les hommes de la mauvaise herbe
veulent vous passer le joug,
vous leur briserez ces jougs
sur les reins.
Le crépuscule des bœufs
commence à luire à l'aube.

Les bœufs meurent vêtus
d'humilité dans l'odeur de l'étable ;
les aigles, les lions
et les taureaux, meurent drapés d'arrogance
et derrière eux le ciel
ne se trouble ni ne défaille.
L'agonie des bœufs
a un visage étroit,
l'agonie des mâles
fait force à la nature.

Si je meurs, que je meure
la tête haute.
Mort et vingt fois mort,
la bouche contre le chiendent,
j'aurais les dents serrées
et le menton provocant.

Chantant, j'attends la mort,
il y a des rossignols qui chantent
sur les fusils
au milieu des batailles.

Miguel Hernandez Publié le 5 avril 1937 dans "La Voz del Combatiente" Recueil : "Viento del pueblo"

Rédigé par caroleone

Publié dans #La poésie que j'aime

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H
Bonjour Caro

Un bien bel hommage à la révolution Espagnole.
C'est vrai qu'il y a des petits airs de Neruda, une certaine dureté en plus.
De la poésie comme on l'aime ;-)

Bisoux

Serge
C
Bonjour Serge,

Merci de ta visite et de ta lecture....je ne sais pas pourquoi je trouve ce texte parfait et si parlant, j'aimerais un jour être capable d'écrire de telles choses.
C'était un terrien comme Neruda avec un avenir plus sombre.

Bises et beau dimanche

caro