Syriza, pistolet sur la tempe ou limite d'un système?

Publié le 21 Juillet 2015

 
 
Pendant qu'au Parlement grec, les députés votent pour mettre en place de nouvelles mesures d'austérité qui vont asphyxier encore plus les classes populaires, les camarades sont dans la rue afin de s'opposer au gouvernement et son État policier. Émeute dans les quartiers d'Exárcheia et d'Omónia.
Après avoir ''négocié'' un 3ème round de mesures d'austérité, Syriza s'est plié aux demandes de ses créanciers. La Troïka se réjouit, Jean-Claude Juncker en tête. Le président de la Commission européenne se permet de lancer « Le “Grexit” a disparu ». Dur coup pour la « gauche » européenne à la Podomos et autres. Une source gouvernementale, Jean-Luc Melanchon [1] reprenant en partie la phrase, a déclaré : « Avec un pistolet sur la tempe, toi aussi, tu serais d’accord. » Après le mirage offert par le résultat du référendum, c'est une intense gueule de bois qui frappe la « gauche radicale ». Depuis le nouvel accord, un coup d'État financier est décrié et plusieurs mettent la faute sur l'Allemagne et la ligne dure soutenue par Merkel. Certes, le pays de la Volkswagen fait partie de l'opération de démantèlement de l'économie grecque. Cependant, les racines du problème ne se trouvent pas là. Elles sont beaucoup plus profondes et résident dans un système, le néolibéralisme. 
 
Cible légitime
 
Évidemment, il est très légitime de décrier les agissement de la Troïka et de l'Allemagne qui, avec Merkel en tête, a tenu la ligne dure durant toutes les négociations afin de faire coucher la Grèce et profiter de son démantèlement. Mais avant tout, il s'agit-là d'un système économique qui existe depuis plusieurs décennies. L'imposition de mesures d'austérité ne date pas d'hier et fait partie de l'idéologie néolibérale.  Après avoir passé dans le tordeur l'Irlande, le Portugal, l'Espagne, l'Italie et Chypre, il ne fallait rien attendre de mieux avec le cas grec. 
 
 
Quand la gauche radicale s'auto-trahit.
 
« Avec un pistolet sur la tempe, toi aussi, tu serais d’accord. » Nul besoin d'être un anarchiste pour décrier l'agenouillement de Syriza [2] et la continuité de l'austérité à travers un 3ème mémorandum. L'aile gauche du parti s'en charge déjà. Les fondateurs de la Plate-forme de gauche ont vivement réagi. Yanis Varoufakis, ancien ministre de l'économie démissionnaire pour Syriza, ne s'est pas présenté la journée du vote. Panagiotis Lafazanis, ministre de l'énergie et leader de la Plate-forme de gauche, a déclaré que ces réformes étaient incompatibles avec le programme de Syriza. Des rumeurs courent selon lesquelles les ministres de la Plate-forme de gauche démissionneraient dans les prochains jours. Thanassis Petrakos, l'un des trois orateurs (speakers) du groupe parlementaire de Syriza et membre de la Plate-forme de gauche, a mentionné qu'il fallait préparer la sortie de la zone euro et le dire clairement à la population. Ouvrir une nouvelle voie en dehors des mesures d'austérité. Pour Zoe Konstantopoulou, présidente du Parlement grec : « Jamais je ne pourrai voter et légitimer le contenu de l’accord et je crois que la même chose vaut et vaudra pour le Premier Ministre, qui est aujourd’hui l’objet d’un chantage utilisant l’arme de la survie de ce peuple. Je crois que la même chose vaut pour le Gouvernement et les groupes parlementaires qui le soutiennent. » [3] Rappelons que les réformes proposées par Athènes ont passé, lors du vote au Parlement grec, grâce à l'appui de la droite et des traites du PASOK. Trop de membres de Syriza ayant voté contre la liste de réformes, il fallait donc se tourner vers les autres copains. 
 
Les limites concrètes de la sociale-démocratie.
 
Pour tout système d’organisation économique vient un système idéologique servant à le légitimer et le protéger. Le Capitalisme est le système économique dans lequel une minorité possédant les capitaux investis en entreprises exploite le travail de la majorité. Pour légitimer leur pouvoir, les capitalistes ont comme idéologie le Libéralisme. Cette idéologie suppose un choix et une restriction dans le pouvoir des gouvernants, mais donne le plein pouvoir économique à la classe possédante 
 
Ce fait peut être observé aisément : Les « démocraties libérales » ne servent qu’à une chose : Les partis politiques qui les constituent sont financés ou promus par des entreprises capitalistes pour les aider à gagner leurs élections. Lorsqu’un parti est porté au pouvoir, il renvoie l’ascenseur à ses bienfaiteurs au moyen de crédits d’impôts, subventions, octroie de contrats et défraient les coûts d’infrastructures servant leur entreprise. Malgré ce que certaines personnes en pensent, l’État n’a de pouvoir que le pouvoir militaire et policier qui sert à défendre par la violence les entreprises capitalistes. Tout le reste n’est qu’une illusion de choix. 
 
Les sociaux-démocrates interviennent au sein même de ce système, sans jamais en changer la racine, et préservent ainsi l’idéologie libérale et l’illusion de choix. Ils prétendent que l’exploitation peut être diminuée par un simple vote à tous les quatre ans. Pendant ce temps, le capitalisme continue d’exploiter, qu’il s’agisse de multinationales ou de PME, les banques et les organismes non gouvernementaux continuent leur domination économique, et le gouvernement continue d’utiliser la police pour réprimer violemment la population. Mais comment alors de tels partis peuvent arriver à se faire élire? 
 
Sans être en mesure de s’allier aux milieux financiers, les partis sociaux-démocrates n’ont ni ressources ni visibilité et sont forcés de s’approprier les mouvements sociaux, qui passent normalement par les grèves, les sabotages et les occupations. Ils s’attribuent le mérite de céder aux revendications des groupes militants, comme le Parti Québécois a fait au Printemps 2012 et comme Syriza s’accapare la lutte sociale grecque. Dans tous les cas, ces partis divisent les militants entre « bons » et « mauvais » afin de pousser non pas vers la victoire finale contre l’oppression, mais un compromis impossible avec cette dernière. 
 
Ces partis souffrent toutefois d’une profonde contradiction : En pacifiant les mouvements sociaux, ils se coupent de leur base électorale et doivent ainsi, pour atteindre ou conserver le pouvoir, se travestir et s’allier à une frange de la bourgeoisie, renonçant ainsi à leurs promesses au profit de riches individus. En se pliant à leurs demandes, ils cessent immédiatement de défendre les travailleurs/travailleuses et défendent ainsi le capitalisme et ce qu’ils appellent « la démocratie » bourgeoise. S’ils n’arrivent pas à se plier suffisamment aux caprices des riches, ces derniers étouffent l’économie du pays. Dans les deux cas, la population se sent trahie et peut tomber dans un sentiment d’impuissance politique ou se tourner vers le fascisme. 
 
Quelque soit l’issue, la sociale-démocratie ne fera toujours qu’aider à préserver le capitalisme. 
 
La voie, elle est dans la rue.
 
Sur le terrain, la lutte s'active encore et toujours. La réelle solution y réside. Les camarades ne cessent de mettre sur pied de nouvelles alternatives de lutte et de soutien, tout cela dans une perspective autogestionnaire et révolutionnaire. Un excellent documentaire intitulé « Ne vivons plus comme des esclaves » se penche sur quelques projets mis de l'avant et/ou soutenus par les anarchistes grecs. Pour le visionner, c'est par ici. Nous donnons tout notre support aux organisations anti-autoritaires qui luttent au jour le jour dont le but est de créer une nouvelle société débarrassée du néolibéralisme et de tous les systèmes d'oppression.
 
Sur diverses initiatives à travers le pays (liste non-exhaustive): 
 
Autogestion de l’hôpital de Kilkis: http://www.autogestion.asso.fr/?p=1002
 
Expérience d'auto-gestion à Thessalonique: http://www.reporterre.net/En-Grece-une-experience-autogeree
 
Communiqué des camarades de l'Union Syndicale Libertaire (ESE). Même si le texte date de juin 2012, il est (malheureusement) encore d'actualité : C’est dans les rues, et non dans les couloirs du parlement que notre sort sera décidé. http://ucl-saguenay.blogspot.ca/2012/06/grece-cest-dans-les-rues-et-non-dans.html
 
 
En Grèce, on transforme un camp militaire en potager collectif. Jardin autogéré à Thessalonique: http://www.reporterre.net/En-Grece-on-transforme-un-camp-militaire-en-potager-collectif
 
Athènes, dans le café anarchiste qui construit une société nouvelle: http://www.reporterre.net/Athenes-dans-le-cafe-anarchiste
 
Sur les dispensaires et pharmacies autogérés à travers la Grèce: https://solidaritefrancogrecque.wordpress.com/liste-des-dispensaires-sociaux-2/
 
 
[1]. Cofondateur du Parti de gauche en France et député européen. 
[2]. Syriza est un parti né d'une alliance entre divers groupes politiques, d'où son nom qui veut dire « Coalition de la gauche radicale ». La Plate-forme de gauche est une composante du parti et regroupe plusieurs organisations, majoritairement de tendance trotskiste. 
[3]. Elle a lancé cette phrase pendant son allocution, juste avant le vote de la Vouli sur le projet de réformes proposé par Tsipras et sa bande. 

 

Rédigé par caroleone

Publié dans #Grèce

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H
Bonsoir Caro

Il en est de sirizia comme du front de gauche, de mélénchon comme de tsipras, de la propagande comme de la poudre aux yeux ...
Mais bon, on le savait déjà en 2013 :
http://les-etats-d-anne.over-blog.com/article-syriza-aux-usa-reunions-a-huis-clos-avec-le-ministere-des-affaires-etrangeres-et-le-fmi-115049702.html#anchorComment
Je crains que Podemos ne nous apporte le même désillusion
Comme quoi un bon banquier est un banquier mort

Bisou

Serge
C
Bonjour Serge,

Podemos a déjà un pied dans la tombe à cause du soutien indéfectible de Pablo Iglesias à Tsipras, peu ont envie de le suivre en cela.
Je vais te raconter ma vie à ce propos, ce n'est pas très intéressant mais cela répond à ton interrogation.
Quand j'ai décidé de rejoindre le PCF je ne sais plus trop quand, après les luttes anti CPE il me semble, je suis tombée de plein pied dans les débats qui avaient lieu au sujet des collectifs antilibéraux pour les élections. J'ai donc pu connaître l'ensemble de la "gauche mantaise" à cette occasion autour de débats forcément houleux dans lesquels les communistes affrontaient les autres groupes réformistes. Je les ai beaucoup appréciés alors, les purs et durs comme tu t'en doutes, pas les ramollos car bizarrement, pour moi, en adhérant au PCF, je me référais à des idées de lutte des classes et ne pensais pas avoir affaire à autant de réformisme. J'ai appris très vite, j'étais arrivée trop tard, à la fin du parti, à la fin également de la section de Mantes qui a explosé un peu plus tard. Les camarades qui disaient alors que c'était une grossière erreur de vouloir entrer à tout prix dans des collectifs car cela affaiblirait forcément notre parti avaient raison, j'en ai toujours été convaincue. S'est ensuivi le résultat de MG Buffet aux présidentielles qui a plombé tout le monde. Mais le mal était fait, elle avait anéanti ce qu'il restait du PCF et quand par la suite elle a mis Mélenchon sur la sellette, les carottes étaient bien bouillies. Nous avions pourtant en Europe au moins 2 exemples de gauche plurielle qui avaient enterré les partis communistes avec leurs valeurs, leurs symboles et leurs noms : Die linke en Allemagne et la gauche Arc en ciel en Italie. Sont venues ensuite les gauches plurielles du front de gauche, de Syriza et de Podemos, il me semble avec le même état d'esprit. Il fallait entendre les cadres du PCF nous vanter et vanter encore ces groupes réformistes et "virer" tous les camarades qui disaient le contraire et continuaient de soutenir leurs idéaux marxistes. Vouloir rester dans la gauche européenne est également une grosse erreur, on ne fait pas bouger les lignes à l'intérieur de telles structures à majorité droitière, c'est peine perdue et l'on vend les combats et les luttes des militants, des travailleurs. On peut constater tout simplement aujourd'hui que soutenir syriza équivalait à mettre en place les programmes libéraux et affamer le peuple grec. Je n'ai pas soutenu syriza mais le non du peuple car ce qui importe dans ma lutte politique , ce n'est pas d'être dans un parti quelconque, c'est d'être avec le peuple qui bouge pour se libérer de ses chaînes et je n'avais pas confiance en Tsipras. Quand les médias faisaient courir le bruit qu'il était un dangereux communiste, qu'est-ce que j'ai ri . Ce qui est moins drôle c'est de penser aux gens qui commencent déjà à payer les pots cassés et qui n'ont même pas eu une petite lueur d'espoir malgré leur courage et leur détermination.
Voilà, tu vois, je crois que les pensées libertaires doivent être celles qui éclairent les chemins de nos luttes, encore et encore car il n'y a pas d'autres alternatives. D'où l'avantage d'être communiste libertaire, c'est très confortable, du moins c'est ainsi que je le vis.
Bisous
caro