Une centaine d’indigènes déplacés par les paramilitaires au Chiapas

Publié le 12 Octobre 2012

Une centaine d’indigènes déplacés par les paramilitaires au Chiapas


Attaqués par des armes à feu, ils ont dû quitter les communautés « Comandante Abel » et « Union Hidalgo ».


Hermann Bellinghausen
Publié le 25/09/2012
La Jornada

México DF.


Près d’une centaine d’indigènes, bases d’appui de l’EZLN, appartenant aux communautés « Comandante Abel » et « Union Hidalgo », commune autonome de « La Dignidad » au Chiapas se sont réfugiés dans d’autres villages dans des conditions qui ont été considérées comme « graves » par le « Frayba ».

Le 8 septembre dernier, 73 personnes de la communauté « Commandant Abel » on été déplacées sous la menaces d’armes à feu par un groupe considéré comme paramilitaire, lié à un autre que l’on connaissait sous le nom « Développement, Paix et Justice » et au PRI. Entre le 6 et le 19 septembre, le nombre des agresseurs est passé de 55 à 150, et ils ont installé un campement à 500 mètres de la communauté. D’autres familles ont dû abandonner « Union Hidalgo » à Sabadilla.


Une brigade d’observation, formée par des organismes civils et des collectifs de l’Autre Campagne a visité la zone pour rencontrer les déplacés et a constaté les faits et les a fait connaître. Notamment plusieurs impacts de balle sur les murs de l’école autonome et des boutiques coopératives et « elle a découvert aussi des tranchées cimentées creusées près de la rivière à 200 mètres du village ». Grâce aux témoignages des réfugiés eux-mêmes, on a pu identifier des armes R15. Pendant la nuit, les agresseurs depuis leurs tranchées menacent les villageois de leurs armes.

Deux jours avant de commencer leurs agressions , les paramilitaires se sont réunis à San Patricio avec les fonctionnaires Eduardo Montoya, Maximiliano Narvaez et Noé Castañon Leon, secrétaire du gouvernement, et avec des agents de la Sécurité Publique. Après sont arrivés d’autres individus en uniformes militaires et armés. « Il y a eu des coups de feu et nous nous sommes jetés à terre pour sauver nos vies ». Le 8 septembre, il y a eu tellement de coups de feu que les femmes sont parties sans savoir où aller. Il y a eu encore plus d’individus armés et en uniformes qui ont tiré ». Il ne reste qu’une trentaine de villageois dans la communauté. La moitié des 147 hectares est« occupée ». À l’entrée, il y a un contrôle de la Sécurité Publique de l’État depuis le 16 septembre, et il a plutôt l’air d’être là pour protéger les envahisseurs. Le 18 les policiers aussi ont tiré.

Quelques femmes se sont échappées vers la rivière. Les enfants « sont partis vers la forêt, sans savoir par où s’enfuir ; les coups de feu venaient de très près, claquant au dessus de nos têtes, touchant les murs de la maison », racontèrent les femmes. L’une d’elles expliqua : « J’étais en train de servir à la Boutique, soudain, les coups de feu ont éclaté, et les compagnes sont sorties en désordre. Trois jours sans boire ni manger ». Une autre raconte : Certaines se sont cachées sous les rochers et les arbres, deux avaient disparu, trois jours plus tard, elles ont réapparu à San Marcos ».


Les paramilitaires ont occupé la maison de santé communautaire autonome. « Les terrains sont surveillés, ils essaient de nous faire évacuer les bases d’appui. Beaucoup de nos parcelles sont envahies entre la rivière et la forêt. Le bétail et les pâturages se perdent, les paramilitaires coupent les clôtures, détruisent les récoltes, mais nous sèmerons de nouveau », annoncent-ils. Ils accusent le « mauvais gouvernement », car « c’est sa façon de nous faire la guerre et de nous user pour nous acculer. Nous n’abandonnerons pas la lutte et nous ne nous rendrons pas ».


La communauté de Union Hidalgo aussi « a été attaquée par les mêmes paramilitaires.

Dans la communauté autonome de San Marcos, les observateurs ont trouvé que les « déplacés » de Comandante Abel » étaient « dans des conditions très précaires ». Quatre des femmes sont enceintes et craignent de faire une fausse-couche. L’une des femmes qui avaient disparu après l’attaque raconte : « Les balles nous poursuivaient et quand nous sommes arrivées ici, nous en étions déjà malades. Nous ne sommes pas passées par le chemin, mais par le ravin. J’ai senti qu’il y avait un tigre derrière moi, je me suis perdue, j’avais l’impression que je n’étais plus de ce monde ». Maintenant elles sont prises en charge par le personnel de santé et les sages-femmes de San Marcos.

Des membres de la « Junta de Buen Gobierno »(JBG : Conseil de Bon Gouvernement) de Roberto Barrios ont fait à leur tour une déclaration : « Le gouvernement achète des gens. Ensuite, il les convainc de nous chasser de nos terres ». Et ils exigent du gouvernement qu’il retire ses militaires des terres zapatistes. « La Sécurité Publique et l’Armée ne doivent pas rester ici ».


À Zaquitel Ojo de Agua se sont réfugiées douze autres membres de la communauté de Union Hidalgo où il ne reste que quelques jeunes pour s’occuper des poules, des porcs et des dindons, sans pouvoir sortir. Ces jeunes sont menacés par des membres du PRI qui se cachent pour leur tirer dessus. Voici leur témoignage : « Nuit et jour, grâce à un mégaphone, les paramilitaires nous annoncent qu’ils vont nous éliminer parce que nous sommes sur une autre ligne, hors de leur justice et de leurs lois ; s’ils ne parviennent pas à prendre la communauté de « Comandante Abel », ils vont nous massacrer nous ».


Source :


http://www.jornada.unam.mx/ultimas/2012/09/25/153422879-desplazados-por -paramilitares-un-centena-de-indigenas-en-chiapas-frayba


Traduit par Chelmi

 

 

 

 

 


 

Rédigé par caroleone

Publié dans #Le chiapas en lutte

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
<br /> C'est toi qui leur redonnes vie, et je pourrais te retourner le compliment, grace à toi, nous avons des infos que nous n'aurions pas autrement. Et également des réponses claires, des explications<br /> lorsque nous ne sommes pas d'accord sur certains sujets.<br /> <br /> <br /> Voilà, merci Caro de te donner la peine de nous apporter tout cela.<br /> <br /> <br /> Bises<br />
C
<br /> <br /> Tu sais, malheureusement c'est tellement minime comme aide, ce n'est pas une goutte d'eau que je leur donne ni même une larme c'est une dose infinitésimale dans la mer de l'internet. Mais je<br /> m'accroche car justement nous ne sommes pas nombreux à diffuser et eux là bas sur le terrain comptent sur nous, nous sommes la parole qu'ils n'ont pas. Et ça, tu peux t'accrocher que même si je<br /> n'ai pas d'audience, rien ne me fera arrêter les diffusions des communiqués zapatistes, ceux pour les prisonniers politiques et toutes les luttes des peuples du Mexique et d'ailleurs. Grâce au<br /> mouvement zapatiste, on voit l'espoir semé dans toute l'Amérique latine, les mobilisations conjointes, la création du congrès national indigène (CNI) qui réunit de nombreux peuples en lutte et<br /> fertilise leurs efforts.<br /> <br /> <br /> Nous avons la chance ici d'avoir les moyens techniques qu'eux n'ont pas , alors qu'est-ce qu'un article édité sur un blog ? C'est 2 minutes de temps passé, un peu plus si je mets des liens et des<br /> images en rapport avec mes pages dédiées, ce n'est rien, aucun effort. Si chaque blogueur s'en donnait la peine à ma suite, imagine la tronche des autres fachos du Mexique !!<br /> <br /> <br /> Mais je rêve toute éveillée ma parole <br /> <br /> <br /> En tout cas Alberto a été opéré, ils ont quand même réagit et il a repris espoir ainsi que ses proches et ça c'est une petite avancée pour nous. On tient à peu de choses c'est vrai mais ce chemin<br /> est parcouru d'embuches et nous semons les cailloux de l'espoir comme le petit poucet. Il ne faut rien abandonner.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Bises et merci encore, je me couche avec un rayon de soleil au coeur<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> caro<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> Je pourrais te retourner le compliment, c'est nous qui avons de la chance que tu nous informes, avec en prime les réflexions que ces sujets apportent.<br /> <br /> <br /> Voilà, merci Caro!<br />
C
<br /> <br /> C'est sympa de continuer le débat ouvert par l'article sur les commentaires et c'est bien dommage que peu s'y collent. Tu as le mérite de poser les questions et moi ça me convient et puis si l'on<br /> n'est pas d'accord on peut toujours discuter tranquillement car l'important c'est d'arriver à comprendre la différence de point de vue de l'autre en la matière. Chez les militants, les<br /> communistes entre autres, on est des as de la discussion et des parlottes sur les thèmes politiques,économiques, sociaux etc....à n'en plus finir. Mais c'est toujours enrichissant . Pourquoi ?<br /> Parce que chacun s'écoute, par un système de prise de parole bien réglé ce qui fait que contrairement aux autres groupes ou même à la télé où les gens ne font que se couper la parole et que cela<br /> devient un véritable capharnaum, au moins là on peut et on doit écouter tranquillement. Chez les libres penseurs idem. J'avoue franchement que je ne suis pas un modèle et que je fous souvent le<br /> bazar et me fait rappeler à l'ordre, oula !<br /> <br /> <br /> Parce que déjà, je suis bavarde, ensuite je suis une femme, après je n'entends pas toujours ce qui est dit alors à un moment je zappe,et puis encore parce que j'aime mieux arriver comme un cheveu<br /> sur la soupe, et encore parce que quand c'est mon tour, je ne me rappelle plus ce que je voulais dire avec mon QI de poisson rouge <br /> <br /> <br /> Mais quand même je fais des efforts <br /> <br /> <br /> Voilà comment ça se passe chez nous autres les vieux dinosaures des campagnes napoléoniennes.<br /> <br /> <br /> Bisous encore Almanitoo et bonne nuit<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> caro<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> C'est à pleurer tout ça..quel avenir pour ces populations, si par chance on ne les tue pas?<br /> <br /> <br /> A côté de chez nous, en Grèce, on procède à l'évacuation des populations vivant sur les iles afin de les "louer" aux riches pays étrangers qui vont réaliser de luxueux complexes hoteliers...<br /> <br /> <br /> Mais quelle honte tout ça<br />
C
<br /> <br /> Bonsoir Almanitoo,<br /> <br /> <br /> Quel avenir, bonne question !!<br /> <br /> <br /> Eux se battent pour leurs droits comme les grecs dont tu parles mais avec la mondialisation et le monde qui marche sur la tête, je ne sais pas si les peuples originaires auront un jour droit de<br /> cité.<br /> <br /> <br /> Mais j'y crois quand même, car je me rends compte qu'en Amérique latine les choses bougent grâce aux rébellions, aux résistances qui ne sont pas vaines et nourries à l'espoir .<br /> <br /> <br /> Simplement, nous autres occidentaux, on a perdu le goût de l'effort, le goût de se battre pour ses droits, on le constate chaque jour dans le monde du travail et pour les acquis sociaux. On le<br /> constate quand on voit le mépris des citoyens devant les gens qui manifestent dans la rue, et s'ils gagnent la cause ces gens-là, c'est la communauté entière qui profite!<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> On le constate chaque jour devant le mépris des gens devant les militants considérés comme une engeance à part, sorte de vieux débris des luttes d'autrefois qu'ils essaient de pérenniser coûte<br /> que coûte.<br /> <br /> <br /> Mais sans les militants, les causes n'aboutissent pas car pour être reconnues les luttes doivent être portées par des orgas et ceux qui font vivre les orgas sont les militants.<br /> <br /> <br /> C'est comme ça......pour l'école idem. On a avait chaque fois une association en face de la nôtre reconnue par l'état, la FCPE une association qui essayait de faire ses choux gras en mettant en<br /> avant sa non appartenance associative et politique etc.....en parallèle avec nos idéaux portés.<br /> <br /> <br /> Sauf que lorsque l'on se retrouvait à l'IA ou dans d'autres instances, qui céty qui permettaient d'ouvrir les portes et d'obtenir les RV ? La FCPE qui alors n'était plus si bonne à rien !!<br /> <br /> <br /> Bon, j'arrête là mes réflexions philosophiques, sinon, j'en ai pour la nuit et quand je suis piquée à ce jeu-là du militantisme, je suis intraitable car je n'aime pas que l'on souille les luttes<br /> et les combats de mes camarades.<br /> <br /> <br /> Voilà, pour les peuples il en est de même, les victoires sont arrachées par les actifs, c'est une évidence.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Bisous et merci pour ton intérêt pour les peuples premiers, tu leur redonnes vie sur ce blog et c'est une grande chance que j'ai.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Caro<br /> <br /> <br /> <br />