Séismes et solidarité dans les Amériques : le rôle des communautés touchées

Publié le 5 Septembre 2026

Par : Antonio Peña Jumpa Publié le : 01/09/2026

Source de l'image : Agence de presse Andina.

La participation des populations touchées devient ainsi le rôle primordial de la société face aux séismes et aux catastrophes. Si elle parvient à maîtriser les abus mentionnés précédemment, elle peut agir sur les séismes à leur niveau le plus intime et humain : en favorisant la prise de conscience d’une reconstruction honnête et en permettant à chacun de se préparer proactivement à tout événement futur.

 

Séismes et solidarité dans les Amériques : le rôle des communautés touchées

 

Par Antonio Peña Jumpa*

1er septembre 2026 - Les récents séismes survenus sur le continent américain nous amènent à confirmer la nécessité d'une solidarité permanente face aux catastrophes, mais surtout, ils nous incitent à repenser le rôle de la société touchée afin d'initier un processus de reconstruction solide et de préparer sa capacité à répondre aux événements futurs.

Les puissants séismes survenus en juin, juillet et août 2026 au Venezuela, au Mexique, en Colombie et au Pérou confirment la vulnérabilité du continent américain.

En moins de 60 jours, la terre a tremblé à au moins six endroits différents, causant des milliers de morts, des milliers de disparus et des dizaines de milliers de blessés, ainsi que la destruction ou l'endommagement grave de centaines de milliers de maisons. Le tableau suivant présente la chronologie des récents séismes :

Face à cette situation de catastrophes multiples, l’action des autorités étatiques – y compris les fonctionnaires des gouvernements centraux, régionaux et locaux – doit être redoublée pour venir en aide aux populations touchées.

L’objectif est de faire face à l’urgence en secourant les personnes encore en vie et piégées sous les décombres, mais il s’agit aussi de fournir divers services aux survivants qui ont été touchés par la perte d’un membre de leur famille ou d’un proche, et par la perte de leur logement.

Le pire, c'est que les victimes n'ont rien à manger et n'hésiteront pas à piller pour se procurer de l'eau et de la nourriture. Un soutien matériel et psychologique est indispensable.

Selon l'ampleur des dégâts causés par le séisme, les besoins se multiplient de jour en jour. La population touchée est profondément traumatisée et a perdu son organisation sociale.

Dans ce contexte, le travail des bénévoles est indispensable, d'abord pour les opérations de sauvetage, puis pour la distribution de nourriture, d'abris, de tentes, et pour des services tels que le soutien psychologique. Mais surtout, la mobilisation de la population locale est essentielle.

La population touchée se trouve dans une situation de chaos en raison de la perte de son organisation et de ses réseaux sociaux, mais elle souffre également d’incertitude, de stress et de dépression (voir l’analyse de ces deux situations complexes dans l’article « Solidarité avec le Venezuela » des 28 et 29 juin 2026). 

Cependant, arrive un moment où la population touchée accepte le changement face à l'anomie et retrouve sa résilience face au choc psychologique. Il s'agit d'un processus de changement autonome, mais il peut aussi être soutenu par les autorités, les bénévoles ou les proches de la population concernée.

Avec ce changement, le rôle de la population concernée est également double :

D’une part, elle doit reconstruire son organisation sociale, depuis l’unité de base comme le pâté de maisons ou le quartier, jusqu’au district ou à la province touchés.

Par ailleurs, elle doit reconstruire ses droits afin de pouvoir mettre en œuvre son organisation sociale (pour plus d'explications, voir l'article susmentionné sur le Venezuela).

Cette double action collective de la population concernée permet le développement de la tâche la plus importante :

Participer au processus de reconstruction

Cette participation est essentielle pour prévenir trois principaux abus qui surviennent après les catastrophes :

1) le clientélisme ou l’exploitation politique pratiqués par les autorités locales ou nationales ;

2) le pillage par des entreprises « vautours » qui arrivent soi-disant pour aider, mais qui s’approprient ensuite à bas prix les ressources de la zone sinistrée ; et,

3) la corruption des fonctionnaires des entités publiques et privées qui est reproduite par la situation d'urgence, lorsque les autorités confient les travaux de reconstruction de plusieurs millions de dollars sans appel d'offres.

La participation des populations touchées devient ainsi le rôle primordial de la société face aux séismes et aux catastrophes. Si elle parvient à maîtriser les abus mentionnés précédemment, elle peut agir sur les séismes à leur niveau le plus intime et humain : en favorisant la prise de conscience d’une reconstruction honnête et en permettant à chacun de se préparer proactivement à tout événement futur.

(Écrit à Lima, les 31 août et 1er septembre 2026).


Antonio Peña Jumpa est professeur à l'Université pontificale catholique du Pérou et à l'Université nationale de San Marcos. Il est avocat, titulaire d'une maîtrise en sciences sociales et d'un doctorat en droit .

traduction caro d'un article paru sur Servindi.org le 01/09/2026

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Séismes, #Organisation communautaire

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