Brésil : Peuples autochtones de la Caatinga

Publié le 7 Août 2026

Caatinga dans la Serra do Capivara, Piaui Brésil : Peuples autochtones de la Caatinga

Caatinga dans la Serra do Capivara, Piaui Brésil : Peuples autochtones de la Caatinga

Por NASA and Miguelrangeljr - NASA plus my editions by myself, Domínio público, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=20403054

 

La Caatinga est un biome brésilien dont le patrimoine biologique est unique au monde. Elle occupe une superficie ‘environ 734 478 km2 (soit 10% du territoire national) dans les états de Paraíba, Piauí, Ceará, Río Grande do Norte, Pernambuco, Alagoas, Sergipe, Bahía, Maranhão et une partie du Minas Gerais.

C’est l’un des biomes majeurs les plus fragiles du Brésil, de longs siècles d’exploitation non durable de ses soles et de ses ressources naturelles ont entraîné une forte dégradation de son écosystème.

La Caatinga, d’une richesse particulière en biodiversité est classée en tant que savane-steppe. Son paysage est néanmoins très diversifié en raison des précipitations, de la fertilité des sols, des types de sols et du relief.

Son nom provient de la famille de langues autochtone tupi : ka’a + ting qui peut être traduit par forêt blanche.

 

Les peuples autochtones

 

 

Principales ethnies du Nordeste oriental 

Por Epalitot - Obra do próprio, Domínio público, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=9432461

 

En effet, les peuples autochtones sont présents dans cet écosystème depuis des lustres. Les plus anciens restes humains ont été découverts à différents endroits dont le plus important est la Parc national de la Serra di Capivara dans l’état de Piauí. Cette zone abrite la plus grande et la plus ancienne concentration de sites préhistoriques des Amériques. La Serra do Capivara était densément peuplée à l’époque précolombienne (Romero Simon, 27 mars 2014).

 

Exemple de peintures rupestres que l'on peut trouver dans le parc de la Serra do Capivara

 Por Desconhecido - Este ficheiro foi derivado de: Serra da Capivara - Several Paintings 2.jpg, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=29962386

 

Des ustensiles, des peintures rupestres et un crâne baptisé « Zuzu »,dont l’âge serait de 8000 ans ont été découverts dans cette zone. Ce vestige, actuellement à l’étude pourrait être plus anciens que le fossile de Luzia à ce jour le plus ancien d’Amérique du sud.

Dans l’une des zones les mieux préservées de la Caatinga, à l’intérieur des terres de Bahía se trouve le dernier grand refuge pour les jaguars et les pumas.

Cette région abrite 3000 sites archéologiques, vestiges des peuples autochtones il y a plus de 15 000 ans (bbcnewbrasil)

Selon les recherches sur les vestiges préhistoriques de la Caatinga, l’humanité aurait peuplé les Amériques bien plus tôt qu’on ne le pensait.

De nouvelles découvertes archéologiques révèlent que les autochtones étaient déjà conscients de la présence de dinosaures dans la Paraíba, ce qui est inédit sur la planète.

 

Occupation autochtone, les vrais « propriétaires » des lieux 

 

Tableau de 1641 d'Albert Eckhout intitulé « Femme Tapuia

»Por Albert Eckhout - scanned from the book Albert Eckhout: een Hollandse kunstenaar in Brazilië ISBN 9040089299, Domínio público, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=4924285

La Caatinga était occupée par 2 grands groupes linguistiques, les macro-jê et les kariris. Leur présence remonterait à au moins 2000 ans. Seulement, il y a peu de documentation et d’études coloniales sur les liens de parenté ou l’origine des premiers peuples autochtones qui ont habité la Caatinga.

Le peuple Tremembé originaire de la côte, est également présent dans la Caatinga, son origine reste mystérieuse.

Après le XIe siècle, les Tupis, originaires de l’Amazonie centrale arrivèrent dans la Caatinga en provenance sur sud-est du Brésil et remontant la côte.

Ces groupes ont développé un ensemble de rituels, de coutumes, de langues, de religions fondés sur la coexistence avec la nature du lieu.

Kiriris lors d'un défilé civique pour l'indépendance de Bahia à Caetité . (2024) 

Por André Koehne - Obra do próprio, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=149940123

 

La colonisation

 

Les premiers contacts avec le front de colonisation européen au XVIe siècle déciment de nombreuses nations et tribus autochtones (choc bactériologique dû au contact, esclavage, invasion de leurs territoires pour l’élevage bovin, présence des sucreries et établissement de nouveaux villages). De nombreux peuples du nord-est ont opté pour l’assimilation et ont alors, abandonné leurs coutumes, langue, religion pour s’adapter  à l’avancée européenne et aux habitudes de la société devenue dominante. Pour cette raison, de nombreux habitants du nord-est brésilien sont des descendants de métis d’autochtones et d’européens. Les peuples autochtones ne se sont pas contraints à l’assimilation, d’entrée de jeu, ils ont tout d’abord combattu pour défendre leurs territoires et leurs mode de vie. Ils ont joué un rôle de premier plan dans principaux conflits du l’histoire brésilienne.

Les peuples qui ont disparu de la Caatinga sont les Tokarjús, Karatiús, Icós, Icózinhos, Aconguaçus.

 

Les peuples autochtones de la Caatinga, de nos jours

 

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Les peuples autochtones ont su exploiter la région semi-aride de la Caatinga avec ses paysages plus ouverts propices à l’établissement de population humaine. Leur savoir-faire s’est accumulé au fil des générations et leur a permis de faire face aux conditions de vie difficiles sur ce territoire comme la raréfaction de l’eau, en s’adaptant du mieux qu’ils le pouvaient. Ils ont su, par exemple, tirer les bénéfices des plantes sauvages aussi bien pour leurs aliments que pour leur santé et le fourrage.

Actuellement, la Caatinga abrite plusieurs peuples autochtones dont le plus important (en nombre de personnes) est celui des Potiguaras, d’origine tupi et provenant de la forêt atlantique. Ils comptent plus de 20.000 personnes.

D’autres peuples sont toujours présents à l’intérieur des terres comme les Xukuru et les Pankaru originaires de la Caatinga de Pernambuco. Ils comptent respectivement 12.000 et 7000 personnes. Leur origine est probablement macro-jê.

Le peuple Fulni-Ô est le seul peuple autochtone du nord-est oriental qui a conservé sa langue ancestrale et des éléments culturels comme le rituel ouricuri.

Peuple Xukuru (image Cimi)

 

Les territoires

 

Ce biome est le berceau de 45 peuples autochtones soit environ 90.000 personnes réparties dans 36 Terres Indigènes (TI), occupant une superficie de près de 140.000 hectares.

Les plus vastes territoires sont ceux des peuples Kambiwá et Xukuru dans le Pernambuco et les territoires Pankararé et Brejo d Burgo à Bahía (107.000 hectares à eux deux).

Le territoire Kambiwá plus vaste du biome est situé dans l’état du Pernambuco ; il couvre plus de 31.000 hectares. Ce peuple (comme les autres de l’arrière-pays) a été exproprié de ses terres depuis le XVIIe siècle pour y établir des fazendas. Il a cherché refuge dans les zones humides et dans la région de la Serra Negra. Aujourd’hui, les Kambiwá comptent environ 3000 membres, ils sont engagés dans un processus de réappropriation ethnique.

Les peuples de la Caatinga vivent sur de petits territoires et subissent de fortes pressions engendrant de graves conséquences sociales, culturelles et environnementales.

 

Les peuples autochtones et la préservation de la Caatinga

 

Des environnementalistes, des chercheurs et des leaders autochtones soulignent que la délimitation des terres indigènes est très bénéfique pour la préservation de l’environnement car elle réduit la déforestation, préserve les forêts primaires et secondaires, prévient la pollution des cours d’eau et contribue à lutter contre le réchauffement climatique.

La lutte pour la délimitation des TI et pour l’environnement de la Caatinga représentent une lueur d’espoir pour la restauration des écosystèmes, de la faune et de la flore, car la Caatinga est l’un des biomes les plus dévastés du Brésil. Elle a perdu 45% de sa superficie initiale.

Les deux États les plus touchés par la déforestation dans ce biome sont Bahía et le Ceará. La déforestation dans la Caatinga est comparable à celle de l’Amazonie, un biome 5 fois plus vaste. Selon le ministère de l’environnement, il ne reste que 53,62% du couvert végétal originel. La cause principale est l’exploitation de la forêt pour approvisionner les aciéries du Minas Gerais et d’Espírito Santo et les industries du gypse et de la céramique de la région semi-aride.

 

La connaissance autochtone du territoire. Un exemple

 

Saison des fruits

 

« Notre flore compte de nombreuses espèces végétales, mais nous énumérerons ici celles qui portent des fruits, celles que nous utilisons dans notre alimentation quotidienne. Nous commençons en janvier avec l'anacardier, un fruit jaune et rouge, très sucré, et qui rancit ; il y a aussi le fruit de l'ouricuri. En février, l'ubaia mûrit, un fruit jaune et acide ; nous avons également le gavadinha, un arbuste qui produit de petits fruits foncés et sucrés, que nous mangeons, mais que les oiseaux apprécient également beaucoup. »

Anacardier (cajou) Anacardium occidentalis

Ouricuri (Attalea phalerata)

 

Uvaia (Eugenia pyriformis)

De mars à avril, nous avons le cajá, un arbre feuillu aux fruits jaunes ; le sol est couvert de feuilles, les enfants remplissent leurs récipients, il y en a beaucoup dans la forêt d’Ouricuri. En avril, nous avons le juá, aux fruits sucrés et collants ; l’arbre est épineux, et ses épines sont largement utilisées pour se nettoyer les dents. De mai à juin, nous avons le jenipapo et le goiti ; le premier donne un jus délicieux, en plus d’être utilisé pour la peinture corporelle. Le goiti est sucré et savoureux, mais a un arrière-goût amer. Ces plantes poussent sur les rives des rivières ; certaines personnes les mangent, mais beaucoup n’apprécient pas leur goût. La papaye a de l’eau à sa base, produit des fruits tout au long de la saison, et est grosse et juteuse lorsqu’elle est verte, utilisée comme dessert par les familles et comme aliment pour les enfants, tout comme les bananes en mai.

Cajá (Spondias mombim)

Jenipapo (Genipa americana)

Goiti (Moquilea tomentosa)

De septembre à octobre, on trouve la canafistule, utilisée en cuisine et, sous forme de sirop, pour lutter contre la grippe. En novembre, c'est au tour du fruit de la passion sauvage, et en décembre, du gobiroba. Je n'ai pas mentionné ici la mangue, le jacquier, le citron, le tamarin, le raisin, l'acérola, la carambole, la pomme cannelle, la noix de coco, le fruit à pain, l'orange ni le jambolan, car ce sont des fruits originaires d'ailleurs. On les trouve ici, dans la zone indigène, mais ce ne sont pas des espèces indigènes de la région.

Canafistule (Cassia grandis)

Gobiroba/gabiroba (Campomanesia adamantium)

Nhenety Kariri-Xocó, extrait de *Fulkaxó, ser e viver Kariri-Xocó* (Fulkaxó, Être et Vivre Kariri-Xocó) , publié par Sesc (lien sur l'ISA)

 

Les femmes de la Caatinga

 

Les femmes de la Caatinga ont historiquement subi (et subissent encore) de nombreuses inégalités, elles sont subordonnées aux hommes dans divers domaines, que ce soit au sein de la famille, au travail ou en politique

Cette situation évolue dans la Caatinga, petit à petit, car les femmes s’organisent dans des collectifs et mènent leurs propres luttes pour défendre leurs droits comme l’accès à l’eau, à l’éducation, à la santé.

Les collectifs sont important pour apporter aux femmes l’estime de soi pour créer des emplois et des revenus grâce à la gestion durable des ressources de la Caatinga. Il y a diverses coopératives, des associations de femmes, des clubs de mères, qui mènent des actions comme la culture du potager productif, la transformation des fruits locaux, la production d’artisanat, de cosmétiques.

Les femmes à présent font entendre leurs voix dans les instances décisionnelles et garantissent de meilleures conditions de vie à leurs familles et à leurs communautés.

 

Les peuples autochtones de la Caatinga, actuellement (Liste)

 

Atikum, Fulni-ô, Jenipapo-Kanindé, Jiripanco, Kariri-Xoko, Kantaruré, Kiriri, Kaimbé, Kambiwá, Kapinawá, Pankararé, Pankararu, Pankaru, Pitaguary, Potiguara, Pipipan, Tingui Botó, Tremembé, Tucumanduba, Truká, Tumbalalá, Tuxá, Xakriabá, Xukuru-Kariri, Xocó.

A ces peuples originaires, il convient d'ajouter les communautés quilombolas descendant des esclaves importés au Brésil lors de la traite des Noirs et qui ont fui se réfugier dans les forêts.

►Tous ces peuples ont un article plus ou moins bien détaillé dans ma base de données Peuples autochtones d’Abya Yala (Page du Brésil, peuples classés par ordre alphabétique)

 

 

Sources : Wikipédia en espagnol, ispn.or.br

 

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Brésil, #Peuples originaires, #Caatinga

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