Retour sur la mobilisation contre le Méga Canal : des milliers de personnes perturbent le chantier et amplifient la lutte !
Publié le 13 Juillet 2026
Plus de 3500 personnes étaient réunies ce week-end dans le Pas-de-Calais pour stopper le canal Seine-Nord Europe, ce projet pharaonique à 10 milliards d'euros menaçant 3200 hectares de terres, plus de 300 espèces protégées et qui projette d'accaparer 35 millions de m3 d'eau par an. Entre arrachage de centaines de mètres de clôture du chantier, chute de panneau, cortèges nautiques débordants et grande baignade, cette manifestation deux fois plus importante que la précédente a visé les travaux préparatoires du projet de Méga Canal, les forçant à s'interrompre pendant une semaine. La présence massive et la détermination populaire présagent d'une montée en puissance de la lutte dans les prochains mois !
En octobre dernier, 2000 personnes avaient déjà manifesté à Thourotte (Oise) contre les premiers travaux de rebouchage de l'Oise. Ce samedi 11 juillet, à l'heure où chacun·e peut sentir les ravages de la canicule et du dérèglement climatique, les opposant·es s'étaient donné rendez-vous à Oisy-le-Verger, à l'extrémité nord du tracé du Méga Canal, où les travaux d'une écluse sont entamés.
Depuis 2 jours, un village s'était installé à Villers-au-Tertre sur le terrain d'un paysan ami pour y accueillir de nombreux débats, ateliers, concerts et repas. En complément de la manifestation, le village permet à des opposant·es au méga-canal de toute la région ainsi qu'à des camarades de luttes soeurs venus d'autres endroits du pays de s'établir quelques jours ici et de se relier aux Villersois·es et autres habitants des environs.
Le samedi matin, matin, malgré des routes barrées, des gares fermées et des manifestant·es bloqué·es à l'entrée de Oisy-le-Verger, plus de 3500 personnes ont réussi à rejoindre le cortège, en voiture. Parallèlement, un convoi de vélo s'élançait pour déconstruire la propagande du Méga Canal en visibilisant ses ravages. A l'heure du déjeuner, les manifestant·es convergeaient sur une place ombragée de Oisy-le-Verger, où le début de rassemblement a d'abord été marqué par la présence de nombreuses paysannes et paysans locaux impacté·es. "Si 3300 hectares de terres sont en effet directement menacés par l'emprise du projet, c'est en fait plus de 4000 hectares liés à des exploitations agricoles qui sont accaparées", a rappelé Nina Lejeune, secrétaire nationale de la Confédération paysanne, "un impact catastrophique pour ces terres parmi les plus fertiles de France". Un peu plus tôt dans les rues d'Oisy, des habitant·es, applaudissaient l'arrivée des manifestant·es. Une consultation citoyenne organisée par un riverain de la commune en avril 2026 avait démontré une large opposition sur le territoire, avec un 70 % votes contre le Méga Canal. Il est maintenant clair que le canal Seine-Nord Europe n'est pas un simple projet d'infrastructure mais bien un profond réaménagement politique et économique du territoire. Cette lutte est et sera une des grandes luttes sociales et écologistes des Hauts-de-France.
Avant le départ du cortège, des grimpeur•euses féministes et queer ont hissé dans les arbres une grande banderole : "Xavier, c'est pas la taille qui compte", pour dénoncer la mégalomanie de Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France et de la Société du canal, l'un des artisan principaux de ce méga-ravage. Iels ont également annoncé avoir scié, au petit matin, un panneau "ici se fera le canal Seine-Nord" , annonçant la construction d'une écluse à Marquion, à quelques kilomètres au sud de Oisy-le-Verger.
Alors que la manifestation venait de s'élancer, avec à sa tête 7 tracteurs, le cortège s'est rapidement divisé en deux groupes : le premier, sur la route, a suivi le cortège prévu pour atteindre le canal du Nord existant. Cette voie d'eau, sous-utilisée et désinvestie, est la preuve qu'une alternative viable existe à ce méga projet de 10 milliards d'euros. L'occasion de se rafraîchir par un petit plongeon, avant de reprendre la route vers le chantier d'écluse !
Le second cortège a bifurqué par les sentiers et à travers champs, et s'est rapidement dirigé vers la clôture délimitant une future route dédiée à la logistique du chantier, scindant les champs tout juste moissonnés. Une clôture qui entravait les déplacements des agriculteur·ices qui cultivent encore les terres. Sur des centaines de mètres, un millier de personnes ont alors coupé les fils et arraché les piquets joyeusement sur des centaines de mètres, marquant ainsi leur volonté de stopper matériellement l'avancée des travaux et leurs divers déploiements sur le territoire ! Puis elles se sont arrivées en vue de la grand masse de terre décaissée de l'écluse en projet avant d'être ciblées par des tirs de grenade lacrymogène.
Les deux cortèges sont finalement parvenus à se rejoindre avec leurs fanfares et batucada au niveau du canal de la Sensée, à quelques centaines de mètres du quai d'embarquement construit pour le chantier et fortement protégé. Après avoir été empêché une première fois de passer sur le chemin de halage par la police, les manifestant·es ont réussi à s'y introduire par un petit toboggan naturel creusé dans une épaisse haie donnant sur les palplanches* de la berge. Des centaines de personnes se sont ensuite mis·es progressivement à l'eau avec une effigie de Xavier Bertrand couverte d’œufs de peinture, mise en pièce et promptement noyée au beau milieu d'un "méga canal tourbillon" et de siamo tutti antifascisti version clapotis. Un beau moment d'extase aquatique, de célébration des incartades des un·es et des autres et de nos retrouvailles.
A quelques centaines de mètres de là en aval, des dizaines de personnes restées cachées jusqu'ici, ont sorties des fossés diverses embarcations gonflables, kayaks et barques pour former un troisième cortège flottant en direction du quai de débarquement du chantier. Certains kayaks ont alors réussi à dépasser les zodiacs de la brigade fluviale cherchant à les attraper et à entrer dans la zone rouge sous l’œil médusé de dizaine policiers et de leur commandant regroupés sur un pont. Ils ont fini par être harponné et embarqués dans la pièce d'un Aldi désaffecté transformé pour l'occasion en gendarmerie d'appoint. Il n'en fallait pas moins pour que la foule restée sur le chemin de halage longe de nouveau le canal en direction du chantier et mette la pression pendant une bonne heure à une ligne de police casquée, et par la même à la préfecture, incertaine à ce stade des conséquences d'une charge en bord de canal. Après une négociation serrée, en chants et en petites avancées, les manifestant·es solidaires finirent par obtenir la libération des camarades kayakistes arrêtés. Elle ouvre à un retour au village, où plus de 1500 personnes se retrouvent, pour une une fête avec récit polyphonique des différents cortèges entre deux concerts. Le dimanche matin, après des conférences sur. l'accaparement de l'eau, l'autonomie communaliste ou la justice transformatrice, le week-end se clôt sur une assemblée de débrief du week-end et d'esquisses de perspectives de la lutte. Une des fanfares venue pour la mobilisation joue dans Villers-au-Tertre pour les 20 ans de mariage du paysan accueillant.
Depuis une semaine, l'annonce de la manifestation avait d'ores et déjà forcé les promoteurs du projet à stopper le chantier et à en retirer les machines. Cette dernière année a vu se multiplier les initiatives visant à consolider la lutte, à résister à l'abattage des arbres et aux déplacements des péniches. Ce 11 juillet 2026 marque la plus grosse manifestation à ce jour contre ce projet dont nul n'ignore désormais les conséquences désastreuses. Comme Méga Canal Non Merci l'a martelé en début de manif' : "Il est encore temps d'arrêter le Méga Canal et ses destructions : pas un seul mètre n'a été construit et moins de 10 % du budget a été utilisé !". Au-delà de l'opposition des habitant·es du territoire, l'assise institutionnelle du Méga Canal est mise à mal par de nombreux rapports institutionnels récents (Conseil d'Orientation des Infrastructures, Autorité Environnementale, Inspection générale des finances, Cour des comptes, Cour des comptes européennes, etc.) qui dénoncent depuis des années la gabegie financière et l'impact environnemental du projet. Puisque la troisième canicule de l'année n'a toujours pas l'air de faire reconsidérer au gouvernement l'urgence vitale à préserver les terres et l'eau, il va falloir de toute évidence que la pression augmente encore de quelques crans.
Rendez-vous dans les semaines et mois à venir pour pour stopper le méga scandale !
Donnez de la force aux camarades de Méga canal non merci si vous le pouvez 
* Planche de béton servant au maintien des berges
source : Les Soulèvements de la terre via fb https://www.facebook.com/soulevementsterre?locale=fr_FR
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