Honduras : L'Alliance paysanne, indigène et populaire entame une mobilisation contre les décrets qui aggravent la dépossession territoriale.
Publié le 22 Juillet 2026
Marcia Perdomo
20 juillet 2026
19h33
Les organisations paysannes, indigènes et populaires du Honduras ont entamé une phase de coordination avec une mobilisation nationale lors de la Journée du héros indigène Lempira, au cours de laquelle elles ont exigé l'abrogation des décrets qui durcissent le crime d'usurpation, élargissent la définition d'association terroriste dans le Code pénal et protègent les terres destinées au secteur agro-industriel, aux projets énergétiques, au tourisme et à l'élevage.
Tegucigalpa, Honduras – Des organisations unies au sein de l’Alliance paysanne, indigène et populaire, ainsi que le peuple garifuna, ont organisé des manifestations, des sit-in et des blocages routiers dans différentes parties du pays à l’occasion de la Journée Lempira, exigeant la fin de l’expropriation territoriale croissante qui s’est intensifiée au cours des six derniers mois avec l’accession à la présidence de Nasry Asfura.
Plus de 70 organisations ont participé aux manifestations, qui se sont déroulées dans différentes régions du pays. Parmi les lieux où des barrages routiers ont été érigés, on peut citer Quebrada Seca à El Progreso (Yoro), la route CA-13 au village d'El Boquete (Tela, Atlántida), la route CA-5 au carrefour d'El Conejo à Comayagua, la sortie sud de la capitale hondurienne à Francisco Morazán, Choluteca (Choluteca) et la route reliant Cayo Campo à Tocoa à Colón.
Près de Quebrada Seca, à El Progreso (Yoro), des organisations ont également exigé le retrait du projet de réforme de la loi générale sur l'industrie électrique. Crédit photo : Radio Progreso.
Les organisations populaires ont dénoncé l'approbation par le Congrès national d'un cadre juridique qui facilite la persécution judiciaire des personnes qui revendiquent des droits sur la terre, le territoire et l'environnement.
Parmi ces textes figure le décret 84-2026, qui a élargi de manière ambiguë la définition du délit d'association terroriste. Vient ensuite le décret 107-2026, ou Loi relative au renforcement et à la protection du secteur agro-industriel, des projets énergétiques, du tourisme, de l'élevage et des petits producteurs, qui protège les terres destinées à ces secteurs, même contre les procédures d'utilité publique, les réformes agraires ou autres contestations juridiques.
Ajouté au décret 93-2021, qui a durci le crime d'usurpation durant la dernière année de l'administration nationaliste de Juan Orlando Hernández (2018-2022) et que le Parti Liberté et Refondation (Libre) durant le gouvernement de Xiomara Castro (2022-2026), malgré ses promesses, n'a pas abrogé.
L’organisation hondurienne de défense des droits des communautés et de l’environnement (ARCAH), accompagnée d’autres organisations de base, a organisé une manifestation devant l’entreprise avicole El Cortijo, dans la banlieue sud de la capitale hondurienne. (Photo : ARCAH)
Ils ont également dénoncé l'affaiblissement des institutions chargées de garantir les droits agraires, environnementaux et humains, le retour du Honduras au CIRDI et la menace de consolidation des Zones spéciales de développement économique (ZSDE) existantes ou de promotion d'initiatives similaires. De plus, ils ont dénoncé le non-respect systématique des décisions internationales en faveur des communautés garifunas de Triunfo de la Cruz, Punta Piedra, San Juan et Cayos Cochinos.
L'Organisation fraternelle noire hondurienne (Ofraneh), qui s'est jointe à la mobilisation lors de la Journée Lempira, a soutenu l'appel de l'Alliance paysanne, indigène et populaire et a réitéré sa demande d'abrogation du décret 107-2026, de respect des décisions de la Cour interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) et de fin de la criminalisation de la défense des territoires ancestraux.
Le peuple garifuna s'est déclaré en état de résistance mercredi 15 juillet et a annoncé des actions de protestation qui se poursuivront jusqu'à ce que ses revendications soient satisfaites. Celles-ci incluent l'abrogation du décret 107-2026 et l'abandon des charges retenues contre cinq leaders communautaires – quatre hommes et une femme – accusés d'usurpation de pouvoir suite à l'expulsion violente du 5 juillet dans la communauté de San Juan, à Tela, dans la province d'Atlántida.
Au début de l'occupation de l'autoroute CA-13, avant 7h00, Rony Castillo, membre d'Ofraneh, a réitéré à Radio Progreso que le peuple Garifuna exige la clôture définitive du processus judiciaire contre les cinq défenseurs de San Juan, le respect des sentences de la CIDH et l'abrogation du décret 107-2026.
Castillo a affirmé que le pouvoir judiciaire continue d'ignorer les revendications des communautés et a averti que les manifestations se poursuivront et s'intensifieront même dans les semaines à venir. Il a également indiqué que le campement de Tuba Mena à San Juan restera en place jusqu'à la clôture du procès et l'abrogation du décret 107-2026.
Peu après midi, une fois le blocage de la route CA-5 à la sortie d'El Conejo à Comayagua levé, Bertha Zúniga Cáceres, coordinatrice du Conseil civique des organisations populaires et indigènes du Honduras (COPINH), a déclaré que le gouvernement n'avait pas répondu aux revendications du mouvement social et que les manifestations simultanées organisées dans différentes régions du pays étaient restées lettre morte. Elle a ajouté que les organisations préparaient une nouvelle phase de mobilisations nationales pour exiger l'abrogation des décrets controversés.
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Bertha Zúniga Cáceres, coordinatrice du COPINH, a dénoncé l'inconstitutionnalité du décret 107-2026 de Comayagua. Elle a averti que ce décret marque le début d'une vague de persécution et de criminalisation des peuples autochtones, des communautés paysannes et d'autres populations vulnérables, le tout au profit des intérêts des entreprises extractives. ( Photo d'archive)
Depuis Tocoa, Colón, Esly Banegas, de la Coordination des Organisations Populaires de l'Aguán (COPA), a affirmé que l'héritage de Lempira demeure pertinent dans les luttes actuelles pour la défense du territoire. « Nous souhaiterions qu'il y ait beaucoup plus de Lempiras ici, dans la vallée de l'Aguán, sur ces terres qu'on tente de nous prendre, à nous, peuple Garifuna, à nous, communautés paysannes, à nous, communautés qui entourent cette montagne à notre gauche, la montagne qui porte aujourd'hui le nom de Carlos Escaleras », a-t-elle déclaré lors de la mobilisation.
À l'occasion de la Journée de Lempira et en soutien aux actions de l'Alliance paysanne, indigène et populaire, la Confédération nationale des travailleurs ruraux (CNTC) et le Mouvement paysan Guadalupe Carney ont déposé un recours constitutionnel contre le décret 107-2026 auprès de la Chambre constitutionnelle de la capitale hondurienne. Ces organisations affirment que le décret viole les droits des paysans, exacerbe les conflits fonciers et facilite la dépossession de leurs terres.
Marcia Perdomo
traduction caro d'un article de criterio.hn du 20/07/2026
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movilización contra decretos que profundizan el despojo territorial
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