Argentine : L'avocate Sonia Ivanoff a dénoncé la régression des droits des peuples autochtones devant l'ONU

Publié le 20 Juillet 2026

16 juillet 2026

Dans le cadre de la 19e session du Mécanisme d’experts des Nations Unies (MEDPI), la spécialiste argentine a présenté la situation territoriale critique, la criminalisation des défenseurs et l’empiètement auquel sont confrontées les communautés mapuche tehuelche dans le sud de l’Argentine.

Le Palais des Nations à Genève est redevenu l'épicentre du débat mondial sur les droits humains des peuples autochtones lors de la 19e session du Mécanisme d'experts sur les droits des peuples autochtones (MEDA). Dans ce forum international, marqué par des débats rigoureux et une participation diversifiée, l'intervention de l'avocate argentine Sonia Ivanoff a mis en lumière la réalité des communautés de Patagonie.

Le MEDPI est un organe subsidiaire du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies créé en 2007, composé de sept experts indépendants chargés de fournir des conseils techniques aux pays sur la mise en œuvre de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones.

Dans ce contexte, l'avocate, représentant la Chaire des peuples autochtones de l'Université nationale de Patagonie San Juan Bosco, s'est adressée à la communauté internationale en Suisse. Respectant les règles strictes du mécanisme – qui limitent le temps de parole à deux minutes afin de garantir la participation de plusieurs délégations – Ivanoff a dressé un bilan des revers et des lacunes historiques de l'État argentin.

L'accent mis sur la criminalisation

Ivanoff a abordé de front les problèmes structurels qui affectent les communautés mapuches-tehuelches du sud du Chili. « L’objectif de cette 19e session des mécanismes d’experts est d’analyser la situation des droits des peuples autochtones en situation de conflit et de post-conflit. Cette situation découle du conflit historique non résolu lié à la subjugation, à la colonisation et à la dépossession fondatrice des États d’Amérique latine, notamment dans le cas de l’Argentine et du Chili », a expliqué l’avocate après son intervention au siège européen des Nations Unies.

Ivanoff a souligné la nécessité pour les organisations internationales d'agir afin de mettre fin aux persécutions et au harcèlement juridiques dont sont victimes les personnes à l'origine de revendications territoriales. À cet égard, l'avocate a expliqué que les conflits structurels et les empiètements sur les territoires figurent parmi les priorités présentées aux Nations Unies.

De même, elle a insisté sur la sécurité de ceux qui exercent une représentation communautaire dans les territoires : « La criminalisation des défenseurs autochtones doit être catégoriquement interdite, et la persécution et le harcèlement dont sont victimes les défenseurs des peuples autochtones, leurs dirigeants et leurs dirigeantes doivent cesser. »

L'intervention de Sonia Ivanoff

19e session du Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones (MEDPI)

Monsieur le Président, distingués membres du Mécanisme d'experts :

Je m'appelle Sonia Liliana Ivanoff. Je suis avocate, professeure et chercheuse à l'Université nationale de Patagonie « San Juan Bosco », en Argentine.

Je me présente devant vous pour vous faire part de ma profonde inquiétude face au grave processus de régression que subissent les droits des peuples autochtones d'Argentine, et plus particulièrement ceux du peuple mapuche tehuelche.

Le peuple mapuche est un peuple autochtone transfrontalier, reconnu par l'article 32 de la Convention n° 169 de l'OIT et l'article 36 de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Or, en Argentine comme au Chili, on observe une criminalisation croissante des autorités traditionnelles et des défenseurs autochtones liés à la revendication de leurs territoires ancestraux.

En Argentine, le régime de protection qui empêchait l'expulsion des communautés autochtones a été abrogé, et des mesures sont mises en œuvre pour réexaminer la propriété et la possession des terres communautaires autochtones. Dans la province de Chubut, des lois régressives ont été adoptées sans consultation ni participation des autochtones, en contradiction avec l'article 75, section 17 de la Constitution nationale et les normes internationales.

Dans la province de Santa Cruz, le dialogue concernant le projet de barrage hydroélectrique, qui affecte les territoires autochtones et leur patrimoine culturel matériel et immatériel, est au point mort. De plus, les procédures de restitution et de rapatriement des restes humains et des artefacts culturels autochtones sont toujours bloquées.

Je demande respectueusement à ce Mécanisme de recommander à l’État argentin de mettre fin aux mesures régressives, de garantir une consultation et un consentement libres, préalables et éclairés, de protéger les autorités traditionnelles et les défenseurs autochtones et d’assurer le respect effectif de ses obligations internationales.

La paix ne se construit pas en criminalisant celles et ceux qui défendent leurs territoires ancestraux. La paix n'est possible que lorsque les États respectent l'autodétermination, le territoire et les droits collectifs des peuples autochtones.

Merci beaucoup.

 

Un forum mondial et des États qui n'écoutent pas

Outre les conflits territoriaux historiques, la 19e session du MEDPI a abordé des défis contemporains de grande envergure, tels que l’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur les communautés et les biais technologiques, la préservation culturelle dans le cadre de la Décennie internationale des langues autochtones et les mécanismes visant à renforcer la participation directe de ces populations à l’ONU sans intermédiaires.

Pour des personnalités comme Ivanoff, le MEDPI représente l'un des rares outils internationaux permettant d'exiger des réponses des gouvernements. « Le mécanisme a déjà publié un rapport contenant des recommandations aux États, et cette question y est spécifiquement abordée », a conclu l'avocat, soulignant que le témoignage de Patagonie s'inscrit désormais dans un agenda mondial des droits humains que les États membres de l'ONU ne devraient plus ignorer.

Cet outil prend une importance accrue compte tenu des interventions controversées des représentants de l'État argentin, notamment depuis l'arrivée au pouvoir de Javier Milei. Un exemple flagrant s'est produit en novembre 2024 : lors du premier vote du pays devant l'Assemblée générale de l'ONU sous la direction de Gerardo Werthein au ministère des Affaires étrangères, l'Argentine est devenue le seul État à voter contre une résolution promouvant la protection des droits, des terres et des langues ancestrales des communautés autochtones.

traduction caro d'un article d'Infoterritorial du 16/07/2026

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