Mexique : Le gouvernement ne respecte pas les accords environnementaux visant à lutter contre les maladies et la pollution provenant de la centrale géothermique du Michoacán

Publié le 13 Juin 2026

Par Aldo Santiago

3 juin 2026

 

En couverture : Manifestation de communautés autochtones touchées par la pollution liée à l’exploitation de la centrale géothermique de Los Azufres, dans l’est du Michoacán. Photo : CSIM.

Alors que les communautés de l'est du Michoacán sont confrontées à une crise de maladies rénales associées à la contamination par des fluides gazeux et des liquides toxiques provenant de l'exploitation de la centrale géothermique de Los Azufres, appartenant à la Commission fédérale de l'électricité (CFE), le gouvernement fédéral n'a pas respecté les accords visant à aider les populations touchées, a dénoncé le Conseil suprême indigène du Michoacán (CSIM) dans un communiqué publié ce mardi (2).

Malgré les protestations du CSIM depuis début 2026 et les promesses subséquentes du gouvernement fédéral de régler le problème, l'organisation autochtone affirme que les autorités n'ont mené aucune étude scientifique sur les sources contaminées situées dans les communautés Otomi et Mazahua. Selon plus de 200 analyses géochimiques antérieures, le Conseil soutient que la toxicité de ces eaux est manifeste, révélant la présence de métaux lourds, ce qui est lié à la crise d'insuffisance rénale chronique d'étiologie indéterminée (IRCD) qui frappe la population de la région.

Selon l'étude « Maladie rénale chronique dans la région orientale du Michoacán et sa relation avec les conditions naturelles, l'impact environnemental et psychosocial », réalisée dans la Sierra de San Andrés, le champ géothermique de Los Azufres (CGLA) et les municipalités de Zinapécuaro et Hidalgo, les sources analysées présentent une abondance de bore, de silicium, d'aluminium, de strontium et d'arsenic.

Ce dernier élément chimique, toxique et cancérigène, a été retrouvé dans au moins 12 sites à des concentrations dépassant les seuils autorisés par la norme NOM-127-SSA1-1994, qui établit les limites admissibles de qualité et de traitement de l'eau destinée à la consommation humaine, « suggérant un effet potentiellement toxique des échantillons qui doit être pris en compte », indique l'étude réalisée par le Conseil national des sciences, des lettres et de la technologie (Conahcyt) et l'Institut des sciences et technologies du Michoacán.

L'étude a mis en évidence un taux anormalement élevé de maladies rénales dans une région confrontée à une crise sanitaire et environnementale, crise qui, selon les chercheurs impliqués, n'a pas encore été prise en charge. « L'incidence des maladies rénales chroniques coïncide spatialement avec la zone entourant le champ géothermique de Los Azufres ou la Sierra de San Andrés. Il existe des preuves évidentes d'émissions de gaz et de liquides, ainsi que de la gestion de déchets toxiques provenant du champ géothermique de Los Azufres, susceptibles d'avoir un impact environnemental », indique l'étude.

De son côté, dans un communiqué, le CSIM affirme que les communautés de Zinapécuaro, Hidalgo et Maravatío sont confrontées depuis deux décennies à des cas de jeunes et d'adultes ayant perdu leur fonction rénale, à des familles confrontées à de multiples décès et à des patients qui refusent l'hémodialyse en raison de la détérioration qu'ils observent chez d'autres patients.

 

Photos : CSIM.

Le CSIM dénonce également le manquement des autorités environnementales, et plus particulièrement du Bureau du procureur fédéral pour la protection de l'environnement (Profepa), à leurs obligations d'inspection environnementale concernant l'exploitation du CGLA. Il accuse en outre la CFE de violer la législation environnementale car, dans ses propres rapports soumis à la Profepa, celle-ci indique que, sur un total de 33 barrages de refroidissement, 12 sont dépourvus de tout revêtement. Le CSIM interprète cela comme un aveu de la part de l'entreprise publique selon lequel plus d'un tiers de ses barrages sont fortement polluants et ne respectent pas les normes environnementales.

« De plus, au cours des 44 années d'exploitation de la centrale géothermique, la CFE n'a pas été en mesure de couvrir correctement ses bassins contenant des fluides hautement toxiques et exposés aux intempéries, ce qui perturbe les aquifères », affirme le CSIM.

 

Crise de maladies rénales

 

Il y a un mois, le 8 mai, des tests de dépistage précoce de l'insuffisance rénale ont été menés auprès d'enfants de 10 à 12 ans de la communauté Otomi de San Matías el Grande. Ces tests ont été réalisés dans trois écoles, où 61 dossiers médicaux ont été recueillis. Sur l'ensemble des enfants analysés, 20 présentaient des anomalies, et sept d'entre eux nécessitent des examens complémentaires. Le CSIM considère cette situation comme préoccupante, car plus d'un tiers des tests se sont révélés positifs, indiquant les premiers signes de maladie rénale chez ces enfants.

Selon l'organisation autochtone, les tests ont été effectués par des médecins spécialisés, sous la coordination du Conseil communal de gouvernement de San Matías el Grande, « le gouvernement du Michoacán n'ayant pas respecté l'accord signé le 13 avril, par lequel il s'était engagé à réaliser des tests de dépistage dans les communautés proches de la centrale géothermique sous 15 jours ». L'organisation dénonce cependant qu'après plus de deux mois, les autorités prétendent être incapables de réaliser ces examens médicaux, « malgré l'abondance du budget et des ressources dont elles disposent ».

Dans ce contexte, le Conseil appelle les villes et les communautés de l'est du Michoacán à mener des études et des recherches afin de remédier à la crise sanitaire et environnementale qui sévit dans les municipalités proches de la centrale géothermique. « Il est anormal que 35 % des patients souffrant d'insuffisance rénale soient concentrés dans l'est de l'État, et il est anormal que leurs enfants de 10 à 12 ans commencent à développer des problèmes rénaux si jeunes. Nous maintenons que cette crise a un seul responsable : CFE », affirment-ils.

Selon une interview accordée aux médias locaux, le Dr Pedro Corona Chávez, de l'Institut de recherche en sciences de la Terre de l'Université michoacana de San Nicolás de Hidalgo et coordinateur de l'étude universitaire, explique que c'est à partir de 2021 que l'enquête sur la crise des maladies rénales chroniques a commencé après avoir entendu les témoignages de la population qui liaient l'apparition de ces affections après le début des opérations de la CGLA en 1982.

D'après leurs archives, les populations vivant à proximité de la centrale électrique ont commencé à tomber malades à la fin des années 1990. Corona souligne également que des initiatives législatives visant à résoudre le problème ont été lancées au moins depuis 2005, mais qu'elles n'ont jamais été prises en compte par les autorités.

Corona, qui a fait partie d'une équipe de plus de 40 universitaires et 70 étudiants collaborateurs pendant trois ans, souligne également l'omission de la part du CFE, arguant qu'ils n'avaient jamais pollué et refusant de partager des données qui permettraient d'enrichir la vérification de l'enquête.

Le chercheur explique que l'entreprise publique faisait partie du groupe de recherche et de plaidoyer, qui exigeait d'elle qu'elle effectue des prélèvements d'eau et d'air dans la région tous les six mois afin d'évaluer les impacts. Or, « ils ont catégoriquement refusé ; aucune donnée n'a jamais été fournie. Leur refus a toujours été inflexible. Nous leur avons fait une demande écrite, nous les avons interrogés au sein du groupe de recherche et de plaidoyer, mais ils n'ont jamais voulu le faire. De toute évidence, ils nous cachent quelque chose », souligne le Dr Corona.

 

Aucun résultat

 

Lors d'une conférence de presse le 6 mai, le porte-parole du CSIM, Pavel Ulianov Guzmán, a déclaré qu'aucun progrès substantiel n'avait été réalisé concernant les revendications des communautés issues des groupes de travail avec le gouvernement mexicain. « Bien qu'ayant accepté et entamé un dialogue visant à résoudre le problème de santé publique que représente l'insuffisance rénale chronique dans l'est du Michoacán, les autorités institutionnelles se sont, en réalité, livrées à des manœuvres politiques, avec une stratégie manifeste de retarder et d'éluder nos demandes », a-t-il dénoncé.

Suite à ces allégations, le 27 mai, des représentants de quatre communautés touchées ont tenu une réunion avec le secrétaire fédéral à la Santé, David Kershenobich, au cours de laquelle il a été convenu de mener une campagne de dépistage des maladies rénales chroniques dans les municipalités d'Hidalgo, Querétaro, Zinapécuaro, Tuxpan, Irimbo, Senguio et Maravatío.

Par ailleurs, le CSIM a demandé la création d'un hôpital spécialisé dans le traitement des maladies rénales chroniques à San Matías El Grande ou dans une autre communauté indigène de l'est du Michoacán, où la crise sanitaire est la plus aiguë. Malgré cela, les progrès restent minimes et le Conseil, dans un communiqué publié ce mardi 2, exige que les gouvernements fédéral et de l'État répondent à ses demandes. « Sinon », affirment-ils, « nous lancerons une Campagne nationale pour la défense de la santé, de la vie et de l'environnement et nous occuperons définitivement la centrale géothermique. »

traduction caro d'un article d'Avispa midia du 03/06/2026

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