Dans les hauts plateaux du nord du Kurdistan, la mémoire préservée par les femmes
Publié le 10 Juin 2026
09/06/2026
Par Mimihan Harbin Zaidan* – Les femmes qui perpétuent la tradition du bêrîvanlık dans de nombreuses villes du Kurdistan du Nord (Bakur) ont entamé leur saison de travail intense. Cette tradition constitue une source de revenus importante pour les femmes rurales, contribue à préserver le patrimoine culturel et à le transmettre aux générations futures, et favorise également un esprit de travail collectif et de solidarité communautaire.
Le terme « bêrîvanlık » (ou « bêrîvanî » ) désigne une ancienne profession ou tradition rurale kurde, principalement associée aux femmes qui élèvent des brebis et des chèvres, les traient et produisent des produits laitiers au printemps et en été. Le mot kurde « bêrîvanî » signifie « la femme qui élève les brebis, les trait et gère la production laitière » ; il désigne également l'exercice de cette profession ou activité.
Traditionnellement, le bêrîvanlık impliquait des déplacements vers les hauts plateaux durant l'été. Cependant, l'interdiction d'accès à ces régions par l'État turc, sous prétexte de « raisons de sécurité », a profondément modifié cette tradition. De plus, les trajets autrefois effectués à cheval ou à dos d'âne se font désormais en véhicule. Si ce changement peut sembler faciliter la tâche, les femmes considèrent les déplacements sur les routes accidentées comme dangereux.
Depuis de nombreuses années, le plateau de Meden Balek à Kharwata (Büyük Çiftlik), dans le district de Yüksekova, abrite des centaines de femmes qui pratiquent le bêrîvanlık. À l'arrivée de l'été, elles se rendent sur le plateau, installent leurs tentes et y vivent pendant de longues périodes.
Mais les restrictions imposées au Kurdistan du Nord affectent cette tradition et entraînent des changements dans sa pratique.
Après avoir été pratiqué pendant de nombreuses années dans les alpages, le bêrîvanlık se développe désormais dans des zones éloignées de la ville et des villages environnants.
Gömriye Tatlı (55 ans) raconte qu'elle pratique le bêrîvanlık depuis son enfance et qu'elle est aujourd'hui mère de neuf enfants. « Depuis toute petite, je viens traire les brebis. J'accompagnais ma mère quand j'étais enfant. La vie au village est rythmée par le bêrîvanlık , l'élevage et l'agriculture. C'est grâce à ces activités que nous essayons de subvenir à nos besoins. »
Gömriye confie que travailler avec d'autres femmes lui apporte joie et bonheur. « Avant, nous allions à cheval. Quand nous nous retrouvions, nous dansions des danses folkloriques et bavardions. C'étaient de beaux jours. Nous avons toujours été heureuses d'être ensemble. Une femme qui possède un seul mouton n'est pas différente de celle qui en possède quatre cents. Nous n'avons jamais remarqué de différence », dit-elle.
Comme autrefois, celle qui termine son travail en premier aide celles qui sont encore à l'œuvre. « On s'entraide, puis on se met tous à table ensemble et on rentre à la maison », explique-t-elle. « On franchit ces étapes grâce à la coopération et à la solidarité. Cela ne se limite pas à la traite des brebis, mais comprend aussi la fabrication du fromage et de divers produits laitiers. »
Gömriye ajoute que ces femmes ne considèrent pas cette activité comme un simple travail, mais plutôt comme une occasion de passer d'agréables moments ensemble. « Quand on se retrouve, on se sent enfin libres », explique-t-elle. « Si on restait tout le temps à la maison, on étoufferait. On s'est habituées à ce mode de vie et à ce travail, et c'est peut-être pour ça qu'on est en meilleure santé. »
Gömriye est convaincue que le rapport des femmes à la nature est différent de celui des hommes. Elle se consacre à cette pratique avec passion depuis plus de trente ans. « Être en pleine nature me remplit de bonheur », confie-t-elle.
Pour identifier ses brebis, Gömriye les marque de couleurs différentes. Chaque femme utilise une couleur différente pour ses brebis, et elle peut aussi les reconnaître à la forme de leurs mamelles.
Durant sa journée de travail, elle aime chanter pour passer le temps. Cependant, les chansons, qui commencent parfois comme un simple divertissement et une façon de profiter d'agréables moments, deviennent à d'autres moments des mélodies qui expriment son désir et sa nostalgie pour son fils, qui est en prison.
*Publié par l'agence de presse JINHA
traduction caro d'un article paru sur Kurdlat le 09/06/2026
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En las tierras altas del norte de Kurdistán, el recuerdo preservado por las mujeres -
Por Mimihan Harbin Zaidan* - Las mujeres que mantienen viva la tradición del bêrîvanlık en muchas ci
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