Cuba. Une nation en proie à une agression chronique. Deuxième partie

Publié le 16 Juin 2026

Par Resumen Latinoamericano le 14 juin 2026

 

Par Pablo Jofré Leal /Resumen Latinoamericano / HispanTV / 14 juin 2026.

Les États-Unis ont intensifié leur politique de pression maximale contre Cuba, combinant sanctions, blocus et actions juridiques pour approfondir le siège économique et politique.

Dans la première partie de cet article, j'ai souligné qu'après sept décennies d'attaques contre Cuba par tous les gouvernements américains, qu'ils soient démocrates ou républicains, de 1959 à nos jours, cette politique s'est intensifiée à des niveaux qui dépassent tout ce qui peut être considéré comme criminel en vertu du droit international, en particulier sous le second mandat présidentiel de Donald Trump.

Les mesures coercitives, les sanctions, les blocus, les embargos, les interdictions de commerce de biens de première nécessité et les entraves à l'approvisionnement énergétique placent l'île dans les pires conditions économiques depuis la période dite spéciale en temps de paix, après la chute de l'ancienne Union soviétique et l'effondrement du camp socialiste au début des années 1990.

De plus, les poursuites judiciaires engagées contre Raúl Castro Ruz constituent une nouvelle manœuvre de Washington pour poursuivre le harcèlement illégal de Cuba. Aujourd'hui, la machine judiciaire américaine est de nouveau en marche, avec tout le poids et les implications que cela implique, susceptibles d'interprétations diverses : établir un fondement juridique pour justifier une agression contre Cuba, voire l'enlèvement potentiel de Raúl Castro, sur le modèle déjà appliqué au Venezuela.

Cuba: Una nación agredida en forma crónica. Parte I | HISPANTV

Estados Unidos lleva 67 años impulsando y llevando a la práctica una política de máxima presión contra Cuba y su pueblo.

 

Le blocus en tant que système de pression intégré

 

Il est impossible de parler de justice dans ce contexte. Washington cherche à déformer le récit historique pour détourner l'attention du problème de fond. Le véritable débat devrait porter sur la longue histoire de l'agression américaine contre Cuba et les conséquences de cette politique criminelle pour cette nation latino-américaine. Ce bilan comporte des violations systématiques et, à ce titre, devrait faire l'objet de poursuites et de sanctions internationales.

Dans ce contexte, Cuba est moralement légitime pour exiger des comptes des responsables politiques, parlementaires et militaires américains pour des décennies d'actions hostiles. Cuba devrait exiger la capture, l'emprisonnement et le jugement du président américain. Cuba doit exiger l'application du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies en raison de la conduite du gouvernement américain qui menace la paix. Cette histoire d'agression américaine contre l'île peut se résumer aux événements suivants :

  • Invasion de la baie des Cochons (1961) :  une opération militaire financée et dirigée par la CIA, au cours de laquelle une force paramilitaire a débarqué à Cuba pour renverser la révolution cubaine naissante, faisant plus d'une centaine de morts avant d'être vaincue.
  • Attaques contre la population et l'industrie :  entre 1961 et 1965, des bombardements aériens directs ont été menés contre des sucreries et des zones peuplées, dans le but prémédité de ruiner l'économie et de semer la panique, causant la mort de dizaines de paysans.
  • Terrorisme et guerre biologique :  Cuba a dénoncé de multiples actes terroristes, tels que la tentative de faire exploser le vol 455 de Cubana de Aviación en 1976, qui a fait 73 morts, ainsi que l'introduction délibérée de ravageurs agricoles et sanitaires, dont la dengue hémorragique.
  • Tentatives d'assassinat :  actions multiples dirigées contre le commandant défunt Fidel Castro Ruz.
  • Blocus économique et commercial :  maintes fois considéré par la communauté internationale comme une violation des droits humains. Le cadre juridique, qui comprend des lois telles que la loi Helms-Burton, restreint considérablement le commerce et limite l’accès de la population à l’alimentation, au carburant et aux médicaments.
  • Guerre économique extraterritoriale :  l’inscription arbitraire et unilatérale de Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme constitue un outil d’étranglement économique qui dissuade les banques, les compagnies maritimes et les entreprises du monde entier de commercer avec l’île.
  • Base navale de Guantanamo :  occupation illégale de plus de 110 kilomètres carrés de territoire cubain depuis 1903. Cette base est maintenue contre la volonté du peuple et du gouvernement cubains et a été utilisée par les États-Unis comme centre de détention international en dehors du cadre du droit humanitaire.
  • Déstabilisation interne :  intensification des actions sur de multiples fronts visant à générer un état de bouleversement social fonctionnel aux intérêts d’une intervention, par le biais de la stratégie dite de guerre douce  (2)

Compte tenu de ce contexte historique, l'hypocrisie de la classe politique américaine n'en apparaît que plus flagrante. Cette position est particulièrement visible aujourd'hui chez Marco Rubio, fils d'immigrants cubains et actuel secrétaire d'État des États-Unis, qui incarne l'une des positions les plus radicales parmi ceux qui aspirent à la destruction totale de Cuba.

La mythomanie et une volonté farouche d'anéantir la révolution cubaine poussent des personnalités comme Rubio à affirmer que « le président Trump est prêt à débloquer une aide humanitaire de 100 millions de dollars » pour l'île, accusant directement le gouvernement cubain de la crise actuelle. Selon lui, « la véritable raison pour laquelle ils n'ont ni électricité, ni carburant, ni nourriture, c'est que ceux qui contrôlent leur pays ont pillé des milliards de dollars ». Il est pour le moins paradoxal qu'un homme politique du pays qui a infligé le plus de dommages à Cuba tente de rejeter toute la faute sur ceux qui ont résisté à cette politique de siège pendant des décennies.

De son côté, le président Donald Trump a mis ses menaces à exécution en signant un décret déclarant l'« état d'urgence nationale » face à ce que Washington qualifie de « menace inhabituelle et extraordinaire » émanant de Cuba pour la sécurité nationale des États-Unis. Ce décret accuse le gouvernement cubain, dirigé par Miguel Díaz-Canel, de s'être allié à des puissances hostiles à Washington, d'abriter des groupes terroristes et d'autoriser le déploiement de forces militaires de pays comme la Chine et la Fédération de Russie.

Le décret présidentiel affirme unilatéralement, sans apporter de preuves publiques, que La Havane s'allie à des pays hostiles, abrite des groupes terroristes transnationaux et autorise le déploiement de moyens militaires et de renseignement russes et chinois sur l'île. Poursuivant cette même logique, Trump va jusqu'à justifier ses mesures au nom de ce « coin de notre hémisphère qui a tant souffert », invoquant une fois de plus l'argument habituel de la « sécurité nationale »  (3).

Dans le même esprit, la politique de Washington envers Cuba ne saurait être considérée comme un épisode circonstanciel, mais plutôt comme faisant partie d'une stratégie historique de « pression maximale » visant à briser la souveraineté de l'île et à contraindre la Révolution à capituler. Selon lui, les États-Unis combinent depuis des décennies blocus économique, déstabilisation, sanctions et menaces ouvertes d'intervention, conformément à un manuel d'agression systématique contre un pays qui a choisi de poursuivre son propre projet, indépendamment des visées hégémoniques de la Maison-Blanche.

L’intensification des mesures coercitives sous la nouvelle administration Trump renforce l’idée que l’objectif de Washington n’est pas de promouvoir la démocratie ou les droits de l’homme, mais d’aggraver les sanctions collectives, de forcer un changement de gouvernement et de servir les intérêts économiques liés à la communauté cubaine en exil aux États-Unis.

Dans cette perspective, le blocus imposé à Cuba ne saurait se réduire à une simple restriction commerciale. Il s'agit d'un système de pression global aux effets cumulatifs sur la vie quotidienne, la capacité de production du pays et ses liens avec le système financier international. Ses conséquences se répercutent sur l'approvisionnement en biens essentiels, le fonctionnement des services publics et la stabilité des familles cubaines, constamment confrontées à des pénuries, à l'incertitude et à une hausse des coûts.

 

Principaux domaines d'impact

 

  • Sur le plan social,  ces restrictions ont un impact direct sur la santé publique, la sécurité alimentaire, l'éducation, les transports et l'approvisionnement énergétique. Elles entravent l'importation de fournitures médicales, de réactifs, de carburant et d'équipements, ce qui entraîne des listes d'attente pour les interventions chirurgicales, des restrictions dans la liste des médicaments essentiels et une dégradation des services essentiels.
  • Sur le plan financier :  la répression des transactions internationales et l’augmentation du risque pays dissuadent les banques, les assureurs, les compagnies maritimes et les fournisseurs de faire affaire avec Cuba. Par conséquent, les prêts deviennent plus coûteux, les paiements et les encaissements sont plus difficiles, et les coûts logistiques et d’assurance augmentent.
  • Sur le plan économique,  le blocus constitue un obstacle structurel à la croissance, réduisant les recettes d'exportation, augmentant les coûts du commerce et entravant l'acquisition de technologies, de pièces détachées, de carburant et de matières premières. Ses effets se font sentir dans les secteurs de l'industrie, de l'agriculture, de l'énergie, des transports, des biotechnologies et des services.

Sur le plan économique, les informations disponibles en provenance de l'étranger corroborent les rapports du ministère cubain des Affaires étrangères, selon lesquels le blocus constitue un obstacle structurel à la croissance. Parmi les conséquences négatives, on note la perte de recettes d'exportation de biens et de services, l'augmentation des coûts due à la relocalisation des échanges commerciaux, la hausse des dépenses logistiques et les difficultés d'approvisionnement en technologies, pièces détachées, carburant et intrants de production. L'ensemble de ces facteurs affecte négativement l'industrie, l'agriculture, l'énergie, les transports, les biotechnologies et les services, empêchant ainsi l'économie cubaine de développer pleinement son potentiel de production et d'investissement.

Le dernier rapport présenté par le ministère cubain des Affaires étrangères (MINREX) aux Nations Unies, remis par le ministre Bruno Rodríguez, fait état de dommages matériels s'élevant à 7,556 milliards de dollars. Selon ce rapport, ce chiffre représente une augmentation de près de 49 % par rapport à la période précédente, due au durcissement des mesures coercitives, à la répression des exportations cubaines et aux restrictions à l'importation.

D'après la plainte, aux prix actuels, les dommages cumulés depuis la mise en œuvre de cette politique dépassent 170,677 milliards de dollars et, convertis en équivalent or, ce chiffre excède 2 100 milliards de dollars. Ces chiffres démontrent que le blocus n'est pas une situation temporaire, mais une stratégie prolongée d'étranglement économique aux conséquences humaines impossibles à quantifier pleinement.

Dans cette optique, le ministre cubain des Affaires étrangères a affirmé que les conséquences du blocus se traduisent dramatiquement par des pénuries pour la population. Selon son évaluation, les dommages économiques accumulés en seulement 60 jours équivalent au coût du carburant nécessaire pour satisfaire la demande nationale en électricité, illustrant ainsi à quel point cette politique influence la vie quotidienne et limite la capacité de réaction de l'État.

Pris dans leur ensemble, le blocus et toutes ses facettes constituent un mécanisme de coercition multidimensionnel : socialement dégradant, financièrement asphyxiant et économiquement contraignant. De ce point de vue, les pertes matérielles quantifiables ne représentent qu’une partie du problème, car elles sont aggravées par des coûts humains, démographiques, sanitaires, énergétiques et émotionnels qui affectent plusieurs générations de Cubains.

La voie annoncée par le président cubain Miguel Díaz-Canel, qui a dévoilé le 12 juin à la population un important ensemble de réformes économiques, est prometteuse. Ces réformes visent à : décentraliser l'administration de l'État, accorder une plus grande autonomie aux collectivités locales et aux entreprises publiques, faciliter les échanges commerciaux avec les Cubains de l'étranger et promouvoir activement les investissements publics et privés (4).

Nos sociétés du Sud, y compris Cuba, doivent pouvoir accéder à une plus grande indépendance grâce à des alliances plus larges. Dans le cas de Cuba, cela se traduirait par un renforcement des relations avec des acteurs et des forums tels que les BRICS et d'autres pôles non subordonnés à Washington, afin de réduire sa dépendance financière, commerciale et diplomatique.

Il est fondamental et urgent que Cuba développe des alternatives nationales et des partenaires extérieurs stables pour surmonter la persécution financière, le blocus énergétique et les barrières commerciales. Cela implique de diversifier ses marchés, de réduire ses vulnérabilités critiques et de maintenir ses capacités internes dans les secteurs stratégiques. Un autre élément clé est la mise en place de réseaux de soutien politique, social et culturel hors de Cuba. Diverses initiatives de solidarité internationale présentent cette dimension comme un outil concret pour rompre l'isolement et souligner le coût humain du blocus.

 

1. Cette stratégie, connue sous diverses appellations mais désignant la même chose, implique des interventions et des actions criminelles : coup d’État en douceur, coup d’État non traditionnel, et attribuée au politologue Gene Sharp. Il est allégué que Sharp a été mandaté par la CIA pour mettre en œuvre les points de cette stratégie de déstabilisation sociale, économique et politique en République populaire de Chine en 1989. Par la suite, elle a été adoptée par les services de renseignement du régime israélien et son armée pour appuyer le travail des services de renseignement occidentaux dans la planification et l’exécution de coups d’État. Actuellement, les actions inhérentes au « coup d’État en douceur » et ses cinq points essentiels sont combinées à ce que l’on appelle la guerre juridique, utilisée pour mener des actions de déstabilisation et de coup d’État par le biais de mécanismes en apparence légaux.

2. http://www.cubadebate.cu/noticias/2025/09/17/cuba-presenta-informe-sobre-bloqueo-de-eeuu-hasta-febrero-de-2025-danos-y-perjuicios-materiales-aumentaron-49-por-ciento/

3. https://www.state.gov/translations/spanish/hoja-informativa-el-presidente-donald-j-trump-se-pronuncia-respecto-a-las-amenazas-a-estados-unidos-por-parte-del-gobierno-de-cuba

4. https://www.isri.cu/es/node/694

traduction caro d'un article de Resumen latinoamericano du 14/06/202

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Cuba, #Blocus, #Trumperies

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