Argentine : Ni una menos : « Face à la haine, plus d’organisation ; face au pillage, plus de solidarité ; face à la cruauté, plus de communauté »

Publié le 9 Juin 2026

ANRed 05/06/2026

Image : @myriambregman

Ce fut l'événement politique, social, culturel et médiatique le plus marquant de la semaine, alors que les féminicides, les transféminicides, les lesbicides, les violences patriarcales et les politiques d'austérité du gouvernement de Javier Milei continuent de s'aggraver. C'est pourquoi nous partageons des images de cette journée historique du mercredi 3 juin, ainsi que l'intégralité de la déclaration lue au Congrès, onze ans après l'émergence du mouvement Ni Una Menos (Pas une de moins), qui a de nouveau mobilisé des milliers de personnes à travers le pays. « Aujourd'hui, face au gouvernement Milei, qui nie les violences patriarcales, nous disons : nos vies ne sont pas jetables ! La vie des jeunes femmes compte ! Organiser notre colère, c'est aussi construire une alternative de vie et de dignité face au pillage criminel et à la cruauté promus par le gouvernement de Javier Milei et tous ses complices. Unir les luttes contre la cruauté et la violence de ce gouvernement sexiste, raciste et pilleur, tel est notre devoir. La rébellion est urgente ! », ont-elles souligné depuis la tribune. Par ANRed.

Le document lu mercredi 3 juin au Congrès établissait également un lien entre la lutte féministe et les revendications sociales, syndicales et relatives aux droits humains qui déferlent sur le pays : « Nous nous rebellons pour vaincre le projet d’ajustement, d’endettement et de pillage promu par Milei, Trump, le FMI et leurs complices », déclaraient-elles, tout en dénonçant le démantèlement des politiques publiques en matière d’égalité des sexes, la criminalisation des mouvements sociaux et les multiples formes de précarité qui touchent particulièrement les femmes et les groupes minoritaires.

La conclusion du texte résumait l'esprit de la journée : « Face à la haine, plus d'organisation ; face au pillage, plus de solidarité ; face à la cruauté, plus de communauté. Nous sommes celles qui font vivre la vie et aussi celles qui peuvent la transformer . »

NOUS PARTAGEONS LE DOCUMENT COMPLET :

3J – Justice pour Agostina, Dulce, Noelia et toutes les femmes ! Féminismes pour vaincre Milei, le FMI et leurs complices. Ni una menos ! : nous voulons vivre, être libres et sans dettes ! Unir nos luttes et nous rebeller, voilà notre mission. La vie des femmes, des lesbiennes, des personnes transgenres, intersexes et non binaires compte !

Le 3 juin, c'est notre cri. Le cri d'indignation qui, il y a onze ans, a retenti dans les rues d'Argentine et s'est propagé à travers le monde, tissant une dénonciation collective. Depuis, chaque année, sur les places publiques, dans les rues et dans nos foyers, nous continuons de dénoncer les violences faites aux femmes, aux lesbiennes, aux personnes transgenres, intersexes et non binaires. Aujourd'hui, face au gouvernement Milei, qui nie les violences patriarcales, nous disons : Nos vies ne sont pas jetables ! La vie des jeunes femmes compte ! Nous dénonçons la cruauté infligée à nos corps – à nos territoires – contre toutes les formes d'asservissement, d'exploitation et de violence. Aujourd'hui, nous crions à nouveau : Ni una menos ! Nous voulons vivre, être libres et sans dettes !

Photo : Andrés Manrique (ANRed).

Nous nous mobilisons, porteuses de la tristesse et de la colère face aux féminicides, lesbicides, meurtres transphobes et crimes de haine les plus récents, et en mémoire de toutes celles et ceux qui nous ont quittés. Nous sommes profondément bouleversés par le féminicide d'Agostina Vega, une jeune fille de 14 ans originaire de Córdoba, et nous exigeons la démission du ministre de la Sécurité, Juan Pablo Quinteros, ainsi que la révocation des procureurs Raúl Garzón et Iván Rodríguez pour la négligence organisée du pouvoir judiciaire qui n'a pas su la protéger et a garanti l'impunité. Cette affaire illustre la violence institutionnelle à laquelle nous sommes soumis par l'État. Nous sommes également profondément bouleversés par les féminicides de Dulce María Beatriz Candia, une jeune fille de 17 ans originaire de Misiones, et de Noelia Romero, originaire de Temperley, dans la province de Buenos Aires.

Photo : Andrés Manrique (ANRed).

Nous poursuivons les recherches de Camila Maidana, originaire de Comodoro Rivadavia (Chubut), et de Delicia Mamani, disparue à Córdoba il y a six mois et originaire de Jujuy. Nous exigeons justice pour Mariel Jiménez, de Villa Lugano (Buenos Aires), et la condamnation de son meurtrier. Nous exigeons justice pour Pamela Cobbas, Roxana Figueroa et Andrea Amarante, ainsi que justice et réparations effectives pour Sofía Castro Riglos, seule survivante du triple meurtre de lesbiennes à Barracas. Ce crime lesbophobe, né de violences sexistes et patriarcales, s'est déroulé dans un contexte de logement précaire et de négligence structurelle.

Photo : Andrés Manrique (ANRed).

Nous exigeons une condamnation historique de Justo Fernando Barrientos, que ce crime haineux soit condamné et reconnu comme un lesbicide. Plus jamais de lesbicides ! Nous sommes là pour elles et pour toutes les femmes. Nous nous mobilisons contre le projet de loi concernant les prétendues « fausses accusations » de la sénatrice Carolina Losada et de tous ses alliés au gouvernement, qui vise à protéger la pédophilie et à faire taire celles et ceux qui la dénoncent. Nous réaffirmons notre engagement à faire entendre nos voix et à lutter contre les violences sexuelles, en accompagnant les mères protectrices, les victimes, les enfants et les adolescents au Congrès, devant les tribunaux, dans la rue et dans tous nos espaces. Face à ceux qui cherchent à bafouer nos droits, notre réponse est collective et sans équivoque : Ils ne passeront pas ! Halte aux réunifications forcées ! Nous dénonçons la séparation d'Arcoiris de son environnement protecteur et sa réunification, ordonnée par le tribunal, avec les personnes accusées d'abus sexuels. Arcoiris est maintenant avec sa mère !

Photo : Andrés Manrique (ANRed).

Nous dénonçons les violences par procuration perpétrées contre Alexandra Sabio de Neuquén et exigeons le retour de l'enfant M. auprès de sa mère. Notre révolution ne défend pas les agresseurs. Il n'y a pas de fausses accusations, seulement une absence d'accusations. Nous nous mobilisons aujourd'hui dans tout le pays, convaincus qu'organiser notre colère, c'est aussi construire une alternative de vie et de dignité face au pillage criminel et à la cruauté promus par le gouvernement de Javier Milei et tous ses complices. Nous sommes venues crier haut et fort que l'union des luttes contre la cruauté et la violence de ce gouvernement sexiste, raciste et pilleur est notre devoir. La rébellion est urgente !

Photo : Andrés Manrique (ANRed).

Nous dénonçons :

Entre le 3 juin 2015 et le 24 mai 2026, au moins 3 205 cas de victimes décédées des suites de violences sexistes ont été recensés : 3 144 féminicides (directs et indirects), 46 transféminicides et travesticides, et 15 incitations au suicide. Il ne s’agit pas de simples chiffres ; ce sont des vies fauchées par la violence machiste. Nous condamnons les déclarations de la ministre de la Sécurité, Alejandra Monteoliva, qui a qualifié le meurtre d’Agostina Vega d’« homicide », niant une fois de plus la violence patriarcale et cherchant à supprimer la définition juridique du féminicide. Cette décision n’est pas une simple question de sémantique : elle revient à nier l’existence des inégalités structurelles de genre et renforce l’impunité.

Photo : Andrés Manrique (ANRed).

Ce gouvernement pratique un antiféminisme d'État qui nous attaque tout en promouvant la violence et la cruauté comme seuls liens sociaux. Nos féminismes tissent des liens communautaires dans chaque quartier, école et centre de santé. Nous créons des réseaux pour bâtir la vie que nous souhaitons pour toutes et tous.

● Nous insistons pour que les travesticides et les transhomicides soient nommés, car lorsqu'ils ne le sont pas, les vies vécues en tant que personnes trans sont également effacées. L'État doit reconnaître, prévenir et réparer la chaîne d'expulsions et de violences qui pèse sur notre communauté. Nous exigeons également la mise en œuvre de protocoles spécifiques pour les disparitions de personnes trans, une revendication que notre mouvement porte depuis l'affaire Tehuel de la Torre. Nous continuons de crier : Où est Tehuel ? Nous crions aussi : Justice pour Sofi Fernández ! Justice pour Valeria Micaela Benitez ! Nous honorons la mémoire de nos grandes figures : Diana Sacayán, Lohana Berkins, Claudia Pía Baudracco, Zoe López García, et tant d'autres dont les contributions et le combat continuent d'inspirer le mouvement trans.

Photo : Andrés Manrique (ANRed).

● Le gouvernement Milei bafoue nos droits : il a supprimé les politiques, déjà insuffisantes, de prévention, de prise en charge et d’éradication des violences sexistes. La plupart des gouvernements provinciaux, de connivence avec le gouvernement national, ont retiré ou considérablement affaibli leurs politiques publiques en matière d’égalité des sexes et de diversité. Il est impératif de rétablir, d’élargir et de renforcer les politiques publiques relatives à l’égalité des sexes dans toutes les juridictions. ● Nous dénonçons la complicité du pouvoir judiciaire dans les violences faites aux femmes : l’absence de réaction, la revictimisation, les retards dans les enquêtes et l’absence de mécanismes de protection efficaces pour les victimes. Nous dénonçons également la complicité institutionnelle du pouvoir judiciaire avec ce gouvernement d’extrême droite.

Photo : Andrés Manrique (ANRed).

● Nous dénonçons la dette de pension alimentaire des parents qui touche 7 ménages monoparentaux sur 10 et qui constitue un autre mécanisme de précarité et de violence.

● Nous rejetons toute tentative de suppression de l'éducation sexuelle complète. Comme l'ont affirmé les enseignants d'Agostina, cette éducation sauve des vies. Nous exigeons une éducation sexuelle non biologique, non binaire, laïque, féministe et accessible à tous les niveaux d'enseignement.

Photo : Andrés Manrique (ANRed).

● Nous exigeons l'application intégrale de la loi sur l'avortement légal, sûr et gratuit dans tout le pays, l'accès au misoprostol, à la mifépristone et aux contraceptifs, ainsi que la levée des obstacles à notre autonomie. Le désinvestissement dans la santé sexuelle et reproductive, l'obstruction à l'avortement légal et la maternité forcée constituent des violences d'État. Nous défendons la séparation de l'Église et de l'État et dénonçons la criminalisation des urgences obstétricales. Le droit à l'avortement est un droit fondamental. Nos droits sont inaliénables. Sans autonomie reproductive, il ne peut y avoir de #NiUnaMenos. Nous nous mobilisons pour crier « Ya basta » à ce modèle de précarité et de pillage qui rend la vie précaire et la criminalise !

Photo : Andrés Manrique (ANRed).

● Nous nous rebellons contre le projet d'austérité, d'endettement et de pillage promu par Milei, Trump, le FMI et leurs complices, qui nous appauvrit, nous soumet à la précarité de l'emploi et au cumul des emplois, nous contraint à l'endettement pour survivre et détruit notre santé mentale. Nous rejetons la réforme du travail et la vente de nos ressources communes. Non au paiement de dettes illégitimes, qu'il s'agisse de la dette extérieure ou des dettes intérieures contractées pour survivre.

Photo : Andrés Manrique (ANRed).

● Nous dénonçons le fait que les travailleurs sociaux des quartiers défavorisés supportent une triple charge de travail – à domicile, sur le marché du travail et au sein de leur communauté – atteignant près de 14 heures par jour. Depuis avril, nous résistons aux menaces de fermeture du programme « Retour à l’emploi », qui verse 78 000 pesos par mois à plus de 900 000 familles à travers le pays. Nous exigeons une reconnaissance salariale pour le travail social essentiel qui permet déjà à nos quartiers de vivre.

Photo : Andrés Manrique (ANRed).

● Nous dénonçons la criminalisation politique des organisations sociales, politiques, syndicales et autochtones, la persécution des journalistes, et nous exigeons l’abandon immédiat des charges retenues contre toutes nos collègues féminines persécutées pour avoir combattu.

● Nous dénonçons les violences politiques dont sont victimes quotidiennement les militants et les dirigeants de notre mouvement sur les réseaux sociaux et dans les médias.

● Nous exigeons la libération des dirigeantes politiques Milagro Sala et Cristina Fernández de Kirchner. Halte à la persécution judiciaire et à l'interdiction politique. Nous rejetons l'instrumentalisation du pouvoir judiciaire pour réprimer la dissidence.

Photo : Andrés Manrique (ANRed).

● Nous dénonçons l'appel raciste de Jorge Macri à l'« Opération Tempête Noire », utilisée pour stigmatiser les quartiers populaires et leurs habitants. Nous dénonçons le génocide par la faim et l'aggravation du nettoyage ethnique et social perpétré par ce gouvernement contre les communautés noires, afro-descendantes, autochtones, migrantes et racisées, à travers les expulsions, le harcèlement quotidien des personnes sans-abri, des soupes populaires, des vendeurs ambulants, des assemblées de quartier et l'expulsion massive des migrants. Migrer n'est pas un crime.

● Mettre fin aux violences contre les travailleuses du sexe et les personnes en situation de prostitution.

● Nous condamnons la persécution judiciaire, orchestrée par DAIA et l'État d'Israël, contre ceux qui dénoncent le génocide du peuple palestinien. Libération et abandon des charges contre Daniel Vera. À bas le simulacre de procès contre Vanina Biasi et Alejandro Bodart.

● Nous exigeons une action urgente de l'État argentin pour la libération de Paula Giménez et Lucas Aguilera, enlevés en Libye pour avoir acheminé de l'aide humanitaire au peuple palestinien dans le cadre du convoi terrestre de la Flottille mondiale Sumud Maghreb. Halte à l'agression contre le peuple palestinien ! Palestine libre !

● Nous soutenons la lutte des peuples autochtones pour la récupération et la reconnaissance de leurs terres.

● Nous exigeons que le gouvernement applique intégralement et immédiatement la loi sur le financement des universités, la loi sur les urgences pédiatriques et la loi sur les urgences pour les personnes handicapées ! Nous nous opposons à la réforme de la loi sur la santé mentale et exigeons son application effective. Nous exigeons également que le gouvernement honore ses engagements envers les retraités, qui subissent actuellement de plein fouet les conséquences des mesures d’austérité.

Photo : Andrés Manrique (ANRed).

● Nous rejetons le blocus de Cuba et toute forme d'intervention à Abya Yala. Nous le crions à nouveau : les bombes de l'empire ne tombent pas seulement sur le sol, elles s'abattent sur notre capacité à décider de notre propre destin !

● Nous soutenons la rébellion et la lutte des paysans et des peuples autochtones de Bolivie. À bas Rodrigo Paz ! La rébellion en Bolivie a le visage des femmes, vêtues de polleras. Leur courage nous inspire.

Aujourd'hui, 3 juin 2026, onze ans après la première marche Ni Una Menos, que nous organisons chaque année, nous réaffirmons que les mouvements féministes sont présents dans les rues de tout le pays, pour un monde où nos vies comptent. Face à la haine, nous exigeons plus d'organisation ; face au pillage, plus de solidarité ; face à la cruauté, plus de solidarité communautaire.

Nous sommes celles et ceux qui font vivre la vie et qui peuvent la transformer. Tant que la dignité ne sera pas la norme, nous resterons dans la rue. Face aux mesures d'austérité qui pèsent sur nos corps et nos vies, nous voulons vivre, être libres et sans dettes ! Halte aux féminicides, aux lesbicides, aux meurtres transphobes et aux crimes de haine ! L'État est responsable.

Ni una menos !

traduction caro d'un article d'ANRed du 05/06/2026

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Argentine, #Mobilisation, #Droits des femmes, #Ni una menos !

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article