Brésil : Femmes du MST : La force qui soutient la lutte, organise la vie et construit la réforme agraire populaire
Publié le 26 Mai 2026
De la production agroécologique à l'organisation des territoires, les femmes du MST continuent de transformer la lutte pour la terre en un instrument de résistance, de solidarité collective et d'émancipation populaire.
Nouvelles
25 mai 2026
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Par Ali Nacif,
extrait de la page du MST
En mai, alors que la lutte des femmes prend encore plus d'importance dans les rues, sur les territoires et au sein des organisations populaires, les femmes du Mouvement des travailleuses rurales sans terre réaffirment quotidiennement que la réforme agraire populaire se construit aussi grâce à l'action des femmes, au courage collectif et à l'organisation populaire.
En ce sens, dans les occupations, les campements, les cuisines collectives, la production agroécologique, l'éducation politique, la santé publique et l'organisation des territoires, ce sont les femmes qui soutiennent une grande partie de la vie collective dans les espaces de la lutte pour la terre. Des femmes qui affrontent le sexisme, la violence, le chômage, la faim et les inégalités sociales sans renoncer à l'espoir de bâtir un avenir digne.
L'histoire de Dorileia Lopes, dite Dora, est l'une de ces histoires forgées par la lutte. Elle a rejoint le mouvement en 2018, après avoir pris sa retraite de la fonction publique. Son premier contact avec le MST s'est fait par l'intermédiaire d'une amie. Bien qu'ignorante de la réalité des campements et porteuse de préjugés véhiculés par la télévision, Dora a découvert autre chose en arrivant dans la zone occupée : la solidarité, l'acceptation et un peuple organisé. C'est cette expérience collective qui l'a incitée à rester dans le campement.
Photo : Ali Nacif
« Je suis arrivée ici sans rien y connaître. J'occupais les lieux depuis douze jours. Au fil du temps, je me suis impliquée. On cuisinait, on donnait des vêtements, des chaussures. Je me suis dit : "Je crois que je vais rester ici." Et j'y suis encore aujourd'hui », raconte-t-elle.
Au fil des ans, Dora s'est investie dans des projets collectifs, a participé à un groupe de femmes, a été coordinatrice principale et joue aujourd'hui un rôle de premier plan dans la région. Parallèlement, dans son combat quotidien, elle se consacre également à la santé publique, en fabriquant des sirops, des onguents, des teintures et des remèdes naturels dont elle a appris les secrets au sein même du mouvement.
Photo : Ali Nacif
« J’ai tout appris au sein du mouvement. Et j’aime aider les autres femmes. Nous nous soutenons mutuellement », dit-elle.
La réussite née d'une lutte collective
De même, la force collective des femmes se manifeste également dans le parcours de Marcelene Prates, dite Aninha. C’est par sa mère qu’elle a découvert le mouvement et décidé de consacrer sa vie à la lutte pour la terre.
Photo : Ali Nacif
« J’ai quitté mon appartement en location, j’ai rejoint le mouvement et aujourd’hui j’ai atteint mon objectif. C’est pourquoi nous nous battons avec autant d’acharnement, mais ça en vaut la peine », dit-elle.
Selon elle, la présence des femmes sur ces territoires représente le courage, l'autonomie et la résistance face au sexisme structurel qui imprègne la société brésilienne.
« Les femmes doivent prouver qu'elles en sont capables. Nous en sommes capables. Nous ne pouvons pas nous laisser aller au sexisme et nous abaisser à son niveau », déclare-t-elle.
Au-delà de l'organisation politique dans les camps et les installations, le travail des femmes assure également l'entraide et l'alimentation collectives à des milliers de familles. Edna Fernandes connaît bien cette réalité. Résidente de la région depuis 2017, elle a travaillé pendant des années à la coordination de cuisines communautaires.
Au milieu des casseroles, des poêles de fortune et des efforts collectifs, Edna évoque l'importance de la cuisine dans la lutte populaire.
Photo : Ali Nacif
« La première chose à savoir en cuisine, c'est d'aimer ça. On ne peut pas cuisiner avec colère. Il faut cuisiner avec plaisir », explique-t-elle.
Pour Edna, nourrir les personnes en difficulté est aussi un geste politique de solidarité et d'engagement collectif. C'est pourquoi, lors des événements, réunions et activités du mouvement, des femmes comme Edna contribuent à organiser des cuisines qui nourrissent des milliers de personnes.
L'histoire d'Iorliane Darc, dite Lolane, est elle aussi marquée par la résistance. Charpentière et menuisière, elle a rejoint le mouvement en 2017 après avoir entendu parler d'une occupation à Mário Campos, dans le Minas Gerais.
« J’ai découvert la force des femmes. Nous apprenons beaucoup du mouvement. Nous apprenons à dire non aux abus, non à la violence », dit-elle.
Concrètement, lors de la construction des baraques, des écoles de fortune et des infrastructures collectives de l'occupation, Lolane a aidé à scier du bois, à construire des portes, des bancs et des espaces communautaires. Son action rompt ainsi frontalement avec la logique sexiste qui tend à limiter la place des femmes dans la société.
Photo : Ali Nacif
« Travailler ensemble avec les hommes, sans dénigrer nos compagnons, mais en sachant que les femmes ont de la force. Et quand elles le veulent, elles peuvent y arriver », souligne-t-elle.
Par ailleurs, la présence de femmes sans terre continue de marquer les nouvelles générations. Représentant la jeunesse sans terre, Emanuele, âgée de 16 ans, parle de liberté, d'acceptation et d'appartenance au sein de la lutte populaire.
« On peut se libérer. Je me sens à l'aise pour parler, échanger, et je n'ai jamais peur d'être contrainte », dit-elle.
Forte de cette expérience, et en observant l'organisation collective des femmes dans les zones de réforme agraire, elle reconnaît la force que procure l'unité et la vie communautaire.
« Malgré tout, la vie reste belle », résume-t-elle.
Photo : Ali Nacif
La réforme agraire populaire est construite avec les femmes
En mai, alors que la lutte des femmes prend encore plus d'importance dans les rues, sur les territoires et au sein des organisations populaires, les femmes du Mouvement des travailleuses rurales sans terre réaffirment quotidiennement que la réforme agraire populaire se construit aussi grâce à l'action des femmes, au courage collectif et à l'organisation populaire.
Ce sont des femmes qui organisent des marches, produisent des aliments sains, luttent contre la violence, coordonnent les territoires, veillent à la santé publique, créent des espaces éducatifs et entretiennent l'espoir dans les camps et les installations à travers le pays.
Ainsi, en ce mois de mai, historiquement marqué par la lutte populaire et l'organisation des travailleuses, les femmes du MST continuent de réaffirmer qu'il n'y a pas de transformation sociale sans féminisme populaire, sans participation collective et sans la force des femmes organisées.
Enfin, comme le résume Dora, dans une phrase qui résonne dans tous les territoires de la Réforme agraire populaire :
« Des femmes en lutte, semant la résistance. La femme a quitté le fourneau pour faire une révolution. Et la place d'une femme est partout où elle veut être. »
**Édité par Inaiá Misnerovicz
traduction caro d'un article du MST du 25/05/2026
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