Argentine : Misiones : répression illégale contre la communauté Mbya

Publié le 12 Mai 2026

ANRed 10/05/2026

Mères et filles de la communauté Mbya.

La communauté Mbya Guaraní Tekoa de Puente Quemado II a été victime d'une opération répressive orchestrée par le pouvoir judiciaire et menée par la police de Misiones afin de faciliter l'expansion de l'exploitation forestière sur son territoire ancestral autochtone. Ce témoignage dénonce la transformation des terres ancestrales de la communauté Mbya en une nouvelle zone sacrifiée, au service d'intérêts privés. Par Clarisa Néztor, pour ANRed.

Le 5 mai, le leader communautaire Santiago Ramos a été arrêté sur ordre du juge Manuel Balanza Gómez, président du Tribunal d'instruction n° 1 de Puerto Rico. L'arrestation a eu lieu sans préavis, par un simple appel téléphonique au commissariat de police de Garuhapé. Quelques heures plus tard, des policiers sont retournés sur le territoire de la communauté, armés et en camions, pour lancer une offensive. Femmes, hommes, enfants et familles entières ont été emmenés de force au poste de police lors d'une procédure irrégulière et violente.

Quatre personnes ont été détenues au secret pendant plus de douze heures. Les femmes ont été séparées des hommes et interrogées sur leurs enfants et leur situation familiale. Vingt personnes, dont des mineurs, ont été placées en garde à vue au commissariat. La police a confisqué des téléphones portables, toujours en sa possession, contenant des photographies de l'opération et des armes utilisées lors de la répression.

Par la suite, une partie de la communauté a été libérée, mais non sans avoir été interdite d’accès à son propre territoire, sous peine d’arrestation immédiate. Le recours à une procédure pénale pour « usurpation » a servi d’instrument de déplacement territorial à l’encontre d’une communauté autochtone dont le territoire est arpenté en vertu de la loi 26.160 et officiellement reconnu par l’INAI par la résolution 514/2015.

Familles de la communauté Mbya

L’État argentin reconnaît la possession ancestrale de Puente Quemado II. Dès lors, il est illégal de qualifier d’« usurpateurs » ceux qui habitent et protègent ce territoire depuis des générations. Ils sont profondément enracinés dans la terre rouge ; ils ne sont pas arrivés par bateau. Nul ne peut être accusé d’usurper son propre territoire.

Cette opération judiciaire et policière fait suite aux plaintes déposées par l'entrepreneur forestier Alfredo Ruff, qui tente de faire porter à la communauté la responsabilité de la déforestation et des dommages environnementaux. Or, ce sont bien les entreprises forestières et les sociétés liées aux industries extractives qui détruisent la forêt tropicale de Misiones afin d'imposer des monocultures industrielles de pins sur les territoires autochtones.

La communauté de Puente Quemado II dénonce la déforestation depuis des années, une accusation systématiquement ignorée par les autorités régionales. Elle met en lumière la contamination de l'eau, la fumigation, la destruction de la biodiversité et l'impact sur son territoire, sans consultation préalable ni consentement autochtone, autant d'actes perpétrés par la compagnie forestière Arauco. La communauté a même engagé une action en justice pour obtenir l'accès à l'eau potable après que des études ont démontré que les sources d'eau utilisées étaient impropres à la consommation et provoquaient des troubles gastro-intestinaux chez les enfants.

L’Équipe Misiones de Pastoral Aborigen (EMIPA), qui apporte un soutien juridique et territorial aux communautés Mbya, a dénoncé la gravité de l’opération et les nombreuses violations des droits humains commises lors des arrestations. Elle a déclaré que la défense n’avait pas eu un accès immédiat au dossier judiciaire et que les mesures imposées constituaient un mécanisme d’expulsion indirecte d’une communauté dont le territoire est déjà reconnu par l’État. De plus, elle a mis en garde contre l’instrumentalisation du système de justice pénale pour criminaliser les autorités autochtones et faciliter l’expansion des intérêts forestiers sur les terres ancestrales.

L'équipe a dénoncé à plusieurs reprises l'absence de consultation préalable, libre et éclairée, ainsi que les autorisations irrégulières accordées pour le défrichement et la plantation de terres sur le territoire revendiqué par la communauté.

L’exploitation forestière détruit la vie communautaire, les forêts indigènes, pollue et assèche les cours d’eau, dégrade les sols, déplace les communautés autochtones et compromet les conditions matérielles, culturelles et spirituelles nécessaires à la survie du peuple Mbya. L’expansion des plantations en monoculture a considérablement réduit la forêt indigène autour de Puente Quemado II et empiété sur des zones essentielles à la subsistance, à la spiritualité et à la mémoire territoriale des Guarani.

Des rapports scientifiques (liens ci-dessous) préparés par le CONICET et des universités nationales (IBS-UNaM) ont mis en garde contre les conséquences dévastatrices du remplacement de la forêt indigène par des monocultures forestières sur les territoires indigènes Mbya.

Alors que les entreprises forestières parlent de « sécurité juridique », les communautés autochtones font face à la persécution judiciaire, à la criminalisation et à la violence institutionnelle pour avoir défendu leurs forêts. Le système de justice pénale est instrumentalisé pour déplacer ces communautés et garantir des accords commerciaux forestiers sur des territoires déjà reconnus comme terres ancestrales autochtones.

La libération de Santiago Ramos et du reste de la communauté est le fruit direct de la pression sociale mobilisée à travers le pays grâce aux réseaux sociaux d'Extinction Rebellion Misiones, d'organisations sociales, de communautés autochtones, de défenseurs de l'environnement et de centaines de personnes qui, en quelques heures, ont fait écho à cette mobilisation pour dénoncer publiquement les événements. Ils ont diffusé des informations, contacté le commissariat, le tribunal de Puerto Rico et le directeur des Affaires Guarani. Ils ont mis en lumière la gravité de l'opération répressive visant à empêcher la dépossession, dans le silence complice d'une société attaquée simultanément sur plusieurs fronts.

►Nous dénonçons publiquement le juge Manuel Balanda Gómez pour avoir ordonné des arrestations illégales et procédé à une expulsion secrète d'une communauté autochtone reconnue par l'État argentin.

►Nous dénonçons le gouvernement de Misiones pour avoir garanti la persécution et la criminalisation du peuple Mbya.

►Nous dénonçons l'homme d'affaires forestier Alfredo Ruff.

►Nous dénonçons la multinationale Arauco pour la destruction de la forêt tropicale de Misiones et l'empiètement sur les territoires indigènes afin d'en faire de nouvelles zones sacrificielles.

Ce qui s'est passé à Puente Quemado II constitue une violation très grave des droits humains, territoriaux et environnementaux.

Défendre les forêts indigènes n'est pas un crime.

Le véritable crime, c'est la destruction de la forêt tropicale et la persécution de ceux qui la protègent.

 

ARAUCO HORS DE MISIONES

LE PEUPLE MBYA RÉSISTE

 

https://ri.conicet.gov.ar/handle/11336/266517

https://ri.conicet.gov.ar/handle/11336/130764?show=full

https://misionesonline.net/2018/06/30/estudio-investigadores-conicet-comprobo-las-plantaciones-pinos-estan-modificando-la-diversidad-composicion-la-fauna-misiones/

traduction caro d'un article d'ANRed du 10/05/2026

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