ROJAVA/SYRIE : « Le fait que Kobane soit gouvernée par une femme est le fruit de la lutte. »

Publié le 21 Avril 2026

20/04/2026 

Par Erkan Gülbahçe* – La maire de Kobané (Rojava), Almaz Romî, a déclaré que, comme auparavant, la gestion de cette ville du nord de la Syrie continuerait de reposer sur les mêmes principes. « Nous nous efforçons de préserver l’expérience acquise et de sauvegarder la structure unique et la mission historique de la ville », a-t-elle affirmé.

Romî a exprimé son souhait que le processus d'intégration avec Damas progresse sur une base démocratique et égalitaire, et a souligné l'importance de garantir tous les droits du peuple kurde, notamment en matière de langue, de culture et d'éducation.

La jeune femme, nommée maire au terme d'un processus ayant mis en place une structure administrative à multiples acteurs, a également expliqué les progrès réalisés dans la dimension administrative de l'intégration et les priorités de la ville.

Romî est née en 1989 à Hêlince, un village de Kobané. Diplômée de l'Institut d'éducation physique de l'Université d'Alep, elle est mariée et mère de deux enfants. Elle a débuté sa carrière comme enseignante à Kobané, puis a occupé des fonctions de coordination au sein du syndicat des enseignants. Lors de la proclamation de l'Administration autonome de l'État d'Alep (AADNES), elle a été membre de son premier conseil d'administration. Par la suite, elle a occupé divers postes au sein d'institutions. En 2014, elle est devenue coprésidente du Conseil de la jeunesse et des sports. En 2017, elle a été vice-présidente du Conseil des femmes, qui fait partie de l'AADNES. Elle a ensuite travaillé au sein de Kongra Star et, en 2020, a rejoint le Bureau des relations du PYD (Parti de l'union démocratique). En 2024, elle est devenue coprésidente du Conseil de l'environnement et de l'écologie.

-Comment s'est déroulé le processus qui vous a mené à la mairie de Kobané ?

Depuis 2024, j'étais coprésidente du Conseil de l'environnement et de l'écologie de l'Administration autonome. Ma candidature à la mairie de Kobané a été proposée il y a quelque temps, et j'ai pris mes fonctions le 13 avril 2026. Dans le cadre de l'accord signé le 29 janvier entre M. Mazlum Abdi et le gouvernement intérimaire de Damas, un consensus avait été trouvé sur la mise en œuvre de l'intégration démocratique. Cet accord a permis la nomination de représentants de nombreuses institutions, non seulement à Kobané, mais aussi dans la région de Cizîrê. Auparavant, des progrès avaient été réalisés dans le domaine militaire à Kobané. La phase de mise en œuvre de l'accord de sécurité a alors été lancée. Suite à ces étapes, des ajustements ont également été effectués dans le domaine administratif. Mon élection a permis la conclusion d'un accord officiel à Kobané pour la première fois, et un maire a été nommé.

Quatre noms ont été soumis à l'administration d'Alep pour la mairie de Kobané, et j'ai été choisie parmi eux. Le maire adjoint et un conseil municipal de cinq membres ont également été nommés. Ces nominations ont constitué l'une des premières étapes concrètes sur le terrain vers l'intégration des municipalités. L'incorporation de la municipalité de Kobané dans une structure administrative rattachée à Alep faisait également partie de ce processus. C'est pourquoi les discussions se sont tenues à Alep. L'administration continuera de fonctionner selon les mêmes principes qui régissaient Kobané auparavant. Nous poursuivrons notre travail, en préservant les compétences actuelles et en respectant la structure unique et la mission historique de la ville.

-Comment devons-nous évaluer le fait qu'une femme ait été nommée maire ?

Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement intérimaire de Damas s'est opposé à la nomination de femmes à des postes de responsabilité. À cet égard, la nomination d'une femme à Kobané a constitué une avancée significative. Grâce à la persévérance de l'Administration autonome sur cette question et à la lutte menée par les femmes depuis de nombreuses années, ces dernières commencent désormais à accéder à des postes à responsabilité au sein des institutions. Ma nomination à ce poste était inattendue, mais elle revêt une signification particulière pour moi et pour les femmes du nord et de l'est de la Syrie. Elle représente l'aboutissement d'un combat mené par les femmes pendant de longues années, au prix de lourds sacrifices. Le fait qu'une ville aussi importante et chargée d'histoire que Kobané soit gouvernée par une femme témoigne également de ce combat.

-Comment fonctionnera la répartition des pouvoirs et la coordination entre le gouvernement de Damas et les administrations locales ?

Nous assurerons la coordination depuis Alep et recenserons les besoins de la ville au niveau local afin de les communiquer aux institutions concernées. Auparavant, le budget municipal était géré par AADNES. Avec l'intégration, la gestion financière devrait être assurée depuis Alep. C'est pourquoi, en collaboration avec les ingénieurs et experts de la mairie, nous élaborons des rapports détaillés sur les besoins de la ville. Ces rapports prendront en compte les besoins à court et à long terme. Nous établirons la planification à partir de ces données et déterminerons les besoins en conséquence.

-Quelles seront les priorités du conseil municipal de Kobané ?

L'infrastructure de Kobané a subi des dégâts considérables. L'approvisionnement en eau, l'électricité, les routes et l'infrastructure générale sont gravement endommagés. Cette situation ne se limite pas au centre-ville ; les infrastructures et les voies de communication des villages environnants sont également fortement touchées. En raison du siège prolongé, de nombreux services essentiels n'ont pas été assurés ou l'ont été de manière insuffisante. Par conséquent, la situation actuelle souligne l'impérieuse nécessité d'une reconstruction globale. Dans ce contexte, notre priorité sera de réparer l'infrastructure et de rétablir les services manquants. Nous souhaitons également mener à bien les projets initialement prévus, mais qui n'ont pu être réalisés faute de ressources. Tous ces travaux seront effectués conformément aux données techniques et dans le cadre de la coordination que nous établirons avec Alep. Je suis convaincue que Kobané occupe une place à part parmi les villes de Syrie, tant par l'ampleur des destructions qu'elle a subies que par sa résilience. C'est pourquoi il est indispensable d'aborder le processus de reconstruction en tenant compte de cette situation unique.

-Comment les besoins financiers de Kobané seront-ils satisfaits et comment les ressources nécessaires à sa reconstruction seront-elles fournies ?

La situation actuelle à Kobané met en évidence un besoin budgétaire très urgent. Sur la base des données recueillies, nous aborderons les difficultés financières avec l'administration d'Alep et demanderons l'élaboration d'un plan budgétaire adapté. Nous avons constaté un besoin de financement critique dans de nombreux domaines, allant des infrastructures et des transports aux structures institutionnelles et aux services essentiels.

— Les débats concernant l’identité et le statut de Kobané sont également à l’ordre du jour. Quelle est votre position à ce sujet ?

Des discussions émergent régulièrement concernant un éventuel changement de nom pour Kobané. Certains ont notamment évoqué la possibilité de rétablir le nom d'Ayn al-Arab. Cependant, aucune décision n'a été prise à ce sujet. Conformément aux accords conclus, Kobané conservera son identité et continuera d'exister. Avec la résistance contre Daech en 2014, le nom de Kobané a acquis une importance considérable, tant au niveau local qu'international. Par conséquent, nous refusons catégoriquement tout changement de nom de la ville. Cette question est indiscutable pour les habitants de Kobané et pour nous-mêmes. Soyons clairs : nous n'accepterons jamais de changer le nom de Kobané.

- Quelles sont les principales difficultés qui peuvent survenir dans ce processus ? Comment envisagez-vous la situation d’un point de vue à la fois administratif et social ?

L'ampleur des destructions à Kobané est véritablement colossale. Les dégâts sont considérables tant dans le centre-ville que dans les zones rurales environnantes. Cette situation constitue l'un des principaux obstacles au processus de reconstruction. Mais les difficultés ne se limitent pas aux destructions matérielles. Les récents combats ont profondément marqué la population et ont engendré des pertes importantes, créant ainsi un climat social tendu. Par conséquent, notre défi consiste non seulement à reconstruire la ville, mais aussi à mettre en place un processus de gestion capable de répondre aux attentes de la population. À cet égard, il sera essentiel d'identifier précisément les besoins, d'agir de manière planifiée et de travailler en coordination avec les institutions compétentes.

-Qu'attendez-vous du public dans cette nouvelle étape et quel est votre message fondamental concernant ce processus ?

Notre principale attente est que le processus d'intégration se déroule sur une base démocratique et égalitaire. Nous estimons nécessaire de créer une structure où chacun·e se sente représenté·e. Nous insistons particulièrement sur la nécessité de garantir tous les droits du peuple kurde, notamment en matière de langue, de culture et d'éducation. Le rôle des femmes dans la lutte pour le Rojava est également primordial à nos yeux. Nous pensons que les femmes doivent être davantage présentes au sein des structures gouvernementales et dans la vie sociale. Dans ce processus, il est essentiel que la population soutienne le gouvernement, adhère à notre action et agisse à nos côtés. Nous sommes convaincus qu'un processus démocratique ne peut réussir que s'il est mené collectivement.

*Publié dans Yeni Ozgur Politika / Traduit et édité par Rojava Azadi Madrid

traduction caro d'un article traduit et paru le 20/04/2026

Rédigé par caroleone

Publié dans #syrie, #Rojava, #Peuples originaires, #Kurdes

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