Réalités des femmes autochtones en Asie : violences sexuelles, impunité et absence de politiques publiques
Publié le 13 Avril 2026
Rinda Yamashiro
1er avril 2026
Première assemblée générale du Réseau des femmes autochtones d'Asie (NIWA). Photo : NIWA
Dans les pays asiatiques, les femmes autochtones sont confrontées à des réalités très similaires à celles des femmes d'autres régions du monde. Les industries extractives et la militarisation de leurs territoires s'accompagnent de violences perpétrées par des hommes qui restent souvent impunis. Pour l'avenir, les femmes autochtones doivent avoir accès à une justice interculturelle et à des réparations significatives, tant économiques que sociales. Le processus d'instauration de la justice commence par la lutte contre les causes profondes de la violence et de la marginalisation.
Partout en Asie, les terres et territoires autochtones sont de plus en plus touchés par des projets de développement à grande échelle tels que l'exploitation minière, forestière, les barrages hydroélectriques et l'agro-industrie. Trop souvent, ces projets sont menés sans le consentement libre, préalable et éclairé des communautés autochtones. Parallèlement, de nombreux territoires sont fortement militarisés, avec le déploiement de forces de sécurité pour protéger les intérêts économiques ou réprimer la résistance des communautés.
Dans ces conditions, les femmes autochtones sont exposées à des risques accrus de violence fondée sur le sexe, notamment le harcèlement, les violences sexuelles et l’intimidation. Or, les survivantes peinent souvent à accéder à la justice. Elles sont confrontées à la discrimination, aux barrières linguistiques, à un soutien juridique limité et à un manque d’information sur leurs droits. Par conséquent, de nombreux auteurs de ces violences restent impunis et les femmes autochtones se retrouvent sans le soutien ni les ressources dont elles ont besoin.
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Aux Philippines, des femmes autochtones mènent des manifestations contre des projets de développement qui empiètent sur leurs terres ancestrales et détruisent leurs moyens de subsistance. Photo : NIWA
Violences faites aux femmes en Asie
Un exemple tragique s'est produit en 2025 dans les Chittagong Hill Tracts, au Bangladesh. Une étudiante autochtone a été victime d'un viol collectif alors qu'elle rentrait de l'école dans la région de Guimara. Lorsque les communautés ont manifesté pour réclamer justice, trois jeunes autochtones ont été abattus par l'armée et quatre autres blessés. Après la fusillade, des commerces autochtones ont été pillés et incendiés, et des maisons voisines ont été endommagées. Cet incident illustre les graves risques auxquels les communautés sont confrontées, même lorsqu'elles réclament pacifiquement justice. La violence décourage les survivants et l'intimidation dissuade leurs communautés d'exiger que les responsables rendent des comptes.
Dans ma communauté d'Okinawa, au Japon, nous subissons le poids d'une forte présence militaire américaine. Au fil des ans, de nombreuses femmes, des jeunes filles aux femmes âgées, ont été victimes de violences sexuelles de la part de militaires. Certaines ont même été assassinées après avoir été agressées. De nombreux viols restent impunis, et certaines victimes retirent leur plainte car obtenir justice peut s'avérer extrêmement difficile.
Dans d'autres pays de la région, comme le Cambodge, le Myanmar et la Thaïlande, les conflits armés exposent également les femmes autochtones à des taux élevés de violence domestique, de viol et de traite des êtres humains. Ces risques sont aggravés par la pauvreté et l'accès limité à l'éducation. Un autre exemple nous vient des luttes foncières en Indonésie : les femmes autochtones Batak sont victimes de harcèlement et de violence lorsqu'elles résistent à l'accaparement de leurs terres par une entreprise de pâte à papier opérant sur leur territoire ancestral.
Participation du Réseau des femmes autochtones asiatiques (NIWA) à la 70e session de la Commission de la condition de la femme (CSW). Photo : NIWA
Le rôle que les gouvernements doivent jouer
Pour relever ces défis, les gouvernements doivent renforcer les systèmes juridiques et institutionnels qui protègent les droits des femmes autochtones. Les systèmes de justice doivent être accessibles et adaptés à la culture des communautés. La reconnaissance de la pluralité des systèmes juridiques, y compris les mécanismes de justice autochtones, peut contribuer à garantir que les femmes autochtones puissent obtenir justice par le biais de processus respectueux de leurs cultures, tout en faisant respecter les normes nationales et internationales relatives aux droits de la personne.
Les gouvernements doivent soutenir et renforcer les organisations de femmes autochtones afin qu’elles puissent participer aux processus juridiques et défendre les intérêts de leurs communautés. La prévention de la violence fondée sur le genre doit être une priorité. Les gouvernements doivent mettre en œuvre des lois et des politiques plus strictes pour protéger les femmes et les filles autochtones, particulièrement dans les régions touchées par la militarisation et l’extraction des ressources. Les survivantes doivent avoir accès à des espaces sécuritaires, à des soins de santé, à des services de santé mentale et à une assistance juridique afin de pouvoir signaler les violences et obtenir justice en toute sécurité.
La responsabilisation est également essentielle. Les gouvernements, les entreprises et les autres acteurs opérant sur les territoires autochtones doivent être tenus responsables des violations des droits humains. Les femmes autochtones qui défendent leurs terres et leurs communautés sont souvent confrontées à des menaces, au harcèlement et à la violence. Les autorités doivent adopter une politique de tolérance zéro face aux attaques contre les défenseuses des droits humains autochtones. Les violations doivent faire l’objet d’enquêtes, les auteurs de ces actes doivent être poursuivis et les victimes doivent recevoir des réparations justes et adaptées à leur culture.
NIWA et le Pacte des peuples autochtones d'Asie (AIPP) ont organisé un atelier pour promouvoir les droits des femmes et des filles autochtones à travers le continent. Les organisations ont réaffirmé leur solidarité avec les femmes autochtones qui mènent les mouvements pour la justice et l'égalité. Photo : NIWA
Notes sur l'amélioration de l'accès à la justice
Outre la justice, les femmes autochtones doivent avoir accès à des réparations significatives. Celles-ci devraient couvrir les préjudices économiques et sociaux, notamment la perte de moyens de subsistance, le soutien à la santé et à l’éducation et, lorsque cela est possible, la restitution des terres et des ressources. Il est également essentiel de soutenir les organisations et les initiatives communautaires de femmes autochtones, car ces dernières jouent un rôle central dans la protection de leurs communautés, de leurs cultures et de leur environnement.
Il est essentiel de comprendre que rendre justice exige de s’attaquer aux causes profondes de la violence et de la marginalisation. Les gouvernements doivent reconnaître les droits des peuples autochtones sur leurs terres, leurs territoires et leurs ressources naturelles, et veiller à ce que les projets de développement respectent le principe du consentement libre, préalable et éclairé.
Enfin, les gouvernements doivent comprendre que les femmes autochtones doivent être incluses dans la prise de décision à tous les niveaux, de la gouvernance locale aux discussions politiques nationales. Leur leadership et leurs connaissances sont essentiels à l’élaboration de politiques qui reflètent véritablement les besoins et les expériences des communautés autochtones.
Rinda Yamashiro est une militante autochtone ryukyuenne d'Okinawa. De son travail au sein de l'Association des peuples autochtones des Ryukyu (AIPR) à son poste actuel de secrétaire du Réseau des femmes autochtones d'Asie (NIWA), Rinda coordonne les efforts visant à renforcer les luttes autochtones à Okinawa et à faire entendre la voix des femmes autochtones dans toute la région.
traduction caro d'un article de Debates indigenas du 01/04/2026
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