Mouvement Agraire Indigène Zapatiste (MAIZ), déclaration 16 ans après l'assassinat de Bety Cariño et Jyri Jaakkola, l'impunité comme politique d'état au Mexique

Publié le 28 Avril 2026

27 avril 2026

 

Au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme au Mexique

Aux mécanismes internationaux des droits de l'homme

Aux peuples du Mexique et au monde entier

Au public national et international

 

Seize ans se sont écoulés depuis le meurtre de Bety Cariño et Jyri Jaakkola, survenu le 27 avril 2010 sur la route de San Juan Copala, dans l'État d'Oaxaca.

Seize ans n'ont pas suffi pour que justice soit faite.

Mais ils ont suffi à révéler quelque chose de plus profond :

la défaillance structurelle des institutions judiciaires au Mexique et la responsabilité directe de l’État dans la reproduction de l’impunité.

L'affaire Bety et Jyri n'est pas simplement une affaire non résolue.

C'est un symbole d'impunité institutionnalisée, où l'omission, la négligence et la complicité ont constitué une politique d'État.

Durant toutes ces années, les institutions chargées de garantir et d'administrer la justice ont non seulement échoué, mais ont également contribué à perpétuer un système où la violence contre ceux qui défendent la vie et le territoire reste impunie.

Aujourd'hui, il faut comprendre cette affaire non pas comme un événement passé, mais comme un avertissement actuel.

L'impunité se reproduit

Les meurtres et les disparitions de défenseurs des droits humains continuent de se produire.

Le cas de Sergio Rivera Hernández, défenseur du rio Coyolapa disparu dans la Sierra Negra, dans l'État de Puebla, illustre douloureusement la persistance de l'impunité. Sa disparition forcée demeure non élucidée, témoignant de l'incapacité et du refus de l'État de garantir la vérité et la justice.

Dans le contexte actuel du gouvernement de Salomón Jara Cruz, de nouveaux actes de violence contre les défenseurs des terres ont été enregistrés, reflétant la poursuite d'un schéma :

 

►Des agressions et des meurtres qui restent non résolus. 

►Des disparitions forcées sans vérité ni justice.

►L'absence de garanties réelles de protection pour les communautés en résistance.

►Un environnement où la défense du territoire demeure une activité à haut risque.

 

Ces événements ne sont pas isolés.

Ils sont l'expression d'une continuité historique de violence et d'impunité, où l'État est non seulement incapable de protéger, mais finit par faire partie du problème.

 

EXTRACTIVISME ET IMPUNITÉ

 

Les violences perpétrées contre les communautés et leurs défenseurs sont profondément liées à l'imposition de projets extractifs.

Sur le territoire mixtèque, les concessions minières continuent de menacer directement la vie, l'eau et l'autonomie des communautés. Ces concessions ont été accordées sans leur consentement, engendrant conflits, expropriations et violences.

L’impunité dans des affaires comme celles de Bety Cariño, Jyri Jaakkola et Sergio Rivera Hernández ne peut être comprise sans ce contexte d’intérêts économiques et politiques qui privilégient l’extractivisme au détriment de la vie.

 

UN APPEL INTERNATIONAL CONTRE L'IMPUNITÉ

 

Dans ce contexte, le cas de Bety Cariño et Jyri Jaakkola doit être considéré comme un cas paradigmatique d’impunité au Mexique.

Par conséquent, nous exigeons que le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme au Mexique :

 

►Qu’il aborde publiquement ce cas comme un exemple de la crise structurelle des droits de l’homme dans le pays.

►Qu’il mette en lumière la responsabilité de l’État mexicain dans la perpétuation de ce cycle d’impunité.

►Qu’il assure un suivi de la situation des défenseurs des droits de l’homme disparus et assassinés au Mexique.

 

Nous exigeons également l'annulation des concessions minières sur les territoires mixtèques, car elles représentent une menace structurelle pour les droits des peuples autochtones.

 

MÉMOIRE QUI DÉNONCE, MÉMOIRE QUI RÉSISTE

 

Nommer Bety, Jyri et Sergio n'est pas un acte symbolique.

C'est une dénonciation vivante.

Cela nous rappelle qu'au Mexique, ceux qui luttent pour la vie peuvent être assassinés ou disparaître, et qu'ensuite, il ne se passe plus rien.

Mais cela affirme aussi que les gens n'oublient pas.

Ce souvenir est une forme de résistance.

Et que, face à l'impunité, la dignité continue de s'organiser d'elle-même.

 

BETY, JYRI ET SERGIO VIVENT DANS LA LUTTE DES PEUPLES !

STOP A L'IMPUNITÉ STRUCTURELLE !

ANNULATION DES CONCESSIONS MINIÈRES !

L'ÉTAT MEXICAIN EST RESPONSABLE !

 

Traduction caro d'un communiqué paru sur le site du CNI le 27/04/2026

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