GUATEMALA : Le gouvernement d'Arévalo oublie le pacte agraire et poursuit les expulsions dans les communautés Q'eqchi'

Publié le 19 Avril 2026

16 avril 2026

Crédits : Prensa comunitaria

Malgré la signature d'un accord gouvernemental visant à résoudre les problèmes agraires des communautés autochtones, les expulsions menées par l'État et les expulsions extrajudiciaires contre les communautés Q'eqchi' se poursuivent, les laissant dans une situation de survie en matière de logement, de santé, de nourriture et de vie digne.

Le cas de la communauté de Nueva Concepción à Alta Verapaz est un exemple de la politique d’expulsion du gouvernement de Bernardo Arévalo et du Ministère public (MP).

Par Prensa comunitaria

C'est dimanche, et des enfants peinent à atteindre des mangues vertes dans le village de Bella Flor, dans la commune de Panzós, province d'Alta Verapaz. Une fois qu'ils y parviennent, ils crient de joie et, avec de doux sourires innocents, se mettent à les manger. À côté d'eux, un jeune homme reste assis sur sa moto pendant plusieurs minutes, l'air pensif et triste, le regard fixé au sol. 

À quelques mètres de là, une jeune mère est assise, sa fille dans les bras. À l'arrière-plan, trois pierres appelées tenamaste, un pot, un comal et quelques chiriviscos (branches séchées) forment sa cuisine de fortune. Non loin de là, plusieurs femmes perpétuent un art ancestral qui incarne la cosmovision, les mathématiques et l'esthétique mayas : le tissage à la ceinture. Cet art constitue également une activité économique pour les femmes Q'eqchi' d'Alta Verapaz, un département du nord du Guatemala.

Des enfants d'une communauté expulsée cueillent des mangues sur un arbre. Photo : Prensa comunitaria

Ces familles sont actuellement hébergées dans la communauté de Bella Flor, dans la municipalité de Panzós, province d'Alta Verapaz. Sur les 73 familles expulsées de force de la communauté de Nueva Concepción, dans la municipalité de Tucurú, province d'Alta Verapaz, en novembre 2025, 27 restent encore sur place. 

Plusieurs de ces familles étaient des métayers de la ferme dite de Nueva Concepción. Au cours de ces attaques, qui durèrent plus d'un mois, deux fillettes, âgées de 3 ans et de 10 mois, moururent après avoir dû se réfugier pendant plusieurs jours dans les montagnes entourant leur village. 

Derrière ces scènes se cachent de longues histoires tragiques, comme le massacre de Panzós, perpétré en 1979, des disparitions, des tortures, l'esclavage et surtout, la dépossession de leurs terres par des descendants allemands. 

Des femmes Q'eqchi' tissent dans la communauté expulsée de Nueva Concepción, à Panzós. Photo : Prensa comunitaria.

Absence d'institutions publiques

Les femmes, le visage fatigué et triste, et face à un avenir incertain, ont déclaré lors d'une interview réalisée à Bella Flor, Panzós, le 12 avril, que pendant les cinq mois écoulés depuis leur déplacement de leur communauté, elles ont survécu dans une zone qui leur a été temporairement prêtée par la communauté de Bella Flor en signe de solidarité. 

La tristesse se lit sur les visages des femmes Q'eqchi' touchées par les expulsions. Photo : Prensa Comunitaria

Aucun organisme gouvernemental ne leur a apporté d'aide. Ils n'ont ni eau ni nourriture pour leurs enfants. Ils survivent dans des abris de fortune exigus, faits de nylon, de carton et de tissu. Ils dorment à même le sol, sur des morceaux de carton ou de nylon. Ils n'ont plus rien, car ils ont dû tout abandonner lors de leur expulsion. 

Des familles vivent dans des baraques. Photo : Prensa comunitaria

Accord agraire avec le gouvernement de Bernardo Arévalo

Le 7 février 2024, le président Bernardo Arévalo a signé un accord avec quatre organisations paysannes afin de résoudre les conflits agraires, de garantir l'accès à la terre et de promouvoir le développement rural au Guatemala. Cependant, cet accord est resté lettre morte, des expulsions, comme dans le cas présent, ayant eu lieu au lieu d'être mis en œuvre. 

La peur des groupes armés

Ces familles affirment avoir déposé des plaintes auprès des institutions compétentes contre M. Héctor Ottoniel Sep, M. Mynor Sep et M. Ángel Isem, qu'elles identifient comme responsables de la fourniture de fusils longs de gros calibre aux habitants de la communauté de San José Concepción de Tucurú, près de Nueva Concepción, et qui étaient à l'origine de l'expulsion extrajudiciaire de la communauté.

Des hommes armés terrorisent les familles à Nueva Concepción. Photo : Médias sociaux 

Selon des informateurs, certaines des activités de ces trois personnes incluent l'exploitation forestière illégale, et ils estiment qu'il est très probable qu'ils appartiennent au crime organisé et aient des liens avec des fonctionnaires, car ils ont favorisé d'autres expulsions dans cette même municipalité.

traduction caro d'un article de Prensa comunitaria du 17/04/2026

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