En Haïti, les jeunes célèbrent la mémoire de Toussaint Louverture, leader de la révolution haïtienne
Publié le 8 Avril 2026
Tué en 1803, ce leader proclama l'indépendance et l'abolition de l'esclavage en Haïti, un pays aujourd'hui en proie à l'impérialisme.
7 avril 2026 - 7h00
Port-au-Prince (Haïti)
Cha Dafol
« Il existe une partie de la jeunesse qui envisage encore une autre société possible », déclare Igenel Jean-Baptiste, membre de l'organisation paysanne Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen et professeur de lycée. | Crédit : Cha Dafol
En capturant Toussaint Louverture , leader de la révolution haïtienne, et en l'emprisonnant dans une prison de l'est de la France, Napoléon entendait non seulement éliminer le général qui avait galvanisé les masses, mais aussi le condamner à l'oubli, l'empêchant ainsi de devenir un martyr dans son propre pays. Cette stratégie se retourna contre lui. Le peuple haïtien, qui obtint son indépendance quelques mois après la mort du héros, le 7 avril 1803, n'a jamais cessé de se souvenir de celui qui, plus de deux siècles auparavant, avait vaincu les plus grandes armées du monde pour libérer son peuple.
Aujourd’hui, alors qu’Haïti traverse une crise politique et sociale sans précédent , le souvenir de Toussaint Louverture représente un phare pour une jeunesse qui résiste à toute violence et qui aspire encore à un pays meilleur. « Il m’inspire, je le considère comme un exemple », confie Limpston Amy, 32 ans, animatrice socio-éducative en milieu rural, « car il a lutté pour la liberté de tous les Noirs et pour la reconnaissance de la dignité humaine. »
Ce fut sans aucun doute la véritable flamme de la Révolution haïtienne et le principal héritage de Louverture à l'humanité. Avant même de songer à revendiquer l'indépendance de la nation noire, il militait pour l'abolition de l'esclavage et l'égalité entre Noirs et Blancs dans tous les territoires colonisés.
Limpston souligne cependant que la lutte pour les droits et la souveraineté doit encore être menée, mais cette fois contre un ennemi plus insidieux. « Aujourd’hui, nous n’avons plus d’esclaves enchaînés, mais nous restons les esclaves mentaux d’un système. Et croyez-vous que notre pays soit autonome ? Certainement pas ! Les Haïtiens ne choisissent pas leurs dirigeants, ils ne choisissent pas leur alimentation. Ce qu’on veut bien nous imposer, nous devons le consommer », déplorait-elle auprès de Brasil de Fato .
Pour Jean-Rony François, 27 ans, étudiant et communicateur à Plaisance (Nord), c'est le courage de Toussaint Louverture qui fait le plus défaut à Haïti en 2026. « Il avait un véritable charisme, et c'est ce charisme qui fait défaut aujourd'hui », analyse-t-il, soulignant son exploit d'avoir réussi à unifier le peuple haïtien, du nord au sud du pays, au milieu de près de dix ans de guerre, dans la quête d'une nation libre. « Il croyait que chacun pouvait participer, que chacun devait contribuer. Aujourd'hui, s'il y a une valeur essentielle que chaque Haïtien se doit de défendre, c'est bien l'unité qui nous unit. Il ne s'agit pas de savoir qui a plus ou moins d'argent, c'est un combat patriotique. »
Louverture : D’ancien esclave à commandant de la révolution haïtienne | Crédit : Wikicommons
Être jeune en Haïti
Dans la guerre symbolique que mène aujourd'hui le pays, l'ennemi est multiple. D'un côté, des bandes armées massacrent la population , contrôlent les axes routiers principaux et anéantissent les institutions étatiques. De l'autre, des élites corrompues bradent les biens publics aux multinationales, engagent des mercenaires étrangers et ouvrent la voie à une intervention militaire sous l'égide des Nations Unies, sans consultation préalable de la population.
« Peur » et « angoisse » sont les deux mots que Netia Betsaina Pierre, 23 ans, a utilisés pour exprimer ses sentiments de jeune femme dans le contexte politique actuel. Photographe et étudiante en sciences administratives à Hinche (centre d'Haïti), elle explique avec précision : « La peur, car l'insécurité s'est accrue et perdure depuis de nombreuses années. Quant à l'angoisse, je ne sais pas quand ma voix sera entendue dans les décisions prises par la société haïtienne. »
Évoquant les valeurs de liberté, d'unité et de dignité des Noirs — valeurs qui, pour elle, incarnent le mieux l'héritage de Toussaint Louverture —, elle souligne le fossé qui sépare la population de ses dirigeants. « Ceux qui nous gouvernent, le plus souvent, ne sont pas ceux qui cultivent ces valeurs chez eux », insiste-t-elle.
Kensly Charles, 24 ans, est postulant au séminaire de Port-au-Prince, la capitale. Interrogé sur son expérience de jeune Haïtien, il parle sans détour de l'insécurité généralisée, du chômage, de l'inflation, de la crise politique et de la menace que représentent les bandes armées qui ciblent les jeunes. « On voit des jeunes qui acceptent de rejoindre des gangs, mais ils en tuent d'autres parce qu'ils ont refusé », explique-t-il à Brasil de Fato . « Tout cela me touche profondément. Cela affecte mon esprit, ma morale, mon éthique. Quand on est jeune, on ne sait pas de quoi l'avenir sera fait. »
Selon le journaliste Jean-Rony François, c’est le courage de Toussaint Louverture qui fait le plus défaut à Haïti en 2026 | Crédit : Cha Dafol
La soif de l'avenir
L’angoisse, cependant, ne doit pas être un motif de découragement. « Malgré tout, nous devons lutter pour un pays meilleur, pour un Haïti plus fort », insiste Kensly. Et c’est dans cet effort que le souvenir de Toussaint éclaire le chemin : « Il m’inspire par sa force, son courage, sa détermination et son intelligence. Il n’était pas seulement un homme qui comprenait la guerre, il était un homme qui savait penser à l’avenir. »
C’est précisément pour penser à l’avenir et le construire que la jeunesse haïtienne éprouve parfois le besoin de se tourner vers le passé. Dans l’histoire du pays, les noms de ceux qui ont mené le processus révolutionnaire inspirent encore le respect. Plus important encore, ils contribuent à valoriser la lutte du peuple haïtien et sa capacité de résistance.
« Le parcours de personnalités comme Henri Christophe, Jean-Jacques Dessalines ou Toussaint Louverture nous apprend beaucoup », observe Kensly, « et nous montre que nous sommes un peuple fort, un peuple digne, un peuple qui a su échapper à l’esclavage, un peuple capable de surmonter la crise que nous traversons. »
D'après une étude de l'Institut haïtien de statistique et d'informatique (IHSI), 67 % de la population haïtienne a moins de 34 ans. Cette prédominance démographique confère aux jeunes un rôle central dans les transformations politiques du pays. Les grandes mobilisations populaires qui ont marqué les dernières décennies, depuis la chute de la dictature des Duvalier et l'adoption de la Constitution de 1987 , ont été menées par des mouvements de jeunesse.
La force ancestrale
En tant que membre de l'organisation populaire et paysanne Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen et professeur de lycée, Igenel Jean-Baptiste a toujours porté une attention particulière aux nouvelles générations. Malgré la conscience des défis à relever pour envisager un avenir meilleur, il conserve un certain optimisme.
« Le système capitaliste peut injecter son sérum dans l’esprit des jeunes, mais il ne peut pas tous les détourner. Il existe une partie de la population qui entrevoit encore une autre société possible et qui est prête à se battre pour construire un autre État, un État responsable capable de garantir le bien-être de la population », a-t-il confié à Brasil de Fato .
Cependant, selon lui, il est essentiel d'accompagner l'esprit révolutionnaire d'éducation politique et d'un travail de terrain, afin de préserver l'histoire du pays et ses enseignements. Une vision partagée par la plupart des mouvements sociaux et politiques qui militent pour un changement structurel en Haïti. « Un travail considérable est mené dans les espaces organisés pour parler de Toussaint Louverture, raconter sa vie, son œuvre, son combat, et réfléchir à la manière dont nous-mêmes, ainsi que les jeunes, pouvons nous en inspirer pour transformer le pays », affirme Igenel, qui trouve également en ce leader une source d'inspiration. « Il nous inspire à poursuivre ce travail d'éducation populaire, à développer une conscience critique et révolutionnaire de la situation. »
Lorsque Toussaint Louverture fut arrêté et emmené en France, d'où il ne reviendrait jamais, il aurait déclaré, en embarquant : « En m'emmenant, ils n'ont fait qu'abattre, à Saint-Domingue, le tronc de l'arbre de la liberté des Noirs. Il repoussera de ses racines, car elles sont profondes et nombreuses. » Peut-être ne s'attendait-il pas à ce que la lutte du peuple qu'il avait libéré soit si longue et ardue, et encore moins à ce que ses idéaux soient encore à défendre au XXIe siècle . Mais il n'en fut pas moins visionnaire en pressentant que son héritage transcenderait l'injustice et la répression de ceux qui avaient tenté de le réduire au silence.
Édité par : Luís Indriunas
traduction caro d'un article de Brasil de fato du 07/04/2026
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