CHILI : Wallmapu. La Communauté autonome Temucuicui fait référence à la ministre Ximena Lincolao et à ses déclarations

Publié le 16 Avril 2026

Publié le 15 avril 2026 / 

Concernant ce qui est arrivé à la ministre des Sciences, Ximena Lincolao Pilquianel, le 8 avril 2026 à l'Université australe du Chili (UACh) à Valdivia, la Communauté autonome Temucuicui publie la déclaration suivante :

Lincolao a déclaré avoir accepté ce poste pour servir de pont et démontrer qu'il est possible d'occuper des fonctions de pouvoir d'un point de vue mapuche sans pour autant s'engager dans la confrontation. Pour Kast, cette nomination illustre sa vision d'un « Chili uni », où l'ascendance ne constitue pas un obstacle au service de l'État dans le cadre de son programme d'« ordre et de sécurité ». Par conséquent, Madame la Ministre Lincolao, vous êtes favorable à l'unification du Chili et vous refusez de le considérer comme un territoire plurinational et culturel.

Au Chili, on compte environ 1,7 million de Mapuche, selon les données officielles du recensement de 2017. Par ailleurs, d'un point de vue génétique, des études menées par l'Université du Chili indiquent que la plupart des Chiliens possèdent entre 40 % et 60 % d'ascendance indigène, même s'ils ne s'identifient pas culturellement comme tels.

C’est précisément là le cœur du débat et la raison pour laquelle il a été abordé à l’Université Australe. Ce conflit n’est pas seulement politique, mais porte aussi sur l’identité et la légitimité au sein du monde autochtone.

Madame la Ministre, vous êtes interrogée sur des questions ethniques sur deux points principaux :

– Absence de « Tuwün » et de « Kümalme »

Pour les communautés régies par une éthique ancestrale, être Mapuche ne se résume pas à porter le nom de famille, mais implique un lien territorial avec une communauté spécifique (Tuwün) et une lignée reconnue (Kümalme). Ayant vécu à Santiago puis passé des décennies aux États-Unis, vous êtes perçue comme extérieure à la nation Mapuche.

– L’élite « Mapuchisée » (un terme que vous avez vous-même créé) :

On vous reproche de représenter une vision « occidentalisée » ou « capitaliste du succès », qui ne correspond pas aux revendications historiques des Mapuche en matière de terres et d'autonomie.

Madame la Ministre, vous êtes considérée comme une « yanacona » (terme péjoratif désignant un laquais ou un serviteur) par ceux-là mêmes que vous prétendez représenter. N'est-il pas honteux que ces mêmes personnes vous qualifient d'un terme aussi injurieux ?

Autres points qui vous tiennent en échec :

Les autorités traditionnelles ne sont pas reconnues ; autrement dit, aucune organisation territoriale importante ni aucun Machis/Lonkos du mouvement mapuche ne vous reconnaît comme interlocutrice. Aucune, Madame la Ministre. Pour les peñi et les lagmien, votre nomination n’est qu’un coup de pub de Kast pour se disculper et éviter de s’attaquer aux racines du conflit foncier.

Pour votre part, vous vous manifestez et vous vous révélez avec une arrogance typique du dirigeant, qui vous instrumentalise en vous nommant ministre.

Il interpelle publiquement les communautés mapuches affirmant que « personne ne possède le "mapuchomètre" » pour décider qui est autochtone et qui ne l'est pas, et que sa réussite professionnelle est une forme moderne de fierté pour son peuple.

Madame la Ministre, nous tenons à préciser : du point de vue des organisations autonomistes et territoriales mapuche, l’identité mapuche ne se résume pas à une carte d’identité numérotée, délivrée par l’état civil, ni à un nom de famille mapuche figurant sur un diplôme universitaire.

Pour le monde traditionnel, la légitimité vient de l'appartenance à un Lof ou à une communauté, du fait de « faire le Mapuche » (participer au Guillatún ou aux cérémonies) et de la reconnaissance par leurs propres autorités (Lonkos et Machis).

Selon cette logique, les communautés mapuche seraient en réalité le « mapuchomètre » légitime que vous mentionnez ironiquement, démontrant une fois de plus votre arrogance d'extrême droite, votre ignorance et votre manque de respect envers les Mapuche.

Madame la Ministre Yanacona, la dernière chose que vous devriez dire, c'est que Kast joue au palin au lieu de jouer au golf.

Concernant les étudiants qui ont manifesté :

Les manifestants vous ont traitée de « traîtresse » pour avoir collaboré avec un président qui a critiqué les revendications territoriales et d'autonomie du peuple mapuche. Votre nomination est une manœuvre manifeste de Kast pour redorer son image, compte tenu de sa dette historique envers la nation mapuche.

Les manifestants ont instrumentalisé votre origine ethnique pour vous remettre à votre place, tentant de nier votre « identité mapuche » en raison de votre réussite professionnelle et parce que vous seriez au service de l'extrême droite pinochetiste chilienne.

Pour les groupes de manifestants, vous n'êtes pas et ne serez jamais une représentante, car vous manquez de « Tuwün » et de « Kümalme ». Ce n'est pas quelque chose qui s'acquiert à l'université, Madame la Ministre.

Vous avez vécu pendant des décennies en dehors du territoire mapuche, notamment aux États-Unis où les communautés afro-américaine et latino-américaine ont mené de grandes luttes et ont été victimes d'une répression brutale non seulement de la part de Trump, mais aussi de ses prédécesseurs.

La manifestation consiste simplement et fondamentalement à lui dire : vous « ne nous représentez pas » face à un État bourgeois qui cautionne toutes les atrocités de la société industrielle moderne qui incarne et fait revivre la figure de Pinochet, désormais personnifiée en Kast.

Tout ce spectacle était inutile pour militariser les établissements d'enseignement et réduire les ressources allouées aux étudiants, notamment le CAE (Fonds de prêts étudiants) et tout ce qui en découlera.

Communauté autonome Temucuicui

13 avril 2026

Wallmapu/ Territoire Mapuche

 

traduction caro d'un communiqué paru sur Kaosenlared le 15/04/2026

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