Brésil : Un rapport dénonce un lobby de mille milliards de dollars qui milite pour l'exploitation minière sur les terres indigènes du Brésil, transformant l'Amazonie en une « zone sacrifiée ».

Publié le 9 Avril 2026

Un document de l'APIB (Articulation des peuples autochtones du Brésil) fait état de pressions exercées par les entreprises, les banques et l'État sur les terres indigènes.

8 avril 2026 - 12 h 00

São Paulo (SP)

Rodrigo Chagas

 

Des autochtones de divers groupes ethniques ont participé au campement Terre Libre Camp (ATL), sur l'Axe Monumental de Brasília, en avril 2025 | Crédit : Fabio Rodrigues-Pozzebom/ Agência Brasil

Entre 2016 et 2024, 493 milliards de dollars américains ont été transférés par les grandes banques à des sociétés minières liées à la transition énergétique. Dans un rapport publié lors du Campement Terre Libre/Acampamento Terra Livre (ATL) , l’Articulation des peuples autochtones du Brésil (Apib) affirme que ces flux financiers alimentent la pression en faveur de l’exploitation minière sur les terres indigènes du pays.

Selon l'organisation, la course aux minéraux stratégiques a été utilisée comme prétexte pour assouplir les réglementations et empiéter sur les territoires traditionnels, dans un processus qui implique des banques internationales, de grandes sociétés minières et leur influence directe sur l'État brésilien.

Parmi les principaux bénéficiaires figurent des entreprises comme Vale, BHP et Glencore, soutenues par des investisseurs tels que BlackRock, Vanguard et Capital Group. Pour l'APIB , cette chaîne transfère les risques environnementaux et sociaux aux territoires autochtones tout en concentrant les profits dans ces sociétés et fonds.

Le rapport souligne que l'exploitation minière est présentée par ces entreprises et investisseurs comme une condition sine qua non de la transition énergétique . L'exploration des minéraux critiques est considérée comme indispensable aux technologies bas carbone, ce qui repositionne des pays comme le Brésil comme fournisseurs de ces matières premières et accroît l'intérêt porté à ses territoires.

« Il n’existe aucune solution possible à l’urgence climatique qui implique la destruction de nos terres », indique le document.

 

Une pression de mille milliards de dollars s'exerce à l'échelle mondiale et au sein même de l'État brésilien

 

La plainte de l'APIB s'appuie, entre autres études, sur le rapport « Mining & Money » de la Coalition Forêts et Finance, qui estime qu'entre 2016 et 2024, 493 milliards de dollars de crédits ont été alloués à des sociétés minières spécialisées dans les minéraux dits de transition. Cette même étude souligne qu'à l'échelle mondiale, près de 70 % des mines de ces minéraux empiètent sur les terres indigènes ou les territoires de communautés traditionnelles, et que 71 % sont situées dans des régions à forte biodiversité.

L'Apib décrit une action coordonnée des sociétés minières, de leurs entités représentatives et de leurs alliés politiques auprès des trois branches du gouvernement.

Au Congrès national, l'exploitation minière sur les terres indigènes est associée à des projets qui assouplissent la réglementation environnementale et restreignent les droits territoriaux. L'APIB cite les actions de fronts parlementaires liés à l'agro-industrie et au secteur minier, tels que le Front parlementaire pour une exploitation minière durable (FPMin), le Front parlementaire pour l'agriculture (FPA) et le Front parlementaire évangélique (FPE).

Devant le Tribunal suprême fédéral (STF), le litige porte sur l'interprétation des droits constitutionnels. Selon le rapport, les intérêts du secteur minier sont en jeu dans les affaires et les débats au sein du Tribunal, cherchant à obtenir des décisions qui ouvrent la voie à l'exploration sur les TIs.

Au sein du pouvoir exécutif fédéral, les politiques et les programmes commencent à considérer l'exploitation minière comme un enjeu stratégique. Le rapport souligne le rôle de l'Institut brésilien des mines (IBRAM), qui regroupe des entreprises comme Vale, dans son dialogue avec le gouvernement et son plaidoyer en faveur du développement de l'activité minière. Selon l'APIB, cette coordination contribue à ancrer l'exploitation minière parmi les priorités du secteur public.

 

Terres indigènes sous pression et en proie à un conflit politique ouvert

 

L’expansion minière empiète sur des zones à forte biodiversité et sur des territoires traditionnels. Au Brésil, l’ Amazonie apparaît comme un axe central de cette pression.

Le rapport indique que, rien qu'en Amazonie, on compte plus de 5 000 demandes d'exploitation minière en cours. Parmi celles-ci, plus de 1 300 concernent des terres indigènes, soit par chevauchement direct, soit dans un rayon de 10 kilomètres, dont 390 cas de chevauchement total.

Selon l’APIB, le chevauchement entre les projets miniers et les territoires traditionnels n’est pas un phénomène isolé, mais s’inscrit dans une tendance qui se répète dans différents pays. C’est dans ce contexte que l’organisation utilise l’expression « zones sacrifiées » pour décrire les zones destinées à une exploitation intensive des ressources, dont les impacts se concentrent sur les populations locales.

La publication de ce rapport intervient dans un contexte de changement de politique envers les peuples autochtones. Le ministère des Peuples autochtones est en pleine transition suite au départ de Sônia Guajajara et à la nomination d'Eloy Terena. Parallèlement, une enquête menée par Brasil de Fato révèle que 110 terres indigènes ont déjà franchi les étapes techniques et attendent la décision de l'État brésilien pour entamer le processus de démarcation.

Pour le mouvement autochtone, les pressions exercées par les entreprises et les retards de l'État dans l'achèvement des processus de démarcation font partie intégrante du même différend concernant le sort de ces territoires.

Dans son rapport, l’APIB soutient que les terres indigènes ne constituent pas des obstacles à la transition énergétique, mais plutôt une composante de la réponse à la crise climatique. L’organisation cite sa proposition de contribution déterminée au niveau national (CDN) pour défendre l’idée que la démarcation et la protection territoriale devraient être considérées comme une politique climatique, contrairement à l’idée reçue selon laquelle l’exploitation minière serait la solution à la transition énergétique.

Organisé du 5 au 11 avril, le Campement Terre Libre rassemble des milliers d'autochtones à Brasília et revendique notamment la démarcation des terres.

 

Édité par : Luís Indriunas

traduction caro d'un article de Brasil de fato du 08/04/2026

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