Attaques contre les Kurdes : la riposte de l’Iran aux bombardements américains et israéliens

Publié le 25 Avril 2026

23/04/2026 

Par Somayeh Fatehi* – Malgré le cessez-le-feu entre l'Iran, les États-Unis et Israël, la situation est restée tendue au Kurdistan iranien et irakien (Rojhelat et Bashur, respectivement). Entre le 14 et le 17 avril, des frappes de drones iraniens ont tué quatre combattants peshmergas, membres de partis d'opposition du Kurdistan oriental basés au Kurdistan irakien. Ce phénomène illustre une tendance observée aussi bien lors de conflits armés que lors de trêves et de crises régionales : au Kurdistan, un cessez-le-feu est rarement synonyme de paix.

Cette attaque ne doit pas être interprétée comme une violation de l'accord de cessez-le-feu, mais plutôt comme s'inscrivant dans un schéma récurrent de guerre perpétuelle que la République islamique mène contre le peuple kurde. 

Cessez-le-feu pour qui ?

Après environ six semaines de tensions croissantes au Moyen-Orient, le président américain Donald Trump a annoncé mercredi 8 avril avoir conclu un accord avec l'Iran pour une trêve de deux semaines. « Ce sera un cessez-le-feu bilatéral ! », a-t-il déclaré sur son compte Truth Social. 

Cette décision fait suite à la prolongation du délai accordé à Téhéran pour rouvrir le détroit d'Ormuz, une mesure facilitée par le Pakistan dans le cadre d'un processus de médiation.

Toutefois, dans les régions kurdes d'Iran et en Irak voisin, un cessez-le-feu a souvent symbolisé une reconfiguration des activités militaires plutôt qu'une suspension de celles-ci. Les opérations transfrontalières, la surveillance par drones et les attaques ciblées se poursuivent dans ces régions.

Le 14 avril, Ghazal Molan Cheparabad, une Peshmerga du Parti Komala du Kurdistan iranien, a été tuée lors d'une frappe de drone contre le quartier général du parti au Kurdistan irakien. Trois jours plus tard, le 17 avril, deux autres Peshmergas, Nada Miri et Samira Allayari, ainsi que Shahin Azarbarzin, ont été tuées lors d'une autre frappe de drone, accompagnée d'un tir de missile, contre la base du Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI) près d'Erbil, capitale de la région de Bachur.

De plus, ces attaques ont eu lieu à un moment où ni le gouvernement régional du Kurdistan (GRK) ni les partis kurdes iraniens ne participaient à des opérations militaires contre la République islamique. Les informations diffusées par certains médias internationaux, selon lesquelles les forces kurdes iraniennes auraient pénétré en territoire kurde iranien dans le cadre d'une attaque coordonnée américano-israélienne, ont été catégoriquement rejetées par les partis kurdes iraniens.

Quarante jours d'attaques internes et externes

Durant les quarante jours de guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran, les régions kurdes d'Iran et d'Irak furent le théâtre d'attaques incessantes menées par de multiples acteurs. La région de Bashur figurait parmi les six régions les plus ciblées par l'Iran et ses alliés durant le conflit, aux côtés des Émirats arabes unis, de l'Arabie saoudite, du Koweït et du Qatar. 

Entre le 28 février et le 15 avril, 703 drones et missiles ont été lancés contre le Kurdistan irakien, faisant 17 morts et 92 blessés. On estime que 18 % de ces frappes ont touché des camps appartenant à des groupes kurdes iraniens, où se trouvaient également des civils et des familles. Parmi ces attaques figurent celles qui ont coûté la vie à six combattants peshmergas lors d'une frappe de drone iranienne le 24 mars. 

Outre ses opérations militaires transfrontalières, l'Iran a considérablement intensifié la répression intérieure, comme en témoignent les arrestations de civils et de militants politiques au Rojhelat. Le Réseau des droits de l'homme du Kurdistan a documenté des pratiques de détention arbitraire et de répression à l'encontre de la société civile kurde lors des périodes de fortes tensions militaires. 

Ces événements témoignent d'une attaque extérieure conjuguée à une répression intérieure, visant à étouffer la dissidence et à affaiblir l'action politique kurde. Parallèlement, la coupure d'internet en Iran a dépassé 1 000 heures, restreignant l'accès à l'information, servant de mécanisme de répression de la mobilisation et entravant la documentation des violences d'État au Kurdistan iranien.

Par ailleurs, bien que des chiffres précis fassent défaut, les données disponibles indiquent que les zones kurdes d'Iran ont été la cible de dizaines de frappes aériennes. On estime qu'environ un cinquième des frappes aériennes américaines et israéliennes menées en Iran depuis le début des hostilités ont visé la région du Kurdistan iranien, qui comprend les villes de Kermanshah, Urmia, Ilam, Mehran, Paveh, Kerend-e Gharb, Sanandaj (Sine), Mahabad, Shino (Sino) et le Lorestan. 

Au septième jour des attaques américano-israéliennes contre des bases militaires et de sécurité iraniennes au Kurdistan iranien, plus de 20 cibles ont été bombardées. La région est redevenue ce qu'elle a toujours été : un champ de bataille géopolitique. 

Lorsque des puissances rivales entrent en guerre et que des conflits éclatent, les régions kurdes deviennent des champs de bataille où se déroulent ces affrontements, et le peuple kurde est inévitablement entraîné dans les flammes de la guerre. Pour la population civile kurde, cela signifie vivre dans une incertitude permanente.

Une zone de guerre sans guerre

Même en dehors des périodes de conflits géopolitiques intenses, les régions kurdes ont subi une militarisation continue. Le Kurdistan iranien a longtemps été marqué par des campagnes et des guerres incessantes, qui ont transformé ce territoire en un champ de bataille permanent. 

Peu après la révolution iranienne de 1979, Rouhollah Khomeiny, le nouveau Guide suprême de la République islamique, publia une fatwa déclarant le djihad contre le Kurdistan et ses forces politiques. Il présentait la revendication d'autonomie kurde comme une menace pour le nouvel État islamique et autorisait des opérations militaires au Kurdistan. Cette déclaration entraîna des offensives de grande envergure menées par l'armée iranienne et les Gardiens de la révolution entre 1979 et 1980, provoquant des violences généralisées, des exécutions et des massacres. 

La République islamique entretient un état de guerre perpétuelle contre l'existence même de la population kurde sur son territoire. Depuis longtemps, les régions urbaines et rurales du Kurdistan iranien sont soumises à une occupation militaire et à une militarisation systématique.

Guerre perpétuelle et élimination des capacités politiques kurdes

La persistance de la guerre ne se limite pas à la domination territoriale du Kurdistan, mais implique également la marginalisation systématique des Kurdes : des populations qu’il faut gouverner, contrôler et dépolitiser, plutôt que de les reconnaître comme acteurs politiques. La guerre contre le Kurdistan ne se résume pas à des affrontements militaires ; elle prend aussi la forme d’une campagne politique, économique et culturelle soutenue visant à éliminer les Kurdes en tant que sujets politiques. 

Cependant, la capacité d'action politique des Kurdes a persisté malgré les conditions visant à l'anéantir. Elle se manifeste à travers des luttes allant de la mobilisation citoyenne populaire à l'organisation des femmes et à la résistance armée. Malgré des décennies de militarisation et de répression, la capacité d'action des Kurdes n'a pas disparu. 

*Publié dans The Amargi / Traduction et édition : Kurdistan Latin America

traduction caro d'un article traduit et paru sur Kurdlat le 23/04/2026

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