Pérou : La CIDH accorde des mesures conservatoires au peuple Kakataibo

Publié le 4 Mars 2026

Publié le : 04/03/2026

Image principale : Le territoire du peuple Kakataibo est menacé. Photo : Archives Mongabay

Servindi, le 4 mars 2026.- La Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) a accordé des mesures conservatoires au profit des membres du peuple autochtone Kakataibo vivant isolés dans la réserve autochtone Kakataibo Nord et Sud.

La résolution 13/2026 a été adoptée après avoir considéré que lesdits peuples autochtones se trouvent dans une situation grave et urgente, puisque leurs droits à la vie, à l’intégrité personnelle et à la santé risquent d’être irrémédiablement endommagés.

Les bénéficiaires placés en isolement et soumis au principe de non-contact sont exposés à des risques en raison des agissements de tiers sur leur territoire, situés dans les départements d'Ucayali, de Huánuco et de Loreto.

Des acteurs étrangers se livreraient à la déforestation, détiendraient des concessions qui se chevauchent, construiraient des colonies irrégulières, aménageraient des pistes d'atterrissage clandestines et mèneraient des activités illégales présumées, accompagnées de violence, dans la région.

À cet égard, la requête soutient que l’État péruvien n’a pas adopté de mesures efficaces et suffisantes pour atténuer cette situation, ce qui porterait atteinte aux droits collectifs des peuples autochtones.

De son côté, l'État péruvien a déclaré qu'il mettait en œuvre le plan de protection des réserves indigènes Kakataibo Nord et Sud, dans le cadre duquel il a installé des postes de contrôle et de surveillance.

Cela indique également avoir effectué des patrouilles, des actions de surveillance, ainsi qu'une coordination interinstitutionnelle avec diverses entités compétentes.

Il a également indiqué que des sessions des comités de gestion de la protection ont été organisées, avec la participation d'entités compétentes et de représentants autochtones, afin de coordonner les réponses aux activités illégales et autres facteurs de risque dans la région.

L’État a toutefois souligné que de graves menaces persistent et qu’il existe des lacunes en matière de coordination interinstitutionnelle.

Après avoir analysé les allégations factuelles et juridiques formulées par les parties, la Commission a évalué l’existence de plaintes et d’alertes concernant des activités illicites au sein de la réserve autochtone Kakataibo Nord et Sud, au moins depuis 2020.

De plus, il a été constaté que les facteurs de risque identifiés non seulement persistent, mais augmentent progressivement, sans aucun élément permettant de vérifier leur atténuation effective au fil du temps.

Tout ceci se déroule dans un contexte qui exige une protection particulière, étant donné que les bénéficiaires appartiennent à un peuple autochtone isolé, soumis au principe de non-contact.

La Commission a estimé que les bénéficiaires risquaient de subir une aggravation immédiate de leurs droits et une perte des ressources naturelles nécessaires à leur subsistance.

Mesures demandées à l'État péruvien

Dans les circonstances décrites et sur la base de l’article 25 du Règlement, la Commission demande au Pérou de :

a) adopter les mesures nécessaires et culturellement appropriées pour préserver la vie, l’intégrité personnelle et la santé des bénéficiaires, sur la base du principe de non-contact ;

b) Mettre en œuvre des mesures efficaces pour empêcher la présence continue de tiers se livrant à des activités illicites au sein de la réserve indigène Kakataibo Nord et Sud, située dans les départements d’Ucayali, de Huánuco et de Loreto, conformément aux évaluations formulées dans la présente résolution. Parmi ces mesures, la Commission estime que l’État doit redoubler d’efforts pour garantir la mise en œuvre effective du plan de protection existant, en veillant à ce que toutes les entités étatiques concernées adoptent, de manière opportune et coordonnée, les mesures en suspens en réponse aux alertes, plaintes et communications émises par le ministère de la Culture entre 2020 et la date de la présente résolution, et en garantissant le suivi, le contrôle et l’évaluation continus de ces mesures.

c) activer immédiatement les mesures nécessaires pour évaluer, surveiller et garantir la qualité de l’eau dans les zones liées au périmètre de la réserve indigène Kakataibo Nord et Sud ;

d) Maintenir des espaces de dialogue et de coordination avec les organisations autochtones, en assurant la participation des entités étatiques compétentes, à un mécanisme interne permettant de mesurer les progrès de chaque institution dans la réduction de la situation à risque identifiée. À cette fin, les comités de gestion du plan de protection actuellement en fonction peuvent être pris en considération ;

e) convenir avec les organisations représentant les bénéficiaires de toute mesure supplémentaire qui pourrait s’avérer nécessaire à la mise en œuvre de la présente décision; et

f) faire un rapport sur les mesures prises pour enquêter sur les événements allégués qui ont donné lieu à cette résolution et ainsi empêcher leur récurrence.

L’octroi de cette mesure conservatoire et son adoption par l’État du Pérou ne constituent aucun préjugement d’une requête qui pourrait éventuellement être déposée devant le Système interaméricain concernant une éventuelle violation des droits protégés par les instruments applicables.

Données :

La Commission est un organe principal et autonome de l'OEA, dont le mandat découle de la Charte de l'OEA et de la Convention américaine relative aux droits de l'homme.

La Commission a pour mandat de promouvoir le respect et la défense des droits de l'homme dans la région et agit à titre d'organe consultatif auprès de l'OEA en la matière.

La Commission est composée de sept membres indépendants élus à titre personnel par l'Assemblée générale de l'OEA, et qui ne représentent ni leur pays d'origine ni leur pays de résidence.

 

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