Les avancées kurdes à Shengal et au Kurdistan du Sud sont menacées

Publié le 19 Mars 2026

19/03/2026 

Par l'agence de presse ANF* – L'Irak et le Kurdistan du Sud (Bashur, Kurdistan irakien) sont devenus l'un des principaux théâtres d'opérations depuis le début de la guerre, impliquant à la fois des forces supplétives et des États directement impliqués. Le régime iranien, outre le bombardement de bases et de camps de partis kurdes dans le Kurdistan oriental (Rojhilat, Kurdistan iranien), notamment dans des villes comme Erbil (Hewlêr) et Souleimaniye (Silêmanî), attaque également des bases américaines, des installations diplomatiques et des champs pétroliers. En réponse, les États-Unis et Israël ciblent les groupes chiites pro-iraniens en Irak, en particulier les Forces de mobilisation populaire (FMP, Hachd al-Chaabi). Cette situation plonge rapidement le pays dans l'insécurité et la fragmentation.

Le bloc dirigé par les États-Unis et Israël cherche à affaiblir l'Iran en ciblant son programme nucléaire, ses capacités balistiques et son infrastructure militaire. Dans ce cadre, il tente également de neutraliser les alliés de Téhéran, tels que le Hezbollah, les Houthis (au Yémen) et les Forces de mobilisation populaire (FMP). Depuis le début du conflit, le 28 février, ces groupes sont la cible de frappes aériennes quasi quotidiennes.

Liens religieux et idéologiques

Les liens entre l'Irak et l'Iran sont profondément enracinés dans l'histoire et la religion. Des villes comme Najaf et Karbala, qui abritent les sanctuaires de l'imam Ali et de l'imam Hussein, sont des centres de pèlerinage depuis des siècles. Des figures telles que l'ayatollah Rouhollah Khomeiny, durant son exil à Najaf, et le chef religieux Ali al-Sistani, ont consolidé un réseau d'influence qui demeure crucial.

Après l'invasion américaine de l'Irak en 2003, l'influence iranienne à Bagdad s'est intensifiée, notamment par le biais de partis et de milices liés à Téhéran. Aujourd'hui, des groupes unis sous la bannière de la soi-disant Résistance islamique en Irak continuent de s'en prendre aux intérêts américains.

Hashd al Shaabi et les milices chiites

Les Forces de mobilisation populaire (FMP) ont émergé en 2014 en réaction à l'avancée de l'État islamique et regroupent des dizaines de milices, majoritairement chiites. Bien qu'intégrées formellement à l'appareil d'État irakien, plusieurs factions conservent une autonomie opérationnelle. Parmi les groupes les plus importants figurent l'Organisation Badr, Asaib Ahl al-Haq, Kataib Hezbollah, Harakat al-Nujaba et Saraya al-Salam.

Kataib Hezbollah, considéré comme l'un des plus proches alliés de l'Iran, s'est fait connaître pour ses attaques contre les forces américaines. Fondé en 2003, le groupe exige le retrait des troupes étrangères et maintient une présence active en Irak et en Syrie.

Kurdistan du Sud : le front le plus fragile

Le Kurdistan du Sud apparaît comme l'une des régions les plus vulnérables. Alors que l'Iran attaque les partis kurdes et que les États-Unis frappent les milices pro-iraniennes, l'équilibre politique, économique et sécuritaire est bouleversé. La région, gouvernée par le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), demeure également fortement dépendante économiquement de l'Iran, notamment en raison d'importants échanges commerciaux et d'investissements.

L’escalade du conflit menace non seulement la sécurité, mais peut également engendrer des tensions économiques structurelles à moyen et long terme.

Shengal : un point chaud de risque croissant

Le conflit place également Shengal (la région yézidie du nord de l'Irak) au cœur des tensions régionales. Sa position stratégique entre l'Irak, la Syrie et le Kurdistan du Sud en fait un point névralgique. La Turquie cherche à consolider son emprise pour isoler le Rojava (Kurdistan syrien), tandis que l'Iran ambitionne de l'intégrer à sa sphère d'influence.

À cela s'ajoute le déplacement de milliers de combattants de l'EI vers des provinces comme Ninive, Mossoul et Anbar, ce qui ravive les menaces directes contre la population yézidie.

Alors que la communauté yézidie tente de se reconstruire grâce à des structures d'autogouvernance et d'autodéfense — telles que les Unités de résistance Shengal (YBŞ) et les forces locales —, le gouvernement de Bagdad a renforcé sa présence militaire dans la région, établissant des points de contrôle et menant des raids qui comprennent la confiscation d'armes à la population locale.

Prises ensemble, la combinaison de la guerre régionale, de la présence de l'EI et des pressions étatiques place une fois de plus la population de Shengal dans une situation extrêmement vulnérable.

*Édition : Kurdistan Amérique latine

traduction caro d'un article de kurdlat.og du 19/03/2026

Rédigé par caroleone

Publié dans #Kurdistan irakien, #Guerre contre l'Iran, #Peuples originaires, #Kurdes

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article