Le gouvernement régional du Kurdistan irakien ferme-t-il les bureaux des partis kurdes iraniens ?
Publié le 1 Avril 2026
31/03/2026
Par Ammar Goli* – Des sources internes au sein du gouvernement régional du Kurdistan irakien (GRK) ont informé The Amargi que l'appareil de renseignement du Parti démocratique du Kurdistan (PDK, qui contrôle le GRK) a dit aux partis kurdes iraniens qu'ils devaient fermer leurs bureaux à Erbil, une mesure destinée à empêcher de nouvelles attaques iraniennes contre la capitale de la région.
Alors que la cinquième semaine de la guerre entre la République islamique d'Iran, les États-Unis et Israël entre dans sa phase finale, la région du Kurdistan irakien devient de plus en plus un théâtre de pressions politiques et sécuritaires sur les partis kurdes iraniens. Ces mêmes partis étaient auparavant considérés comme un facteur potentiel d'ouverture d'un nouveau front dans l'ouest de l'Iran.
D'après les informations recueillies par The Amargi , les services de sécurité du Kurdistan irakien – notamment l'appareil de renseignement du PDK – ont récemment ordonné à plusieurs partis kurdes iraniens, dont le Parti Komala du Kurdistan iranien et le Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI), de fermer leurs bureaux officiels à Erbil. Cette décision intervient alors que l'Iran continue de cibler les positions de ces groupes dans la région par des missiles et des drones.
Cette semaine, dans une escalade sans précédent, la résidence du président de la région du Kurdistan irakien, Nechirvan Barzani, a été attaquée dans la ville de Duhok. Bien que l'Iran soit soupçonné d'être à l'origine de l'attaque – étant donné que les forces militaires iraniennes et les milices qu'elles soutiennent ciblent régulièrement la région du Kurdistan irakien depuis le début du conflit – les responsables militaires iraniens ont condamné l'attaque. Kata'ib Hezbollah, une milice irakienne soutenue par l'Iran, a également nié toute implication.
Suite à l'attaque, le président du PDK, Massoud Barzani, a également révélé pour la première fois que son propre quartier général avait été attaqué par des drones à cinq reprises.
Le ministère de l'Éducation du gouvernement régional du Kurdistan a annoncé que toutes les écoles resteraient fermées indéfiniment, après avoir rouvert leurs portes la semaine dernière.
L'incertitude et la pression qui pèsent sur les habitants de la région du Kurdistan irakien sont telles que la présence d'une odeur inhabituelle à Souleimaniye (la deuxième ville de la région) a suscité une vive inquiétude. Les autorités locales ont dû rassurer la population, expliquant que l'odeur était due à la poudre à canon et qu'elle était inoffensive. Cette crainte est liée à l'utilisation d'armes chimiques dans la région lors du génocide d'Anfal dans les années 1980, dans le contexte de la guerre Iran-Irak.
Une source au sein du gouvernement régional du Kurdistan (GRK), ayant requis l'anonymat en raison de la sensibilité du sujet, a indiqué au journal The Amargi que la décision de fermer les bureaux des partis kurdes iraniens faisait suite aux menaces constantes de Téhéran et aux attaques continues contre Erbil. Selon cette source, de hauts responsables du PDK ont conclu que la présence visible de ces groupes dans la capitale pourrait avoir de graves conséquences politiques et sécuritaires pour la région.
La source a ajouté que la principale préoccupation du gouvernement régional du Kurdistan est d'empêcher qu'Erbil ne devienne le théâtre d'une confrontation directe entre l'Iran et les groupes d'opposition kurdes.
Cette version a également été confirmée par des sources proches des partis kurdes. Un haut responsable de la Coalition des forces politiques du Kurdistan iranien (CFPKI) a déclaré au journal The Amargi que les bureaux d'au moins deux partis – Komala et PDKI – ont été fermés à la demande des services de renseignement du PDK.
Suite à cette mesure, certains membres de ces groupes ont été contraints de quitter les zones sous le contrôle du KDP et de se déplacer vers la province de Sulaymaniyah (Slemani), qui est sous l'influence de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK).
Cependant, des sources à Slemani ont informé The Amargi que les bureaux de ces partis à Slemani ont également été fermés jusqu'à nouvel ordre, à la demande des autorités de sécurité liées à l'UPK.
Selon des sources consultées par The Amargi , la République islamique d'Iran a averti de hauts responsables du PDK et de l'UPK que tout mouvement de troupes en provenance du Kurdistan irakien vers l'Iran entraînerait non seulement une attaque contre les infrastructures stratégiques de la région – notamment les installations pétrolières, gazières et électriques – mais aussi le déploiement de forces militaires pour contrer ce qu'elle qualifie de « toute menace », voire une escalade du conflit par le biais de milices irakiennes soutenues par l'Iran. La fermeture de ces bureaux intervient alors que les positions de ces groupes kurdes dans la région sont la cible d'attaques iraniennes répétées. Au moins dix combattants peshmergas auraient été tués et plus de trente blessés à ce jour.
Au cours du mois dernier, une partie de la brigade des forces spéciales Saberin du Corps des gardiens de la révolution islamique a été déployée depuis les provinces de Zanjan et d'Azerbaïdjan oriental jusqu'aux frontières de la région du Kurdistan irakien.
Le rôle des États-Unis
Le 29 mars, l'ambassade des États-Unis en Irak a publié un communiqué exhortant tous les citoyens américains présents dans le pays à le quitter immédiatement. Le communiqué mettait en garde contre d'éventuelles attaques iraniennes contre des sites tels que les universités américaines de Bagdad, Souleimaniye et Douhouk.
Au début du conflit, de nombreux analystes estimaient que des groupes kurdes iraniens pourraient rejoindre les hostilités et ouvrir un front terrestre dans l'ouest de l'Iran, une initiative susceptible de remettre en cause le contrôle de Téhéran sur le Kurdistan iranien. Toutefois, ce scénario ne s'est pas concrétisé.
Un facteur déterminant de ce changement réside dans la position des États-Unis. Selon des sources bien informées, Washington a indiqué aux parties kurdes qu'elles ne devaient ni entrer en guerre ni entreprendre d'action militaire indépendante sans coordination avec Washington.
Accord de sécurité entre Bagdad et Téhéran
Les pressions politiques et sécuritaires exercées par l'Iran sur le gouvernement irakien et la région kurde du pays ont joué un rôle déterminant. Les deux gouvernements ont réaffirmé leur engagement envers l'accord de sécurité de 2023 avec l'Iran, qui vise à limiter les activités des groupes d'opposition kurdes soutenus par l'Iran sur le territoire irakien.
Les autorités iraniennes ont lancé des avertissements directs. Auparavant, un représentant du Guide suprême iranien au Conseil de défense avait averti l'Irak et la région du Kurdistan qu'en cas d'« activités menaçantes le long des frontières iraniennes », toutes les installations de la région du Kurdistan pourraient être prises pour cible.
Le 6 mars, une source du KDP a déclaré à Sputnik que les membres de ces groupes avaient remis leurs armes et « signé des engagements à ne pas gêner le gouvernement régional du Kurdistan, à ne pas attaquer l'Iran et à respecter l'accord de sécurité entre les gouvernements de Bagdad et de Téhéran ».
L'accord de sécurité entre Bagdad et Téhéran établit un cadre général pour limiter l'influence de ces groupes. Ses dispositions prévoient notamment d'empêcher l'utilisation du territoire irakien – en particulier la région du Kurdistan – pour attaquer l'Iran, de désarmer les groupes kurdes, de fermer leurs bases militaires près de la frontière, de relocaliser leurs membres loin des zones frontalières et de déployer des forces fédérales irakiennes le long de la frontière.
L'accord met également l'accent sur le partage de renseignements et les patrouilles frontalières conjointes entre les deux pays, mesures visant à réduire les tensions et à prévenir les affrontements transfrontaliers.
Cependant, la pleine mise en œuvre de cet accord s'est heurtée à des difficultés. Ces trois dernières années, certains camps appartenant à ces groupes, situés notamment à Souleimaniye et à Koïa, ont été évacués et leurs membres relogés. Néanmoins, ces groupes n'ont pas été totalement désarmés et conservent une partie de leurs capacités militaires et de leurs infrastructures.
*The Amargi / Traduction et édition : Kurdistan Amérique latine
traduction caro d'un article publié sur Kurdlat le 31/03/2026
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