Bolivie. Les fils de Pizarro et d'Almagro au palais
Publié le 16 Mars 2026
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Publié le 14 mars 2026 /
par Luis Camilo Romero
Deux événements récents symbolisent la trajectoire d'une Bolivie qui semble se diriger vers un retour à l'ancien État colonial, avec ses maîtres et ses seigneurs. Le premier fut la présence de Rodrigo Paz au sommet des « élus » de Donald Trump aux États-Unis, où il reçut pour mandat d'appliquer à la lettre le document du « Bouclier des Amériques ». Le second eut lieu lorsque le roi Felipe VI fut reçu avec les honneurs militaires par les Colorados boliviens au Palais présidentiel, la famille de Paz Pereira au complet rendant hommage à Sa Majesté de la Couronne espagnole.
Au XXIe siècle, nous ne sommes pas seulement confrontés aux héritiers des pillards coloniaux, tels que les Almagro et les Pizarro ; nous avons aujourd’hui aussi des Paz Pereira, des Aramayo et des Lupo, dont la mentalité coloniale demeure intacte. Leurs agissements constituent une nouvelle insulte de ces autorités à l’histoire, à la culture et à la lutte anticoloniale.
Nous assistons au retour de seigneurs féodaux qui manipulent l'État et ses institutions à leur guise, oubliant que la Constitution actuelle nous oblige à poursuivre la lutte anticoloniale. La situation est d'autant plus grave que les nouveaux maîtres s'imposent avec la même logique que les « conquérants ». Le gouvernement de Paz Pereira nous conduit vers ces nouveaux scénarios, alors même que nous pensions vivre dans une autre époque. Aujourd'hui, nous voyons à nouveau des visages se prosterner devant un monarque dont le père a tenté de faire taire les voix dissidentes d'Abya Yala, comme ce fut le cas pour Hugo Chávez.
Aujourd'hui encore, nous voyons des corps s'agenouiller, se soumettre à la pensée coloniale et raciste, répétant l'histoire des « avocats à double visage » que le passé nous montre. Si nous avons subi pendant des années l'imposition coloniale de la langue, maintenant que les langues autochtones gagnent du terrain, les vieux inquisiteurs déclarent une fois de plus au monde qu'ils ne veulent pas parler la langue « maudite » d'Abya Yala.
Ce qui a été prévu lors du sommet de Miami avec les représentants choisis par Donald Trump marque le début d'une nouvelle Opération Condor. Il s'agissait d'une opération criminelle coordonnée d'entraide entre les dictatures du Cône Sud, sous la supervision de la CIA dans les années 1970, visant à assassiner, espionner, surveiller, kidnapper, torturer et procéder à des échanges illégaux de personnes. Aujourd'hui, l'Amérique latine subit une nouvelle « Opération Condor » destinée à réimposer le néolibéralisme sous un autre masque.
L'opération Condor fut l'une des nombreuses opérations visant à instaurer des dictatures militaires pour mettre en œuvre la politique de sécurité nationale des États-Unis, piégeant les populations sous le joug d'un terrorisme d'État, soi-disant pour lutter contre la menace communiste. Les régimes dictatoriaux du Cône Sud, imposés ou approuvés par Washington au Chili, en Argentine, au Brésil, au Paraguay, en Uruguay, en Bolivie, au Pérou, en Colombie, au Venezuela et en Équateur, participèrent à cette opération à des degrés divers, les États-Unis en étant le principal instigateur.
Le célèbre accord signé en Floride porte principalement sur une collaboration entre ces pays sous prétexte de lutter contre les cartels de la drogue en Amérique latine et de les éradiquer. L'objectif est d'établir une coordination continentale efficace pour démanteler le crime organisé. Or, il est frappant de constater que les pays déjà engagés dans cette lutte contre le trafic de drogue – principalement le Mexique, la Colombie et le Pérou – n'ont pas été invités au sommet de Donald Trump. Le Brésil était également absent, malgré ses engagements en matière de sécurité et de protection des citoyens, qui dépassent ce cadre.
Par conséquent, cet accord vise à établir des réseaux, non seulement pour lutter contre le trafic de stupéfiants, mais aussi pour renouer avec les pratiques employées à la fin du siècle dernier : cibler les organisations criminelles, leurs dirigeants et leurs chefs. Dans ce contexte, les États-Unis s’orientent vers une doctrine différente. Il ne s’agit pas d’une formulation rigide, mais plutôt d’une série de décisions qui convergent. Les événements récents au Moyen-Orient le confirment. L’action militaire coordonnée entre les États-Unis et Israël contre l’Iran illustre cette nouvelle logique d’intervention face à des menaces directes perçues contre l’équilibre stratégique, et afin de préserver la crédibilité de la dissuasion.
Ce changement a des conséquences directes pour la Bolivie. Le pays n'est plus un pays périphérique. Le trafic de drogue, la faiblesse des institutions et la lutte pour les ressources stratégiques le placent dans une situation différente. Selon la nouvelle logique américaine, les pays seront évalués selon trois critères : le contrôle territorial, la stabilité institutionnelle et l'alignement stratégique.
Il est surprenant de constater que politologues, sociologues et journalistes ignorent ces coordonnées, pourtant présentes dans toutes les manifestations du retour à l'ancien État colonial et au néolibéralisme. Ils restent insensibles à la pauvreté de leur propre esprit, une autre illustration du colonialisme, parfaitement conforme à la pensée monolithique dominante de l'époque. Les fluctuations de la corruption, le manque d'informations concernant les valises, le mystère de l'essence « de mauvaise qualité », les décisions imposées d'en haut par les « manœuvres du palais » : autant d'expressions de l'héritage persistant de Pizarro et d'Almagro.
L’État colonial vers lequel ce gouvernement nous conduit fonctionne encore selon ces paramètres, influencé par des habitudes qu’il n’a pas su dépasser. L’Assemblée constituante a incontestablement marqué un tournant dans notre histoire contemporaine ; elle a permis de voir se dessiner les positions de ceux qui défendaient ces pratiques coloniales et de ceux qui luttaient pour leur identité et leur dignité face aux impositions racistes.
Luis Camilo Romero est un communicateur bolivien
traduction caro d'un article de Kaosenlared du 14/03/2026
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Bolivia. Los hijos de Pizarro y Almagro en el palacio
Dos hechos recientes simbolizan el rumbo de una Bolivia que parece girar hacia el retorno del viejo Estado colonial, con sus amos y señores.
https://kaosenlared.net/bolivia-los-hijos-de-pizarro-y-almagro-en-el-palacio/
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