Chili : Vallée de Huasco : La communauté Diaguita dénonce les conséquences de la fermeture de Pascua Lama
Publié le 18 Février 2026
13 février 2026
La communauté autochtone Diaguita Patay Co a publié une déclaration publique exprimant son ferme rejet des actions du Service d'évaluation environnementale (SEA) d'Atacama. L'organisation dénonce la clôture prématurée du processus de consultation des autochtones concernant la « Modification de la phase de fermeture de Pascua Lama », un projet de la multinationale Barrick Gold.
Le poids de l'histoire : Barrick Gold au Chili
Pour comprendre les tensions actuelles, il est essentiel de rappeler que Pascua Lama n'est pas un projet comme les autres. Pendant des décennies, il a symbolisé l'exploitation minière transfrontalière et, simultanément, la résistance environnementale au Chili. Après des années d'irrégularités, de dégradation des glaciers et de pollution de l'eau, il a écopé en 2020 de la sanction administrative maximale : sa fermeture définitive.
Cependant, le processus de fermeture d'une mine de cette envergure est complexe. La communauté avertit que Barrick Gold, une entreprise connue pour ses controverses internationales, tente d'instrumentaliser cette phase de « modification de la fermeture » afin de minimiser les dommages accumulés et d'éviter une évaluation complète des impacts sur la haute cordillère des Andes.
Que propose la communauté à ce stade ?
La communauté de Patay Co affirme que l'État « sert » les intérêts de la compagnie minière, fragmentant ainsi la vision du territoire. Leurs principaux arguments sont les suivants :
►Réduction de l'impact sur les autochtones : Elles dénoncent le fait que le Service d'évaluation environnementale (SEA) ait réduit leurs revendications environnementales complexes à une simple question d'« accès aux sites culturels », ignorant que leur culture est intrinsèquement liée à l'écosystème tout entier.
►Défense de la cryosphère : Elles alertent sur le risque qui pèse sur les sources d'eau et les glaciers alimentant toute la vallée de Huasco. Elles refusent que l'impact soit qualifié de « localisé » alors qu'il affecte l'ensemble du bassin versant.
►Méfiance envers les institutions : La communauté remet en question les rencontres entre le directeur régional du SEA et les conseillers de Barrick Gold, ce qui, selon elle, compromet l'impartialité du processus.
►Atteinte du tissu social : Elles accusent l'entreprise de mener des stratégies de division, de harceler les dirigeants et de coopter des individus, aggravant ainsi une blessure sociale vieille de plus de 20 ans.
« Il est inacceptable de réduire la protection des sources de notre bassin versant à un simple protocole d'accès cérémoniel administré par une entreprise dont le bilan environnemental est contesté à l'échelle mondiale », peut-on lire dans la déclaration.
L'avenir de la vallée
La communauté a été claire : il ne s’agit pas d’une position idéologique, mais d’une stratégie de survie. Pour la Coopérative Diaguita Patay, la protection des écosystèmes de haute altitude des Andes est la seule garantie que les générations futures pourront continuer à habiter la vallée de Huasco. Elle s’est engagée à épuiser tous les recours légaux pour défendre l’eau et le patrimoine de son territoire.
LISEZ CI-DESSOUS LA DÉCLARATION PUBLIQUE COMPLÈTE DE LA COMMUNAUTÉ AUTOCHTONE DIAGUITA PATAY CO DE LA VALLÉE DE HUASCO
La communauté autochtone Diaguita Patay Co exprime son profond rejet de la décision prise par le Service d’évaluation environnementale de la région d’Atacama de mettre fin prématurément au processus de consultation des Autochtones dans le cadre de l’étude d’impact environnemental « Modification de la phase de fermeture de Pascua Lama ». Cette décision ignore le contenu même de nos observations, omet des informations contenues dans le dossier administratif et minimise indûment l’ampleur des impacts que nous avons dénoncés.
Lors de la réunion officielle du 18 mars 2024, tenue dans le cadre de l'article 86 du Règlement relatif au Système d'évaluation des incidences environnementales (SEIA), nous avons clairement souligné l'importance vitale des ressources en eau et des écosystèmes des Hautes Andes. Nous avons exprimé notre inquiétude quant aux altérations potentielles de la cryosphère et rappelé que les glaciers alimentent en eau l'ensemble de la vallée de Huasco, et non une zone spécifique. Nous avons indiqué que l'impact ne saurait être considéré comme localisé, mais qu'il affecte l'ensemble du bassin versant, et que les effets cumulatifs et synergiques des interventions en haute montagne doivent être évalués.
Nous avons également fait part de nos préoccupations concernant les risques liés à l'instabilité des pentes et aux glissements de terrain potentiels, la présence possible de drainage minier acide résultant de l'exploitation à ciel ouvert illégale, ainsi que les impacts sur les eaux souterraines alimentant les différents cours d'eau de la vallée. Nous exprimons par la présente notre méfiance à l'égard des informations présentées par le titulaire, en constatant l'absence de données hydrologiques actualisées, le recours à des informations de référence issues de projets antérieurs et l'omission de l'événement climatique de 2022, sans compter l'absence d'un organisme technique indépendant pour valider ces informations.
Nous constatons également que le projet a engendré de profondes divisions sociales dans la vallée, affectant la cohésion communautaire, les pâturages d'été, les éleveurs et l'accès aux sentiers traditionnels. Notre intervention a été globale, prenant en compte les dimensions écosystémiques, glaciaires, culturelles, sociales et territoriales.
Compte rendu de la réunion : https://seia.sea.gob.cl/archivos/2024/03/19/050_Acta_reu_art86_CID-Patay-Co-firmada.pdf
Malgré l’étendue de nos observations, le processus a réduit l’impact sur les communautés autochtones à la seule « restriction d’accès aux sites d’importance culturelle », limitant le débat aux aspects opérationnels pouvant être traités par des protocoles administratifs en collaboration avec l’entreprise. Cette réduction fragmente notre vision du territoire, sépare les terres ancestrales et omet la dimension écosystémique explicitement soulevée. Il est inacceptable de réduire la préoccupation légitime concernant les sources de notre bassin versant de la vallée de Huasco à un simple protocole d’accès cérémoniel administré par une entreprise dont le bilan environnemental et social a été largement remis en question au Chili, en Amérique latine et dans les différents territoires du monde où elle opère. La protection d’un bassin versant stratégique ne saurait être subordonnée à des mécanismes formels gérés par ceux-là mêmes qui ont engendré les impacts qu’ils tentent aujourd’hui de minimiser.
Nous exprimons également notre inquiétude quant aux nombreuses réunions tenues entre l'entreprise et les conseillers liés au projet Pascua Lama, ainsi que la directrice régionale du Service d'évaluation environnementale, Verónica Ossandón Pizarro, et son équipe, dans le but de débloquer le processus et de faciliter des modifications à la clôture du projet. De même, nous sommes préoccupés par le fait que cette dynamique se soit reproduite lors de la récente approbation du projet d'exploration minière « El Alto », situé au même endroit que Pascua Lama. Ces agissements sapent gravement la confiance dans l'impartialité institutionnelle qui devrait régir toutes les décisions administratives et compromettent la crédibilité du système d'évaluation environnementale.
Nous dénonçons également les stratégies de l'entreprise visant à diviser la communauté, à harceler ses dirigeants et à instrumentaliser certains individus pour affaiblir notre position collective. Ces pratiques aggravent les atteintes au tissu social et sont incompatibles avec tout processus se voulant respectueux et mené de bonne foi.
Il est important de rappeler que Pascua Lama a fait l'objet de la sanction administrative maximale de l'État : sa fermeture définitive. Il ne s'agit pas d'un projet sans précédent, mais plutôt d'une modification du plan de fermeture d'une initiative ayant engendré de graves conséquences et des conflits. Parler d'une « fermeture modifiée » ne saurait occulter les dommages accumulés ni minimiser les risques liés à la haute Ande. Protéger les écosystèmes andins, les sources d'eau et les sources de la vallée de Huasco n'est ni une position idéologique ou politique, ni une simple discussion technique. C'est une responsabilité territoriale et culturelle si nous voulons continuer à vivre ici. L'eau qui prend sa source dans les Andes est essentielle à la vie de toute la vallée. Notre relation à la terre intègre la culture et la nature comme un tout indissociable.
La communauté autochtone Diaguita Patay Co réaffirme son engagement à protéger les écosystèmes andins de haute altitude qui alimentent en eau et en vie toute la vallée, un combat que nous menons depuis plus de vingt ans avec conviction et une détermination sans faille. Nous connaissons les institutions, leurs procédures et leurs limites, et nous ne serons pas naïfs face à des actions manquant de transparence, d'impartialité ou d'une réelle volonté de dialogue. Nous ne participerons qu'à des processus menés de bonne foi et offrant de réelles garanties de respect de nos droits. Nous défendrons l'eau, la cordillère et la mémoire de la vallée de Huasco jusqu'au bout, car notre histoire, notre dignité et l'avenir des générations futures reposent sur cette terre.
Communauté autochtone Diaguita de Patay Co,
vallée de Huasco
traduction caro d'un communiqué paru sur Resumen.cl le 13/02/2026
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