Chili : 14e marche pour le Mapuzugun : Justice et reconnaissance de la langue ancestrale du Wallmapu
Publié le 2 Mars 2026
28/02/2026
Les organisations et communautés mapuche ont appelé à la quatorzième mobilisation pour le mapuzugun le vendredi 20 février 2026, dénonçant le manque de volonté politique des gouvernements successifs de reconnaître cette langue comme langue officielle et de garantir les droits linguistiques fondamentaux. À l'occasion de la Journée internationale de la langue maternelle, elles ont exigé que l'État chilien honore ses engagements internationaux et répare sa dette historique envers le peuple mapuche. Parallèlement, depuis plus d'une décennie, des initiatives communautaires et le mouvement mapuzugun poursuivent leurs efforts de revitalisation de la langue, malgré l'absence de cadre juridique pour les soutenir.
Nous reproduisons la déclaration publique…
COMMUNIQUÉ PUBLIC
14E MARCHE POUR LE MAPUZUGUN
Les organisations et les individus qui ont convoqué la marche du 14 mars pour Mapuzugun souhaitent exprimer ce qui suit au public :
Le mapuzugun est la langue ancestrale et originelle du Wallmapu. Cette langue est menacée de disparition, conséquence du racisme et des violences coloniales perpétrés par l'État, ainsi que des politiques monolingues hispanophones toujours en vigueur dans le Wallmapu. Quatre-vingt-onze ans après la proposition issue du Troisième Congrès de la Fédération araucane en 1935, qui visait la reconnaissance officielle du mapuzungun, et après quatorze années de mobilisations pour sa revitalisation, l'État chilien est désormais en mesure de créer les instruments juridiques nécessaires pour répondre à cette revendication profondément ancrée.
La Marche pour le Mapuzungun (MPM) a débuté en 2012 avec le slogan « Mongeley taiñ Mapuzugun », signifiant « Notre langue mapuche est vivante ». Le Mouvement Mapuzugun (MPM) a commencé sous le premier mandat de Sebastián Piñera, s'est poursuivi sous les mandats successifs de Bachelet et de Piñera, et a finalement atteint le gouvernement de Gabriel Boric. Il s'agit de la quatrième mobilisation sous le mandat de Boric, et pourtant, le gouvernement n'a toujours pas répondu aux revendications du peuple mapuche, malgré une promesse électorale. Quatre gouvernements se sont succédé au cours de ces quatorze années de mobilisation, et aucun, quelle que soit son affiliation politique, n'a manifesté la volonté de répondre à cette revendication historique du peuple mapuche.
La Journée internationale de la langue maternelle, instituée par l'UNESCO en 1999, est célébrée chaque 21 février afin de promouvoir la diversité linguistique et l'éducation multilingue. La reconnaissance de la langue mapuche comme un droit humain constitue un premier pas vers la réparation des injustices historiques dans divers domaines, tels que l'éducation, la santé, la justice et les droits fonciers – des revendications qui se sont heurtées à des obstacles au sein d'une culture hégémonique qui ne favorise ni le respect ni la diversité.
Il est important de noter que, malgré le déni des droits de notre peuple, des initiatives sont actuellement mises en œuvre par des organisations et des communautés, telles que les « nids de langue », les « koneltun » (internats linguistiques), des ateliers ciblés sur des territoires spécifiques, des cours ouverts en milieu urbain et des ressources pédagogiques sur des plateformes numériques. Il convient de souligner que ces efforts ont porté leurs fruits, avec notamment l’émergence de nouveaux locuteurs du mapuzugun dès la petite enfance et l’amélioration des compétences linguistiques chez les enfants, les jeunes et les adultes. Toutefois, ces initiatives ne bénéficient d’aucun cadre juridique pour assurer leur fonctionnement.
La réglementation actuelle du ministère de l'Éducation ne permet pas le développement de l'enseignement en langue mapuche, ce qui est en totale contradiction avec les normes internationales en vigueur. Garantir le droit de nos enfants à être scolarisés dans leur propre langue ne saurait être soumis aux aléas du contexte politique ; l'État doit mettre en œuvre des politiques urgentes et pérennes.
Nous appelons l’État chilien, au regard de ses engagements internationaux relatifs aux droits des peuples autochtones, tels qu’établis par la Convention n° 169 de l’OIT, article 13 : « Les peuples autochtones ont le droit de revitaliser, d’utiliser, de promouvoir et de transmettre aux générations futures leur histoire, leurs langues, leurs traditions orales, leurs philosophies, leurs systèmes d’écriture et leurs littératures, et de nommer leurs communautés, leurs lieux… ». Dans ce contexte, la revendication de la langue mapuzugun est essentielle et touche différents aspects du développement humain, permettant ainsi aux locuteurs de mapuzugun d’exercer leurs droits auprès des institutions étatiques chiliennes.
Le Mouvement Mapuzungun (MPM), qui lutte pour les droits linguistiques, considère l'usage de la langue comme un droit fondamental. Par conséquent, parler sa langue est un droit humain fondamental permettant d'exprimer ses émotions, de communiquer et d'établir des liens avec autrui. Le Mapuzungun favorise la reproduction de la culture. Ainsi, le mouvement souligne le rôle de la langue dans divers contextes, en tant que composante culturelle transversale de la socialisation. Les peuples autochtones sont antérieurs aux États, et il est aujourd'hui essentiel de reconnaître cette histoire et le traumatisme colonial que l'État chilien a perpétué en ne reconnaissant pas les peuples autochtones et leurs sociétés, notamment leur culture, leur histoire et leur langue, qui constituent la richesse du patrimoine des peuples ancestraux du monde entier.
Enfin, nous tenons à souligner que, concernant ses promesses électorales, le gouvernement actuel n'a pas tenu ses engagements envers les peuples autochtones, notamment en ne reconnaissant pas efficacement leurs droits linguistiques dans les politiques publiques chiliennes. Notre devoir est de poursuivre la lutte pour nos droits et de continuer à manifester pour notre Mapuzugun !
traduction caro d'un communiqué paru sur Mapuexpress le 28/02/202
/image%2F0566266%2F20210610%2Fob_9d8eb4_dsc04024-jpgm-jpgmm.jpg)
/https%3A%2F%2Fwww.mapuexpress.org%2Fwp-content%2Fuploads%2F2026%2F02%2FMarcha-Mapuzugun-2026.jpeg)