Rojava : Kobané est assiégée et le peuple kurde résiste

Publié le 26 Janvier 2026

Azize Aslan

25 janvier 2026 

Kobané a attiré l'attention du monde entier il y a exactement onze ans, lorsqu'elle a mené une résistance historique de 136 jours contre l'État islamique (Daech), l'organisation la plus sombre de l'histoire de l'humanité, parvenant finalement à vaincre cette armée de barbares qui, sous couvert de djihad, cherchait à conquérir le monde pour l'islam et à réduire les femmes en esclavage sexuel et en butin de guerre. Kobané, cette petite ville kurde du Kurdistan occidental (Rojava), dans le nord de la Syrie, est de nouveau assiégée. Cette fois, elle est assiégée par le gouvernement de transition syrien, qui s'est soudainement transformé en État légitime, arborant les uniformes de l'armée syrienne – avec le soutien de l'Occident, des États-Unis, de la Turquie, du Qatar, d'Israël et d'autres puissances impérialistes – et embrassant un nationalisme arabe renouvelé, sous la direction d'Ahmad al-Sharaa (al-Jolani), un ancien membre d'Al-Qaïda et de Daech.

Depuis que des mercenaires de l'armée syrienne ont pris le contrôle du barrage de Tichrine sur l'Euphrate, dans le nord-est de la Syrie, Kobané est privée d'eau, d'électricité et d'internet depuis plus d'une semaine. La ville est totalement coupée du monde. De l'autre côté de la frontière, l'armée turque déploie des chars et des soldats, achevant le siège qu'elle avait imposé en 2014. Alors que des milliers d'habitants de la région de Raqqa et des villages proches de Kobané ont été contraints de se réfugier dans le centre-ville, aucune aide humanitaire ne peut leur parvenir, et les rigueurs de l'hiver aggravent encore la situation de la population assiégée. Bien que le ministère syrien de la Défense ait annoncé un nouveau cessez-le-feu le 20 janvier, les attaques contre Kobané se poursuivent. Selon des sources locales, de nombreux civils sont blessés lors de ces attaques et nécessitent des soins médicaux urgents.

Au moment de la rédaction de ce reportage, Hediye Abdullah, porte-parole du Croissant-Rouge kurde (Heyva Sor a Kurd) , confirme que cinq enfants sont morts de froid, faute de combustible pour leurs réchauds. Ils sont décédés de faim et de froid en plein siège.

Malgré l'existence d'un poste de douane à la frontière turque (Suruç), relié directement à Kobané et par lequel une aide humanitaire vitale pourrait transiter, l'État turc maintient ce point de passage fermé. Il ne s'agit pas d'une simple complicité avec le gouvernement syrien, mais d'une participation directe au siège. Il a également été confirmé que parmi les groupes attaquant et assiégeant Kobané figure le bataillon « Turan », une milice sous contrôle turc composée d'éléments turcs, ouzbeks et turkmènes, et dotée d'une structure djihadiste et ultranationaliste marquée.

Ces groupes et d'anciens militants de l'EI, opérant sous couvert de l'armée syrienne, commettent systématiquement des violations des droits humains et des crimes de guerre dans les zones qu'ils occupent : ils perpètrent des massacres, torturent des cadavres et diffusent les images sur les réseaux sociaux comme tactique de terreur psychologique. L'enlèvement massif de femmes a été documenté, et dans des vidéos diffusées par ces groupes, ils déclarent ouvertement remettre les femmes kurdes kidnappées comme « cadeaux » à leurs commandants.

Après que le corps de Deniz Çiya, une combattante d'autodéfense d'Alep, a été jeté du troisième étage d'un immeuble tandis que des cris d'« Allahu Akbar » étaient lancés à la foule d'hommes en contrebas, les attaques et les meurtres brutaux contre les combattantes se poursuivent, comme si Daech cherchait à se venger. Cela ravive le traumatisme infligé il y a des années par Daech aux villages et aux femmes. Parallèlement, le retour du drapeau de Daech à Raqqa renforce les craintes de représailles contre Kobané.

Nous alertons l'humanité entière : Daech et les groupes djihadistes qui se renforcent aujourd'hui sous de nouvelles bannières représentent un danger pour tous. Il suffit de se souvenir de la vague de terreur qu'ils ont déclenchée, principalement en Occident : les attentats coordonnés de Paris en 2015 qui ont fait 130 morts, les attentats à l'aéroport et dans le métro de Bruxelles en 2016, le massacre de la boîte de nuit Pulse à Orlando qui a fait 49 victimes, l'attentat au camion-bélier à Nice qui a coûté la vie à 86 personnes, l'attentat du concert de Manchester Arena qui a fait 22 morts, et les attaques à la voiture-bélier de Barcelone. Ces crimes n'étaient pas des actes isolés : ils s'inscrivaient dans une stratégie délibérée de terreur contre la vie elle-même. Aujourd'hui, ces mêmes auteurs de ces crimes – libérés de prison, réarmés et soutenus par des États qui se présentent comme « légitimes » – assiègent Kobané. Le silence complice de l’Occident et du monde entier face à cette résurgence trahit non seulement les Kurdes qui ont sacrifié plus de 14 000 martyrs pour défendre le monde contre Daech, mais met également en danger le monde entier.

 

La résistance pour abattre les frontières et le siège

 

L'une des plus grandes catastrophes subies par le peuple kurde au cours de son histoire est sans aucun doute le partage de son territoire en quatre fragments, séparant la société kurde par des frontières imposées par des États-nations. L'Iran, l'Irak, la Syrie et la Turquie ont littéralement emprisonné les Kurdes à l'intérieur de leurs frontières.

Le 19 janvier, les Forces démocratiques syriennes (FDS), repliées dans les régions kurdes (Kobané, Qamishli, Haseké) et refusant de se rendre au gouvernement de transition syrien, ainsi que l'administration autonome établie depuis plus de quatorze ans au Rojava, avertissaient le soir même que le siège du Rojava risquait de dégénérer en génocide. Elles appelaient les Kurdes des trois autres régions du pays et de la diaspora à se soulever, exhortant les jeunes à franchir les frontières pour rejoindre la résistance au Rojava. Le lendemain matin, les Kurdes d'Irak et de Turquie, et notamment les jeunes, affluaient vers la frontière du Rojava.

Après la marche massive à Nusaybin, ville turque voisine de Qamishli au Rojava, les jeunes ont fait exactement ce qu'on leur avait demandé : ils ont franchi les clôtures et les murs frontaliers, affronté la police et l'armée, et sont parvenus à entrer au Rojava. En un sens, ils ont abattu le mur érigé par l'État turc à la frontière et brisé les limites coloniales.

Les manifestations qui ont débuté aux premières heures du 20 janvier devant le consulat américain à Erbil, capitale de la région du Kurdistan irakien, se sont rapidement étendues à d'autres villes d'Irak, et des jeunes se sont rendus en bus au Rojava en déclarant leur participation active à la résistance.

Le peuple kurde, qui vit depuis des années en exil, contraint à la migration et au déracinement en Europe en raison de la guerre incessante qui a déplacé des populations de différentes régions du Kurdistan, s'est soulevé pratiquement partout en Europe, occupant places, gares et aéroports, brisant ainsi le silence complice du monde.

Se sentant trahis par les tribus arabes qui avaient coexisté avec les Kurdes pendant des années au sein de l'administration autonome du Rojava et du nord de la Syrie, les Kurdes, avec leurs alliés internationaux, se sont unis autour de l'unité kurde. Leur voix est devenue si puissante et la volonté de résister au Rojava si forte qu'une force capable de perturber les plans et les stratégies impérialistes a émergé.

En particulier, lorsqu'une vidéo est devenue virale montrant un soldat de l'armée syrienne coupant la tresse d'une femme assassinée, filmant la scène, la montrant à son camarade et déclarant : « Il ne reste plus rien d'elle », les femmes kurdes ont réagi en tressant leurs cheveux et en proclamant : « Si vous coupez une seule tresse, nous serons mille tresses. » Cet acte a exacerbé la colère kurde, la résistance et les manifestations se sont intensifiées, et la tresse – symbole de l'honneur des femmes kurdes – est devenue l'emblème de la résistance .

Mais le danger est extrême. Le peuple kurde, les femmes et les minorités – Yézidis, chrétiens, Assyriens et Arméniens – qui ont bâti ensemble l’autonomie démocratique du Rojava sont confrontés à un génocide imminent. Les attaques du gouvernement d’Al-Jolani-Ahmad Al-Sharaa, soutenu par les puissances coloniales, visent non seulement à anéantir le projet d’autonomie, mais aussi à exterminer systématiquement le peuple kurde et ses minorités afin de récompenser les mercenaires et les djihadistes par le sang, l’argent et le territoire.

Pendant ce temps, des médias financés par le Qatar, comme Al Jazeera et Middle East Eye, dissimulent ces atrocités et légitiment la violence de l'armée syrienne sous couvert de nationalisme arabe, rendant ainsi des millions de personnes complices aujourd'hui et susceptibles d'en être victimes demain. Parallèlement, l'État turc mène une cyberguerre en fermant des milliers de comptes de médias locaux sur les réseaux sociaux et en bloquant les sites web des agences de presse kurdes, dans le but de faire taire la vérité.

Par conséquent, s’informer et rendre compte de la situation des Kurdes en Syrie n’est pas un acte passif : cela fait partie de l’autodéfense du Rojava, c’est défendre la vie elle-même.

 

L'histoire se répète, mais nous aussi : Kobané résiste

 

Le 26 janvier marque le onzième anniversaire de la libération de Kobané. Ce jour-là, en 2015, à 14 h 50, les YPG (Unités d'autodéfense du peuple) et les YPJ (Unités d'autodéfense féminines) ont proclamé la libération de Kobané après 136 jours de résistance héroïque : « Kobané n'est plus un lieu de deuil. » Ils l'ont transformée en un phare de liberté pour le monde.

Aujourd'hui, onze ans plus tard, cette même liberté est de nouveau menacée. Mais nous nous souvenons : Kobané n'est pas tombée alors parce qu'elle n'était pas seule. Des milliers de personnes ont franchi les frontières, défié les États et risqué leur vie pour la défendre. Aujourd'hui, Kobané nous appelle à nouveau. Elle nous demande de briser le siège, d'unir nos forces et de faire nôtre sa résistance.

Des caravanes internationales partent pour le Rojava afin de défendre la révolution et l'espoir. Des milliers d'oiseaux s'envolent déjà, portés par les vents de la résistance du Rojava. Nous rejoindrez-vous ?

Pour en savoir plus sur les différentes façons de participer à la Caravane populaire pour la défense de la vie et de la soutenir à distance :

https://peoplescaravan.tem.li/language/es/la-caravana/ , @peoplescaravan ,

Pour faire un don d'aide humanitaire à la campagne du Croissant-Rouge kurde (Heyva Sor a Kurd) :

https://heyvasor.com/en/2026/01/19/urgent-call-for-humanitarian-aid-for-rojava/

 

Défendons le Rojava. Défendons la vie. Levons le siège ensemble.

Biji Berxwedana Rojava — Vive la Résistance du Rojava

 

24 janvier 2026

 

traduction caro d'un texte paru sur Desinformémonos le 25/01/2026

Rédigé par caroleone

Publié dans #Kurdistan, #Syrie, #Rojava, #Peuples originaires, #Kurdes, #Résistance

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article