Pérou : La privatisation clandestine de Petroperú divise le pays
Publié le 5 Janvier 2026
Publié le : 02/01/2026
Source de l'image : Agence de presse Andina.
Servindi, 2 janvier 2026 - Profitant des festivités de fin d'année, le gouvernement de José Jerí a approuvé un décret d'urgence visant à réorganiser la compagnie Petroperú, ce que les secteurs d'opposition décrivent comme une mesure visant à une privatisation déguisée.
Cette mesure propose de scinder les actifs de l'entreprise en un ou plusieurs blocs d'actifs et ouvre la voie à la participation de capitaux privés dans ces blocs, y compris dans des actifs stratégiques tels que la nouvelle raffinerie de Talara.
Le dispositif confie à l'agence d'État ProInversión la tâche de concevoir et d'exécuter le processus, en évaluant techniquement chaque unité pour déterminer si elle doit attirer des investissements privés, être renforcée en tant qu'entité publique, ou même être liquidée.
Le plan doit être soumis dans un délai précis afin de détailler la manière dont l'entreprise sera réorganisée.
L'opinion publique est divisée entre ceux qui approuvent la mesure et ceux qui la remettent en question car elle met gravement en péril la sécurité énergétique du Pérou.
La raffinerie de Talara permet au pays de ne pas dépendre à 100 % des carburants raffinés importés, réduisant ainsi les risques face aux crises internationales, aux blocus logistiques et aux chocs de prix.
Dans un pays à la géographie complexe comme le Pérou, il s'agit d'un véritable atout . De plus, Talara peut couvrir une grande partie de la demande nationale en diesel, essence et GPL, garantissant un approvisionnement continu même en cas de circonstances difficiles.
Cette valeur d'approvisionnement n'apparaît pas clairement dans les états financiers, mais elle est essentielle pour l'État péruvien.
Petroperú contrôle un pourcentage important de l'approvisionnement en carburant ; son ouverture au secteur privé pourrait donc réduire la capacité de régulation et le contrôle de l'État sur les prix et la planification énergétique.
La raffinerie de Talara apporte également une valeur environnementale et technologique en réduisant drastiquement la teneur en soufre et en contribuant à l'amélioration de la qualité de l'air dans les villes.
Il s'agit d'un avantage social et sanitaire, rarement évoqué et non directement monétisé chez Petroperú.
Il convient également de souligner la formation de personnel spécialisé, qui constitue une plateforme pour la pétrochimie et la production de carburants spéciaux.
Si les gouvernements avaient une vision nationale, Talara pourrait devenir un « pôle industriel », mais cela nécessite une politique industrielle, et pas seulement une raffinerie.
Source de l'image : Agence de presse Andina.
Divers acteurs, tels que les syndicats de travailleurs administratifs et les critiques sociaux, ont blâmé le gouvernement lui-même pour la mauvaise gestion de l'entreprise.
Ils soulignent que des politiques publiques défaillantes et un manque de leadership stratégique ont conduit Petroperú à une situation critique.
Les travailleurs et les syndicats de Petroperú sont descendus dans la rue pour protester dans plusieurs régions, notamment autour de la raffinerie de Talara, rejetant l'idée de privatisation ou de démantèlement de la compagnie pétrolière d'État.
Ils soutiennent que l'entreprise devrait rester cotée en bourse et que son démantèlement aurait des conséquences sur l'emploi et l'avenir des familles liées à la compagnie pétrolière.
Les dirigeants syndicaux ont utilisé des slogans tels que « Nous ne permettrons pas la privatisation de Petroperú » et avertissent que l'entreprise publique est un atout qui doit être défendu contre le pouvoir exécutif.
Une crise de longue date
Selon le gouvernement, Petroperú traverse une situation financière complexe qui se traduit par des pertes accumulées, un niveau d'endettement élevé et des restrictions de liquidités qui compromettent sa capacité opérationnelle.
Cette situation est particulièrement délicate étant donné qu'en octobre 2025, la société a accumulé des pertes nettes de 1 611 millions de soles et qu'en décembre 2025, elle a des dettes impayées auprès de ses fournisseurs de plus de 2 569 millions de soles.
Entre 2022 et 2024, l’État a accordé à l’entreprise des mesures de soutien financier pour un montant total de 17 888 millions de soles, un chiffre qui dépasse les budgets annuels de secteurs tels que la santé et l’éducation.
Il convient toutefois de noter que la crise est complexe et qu'elle n'est pas causée par les travailleurs, ni uniquement par le marché, ni exclusivement par un seul gouvernement.
La crise de Petroperú est avant tout la responsabilité de l'État péruvien, en tant que concepteur du modèle, propriétaire sans rôle clair, superviseur incohérent et décideur politique fluctuant.
La haute direction de Petroperú est également responsable, en raison d'une mauvaise gestion, d'un manque de contrôle financier et d'une mauvaise exécution d'un mégaprojet.
Le problème sous-jacent
Une analyse comparative rapide d'entreprises d'autres pays voisins, telles qu'Ecopetrol de Colombie et ENAP du Chili, apporte quelques éléments de réponse au problème si l'on s'intéresse à la gouvernance, au financement et au rôle de l'État.
L’expérience chilienne d’ENAP démontre qu’une entreprise 100 % publique peut fonctionner si le mandat est clair, la gouvernance stable et l’État assume son rôle sans ambiguïté.
Au Pérou, Petroperú est en difficulté car l'État souhaite qu'elle soit compétitive en tant qu'entreprise privée, mais la gère comme un ministère. Le marché impose une discipline que l'État péruvien n'a pas su faire respecter.
L'expérience colombienne avec Ecopetrol démontre que l'ouverture des capitaux n'équivaut pas à une privatisation, mais plutôt au respect des règles de transparence et d'efficacité. Comparée au Pérou, Petroperú souffre d'un manque de discipline politique et de discipline de marché.
La question fondamentale n’est pas : « Faut-il privatiser Petroperú ? », mais plutôt : Quel type de modèle étatique souhaitons-nous pour une entreprise stratégique ?
Le modèle ENAP est détenu à 100 % par l'État, exige un mandat clair et implique la prise en charge des coûts. Le modèle Ecopetrol est une entreprise mixte, participe au marché et se caractérise par une grande rigueur.
Malheureusement, le Pérou connaît le pire scénario, avec un modèle ambigu qui génère davantage de crises en raison de l'indécision de l'État à le considérer comme un atout stratégique et des décisions improvisées prises sans débat public.
traduction caro d'un article de Servindi.org du 02/01/2026
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Privatización encubierta de Petroperú divide al país
Aprovechando las festividades de fin de año el gobierno de José Jerí aprobó un Decreto de Urgencia para reorganizar la empresa Petroperú, lo que es calificado por sectores opositores como una ...
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