L'ambition de Trump se heurte aux droits des autochtones

Publié le 23 Janvier 2026

Publié le : 22/01/2026

Illustration © Sara Maritta Brasse.

Servindi, 22 janvier 2026 - Les tentatives de l'administration Trump d'annexer le Groenland « par tous les moyens » ont ravivé des souvenirs traumatiques de la colonisation et la crainte des Groenlandais de perdre leurs droits autochtones.

C’est ce qu’explique Malu Rosing, conseillère pour les affaires arctiques et mondiales au sein du Groupe de travail international sur les affaires autochtones (IWGIA), dans une brève interview publiée par l’Institut danois d’études internationales (DIIS).

Le DIIS est un institut de recherche public indépendant dédié aux études internationales, qui mène et diffuse des recherches multidisciplinaires et aspire à être un pionnier dans la recherche, les politiques publiques et le débat public.

Le travail principal de Malu Rosing consiste à collaborer avec des organisations qui représentent les peuples autochtones de l'Arctique, notamment les Inuits du Danemark.

Avant de rejoindre l'IWGIA, elle a travaillé dans diverses organisations et programmes axés sur les droits des Inuit au Danemark et sur les relations entre le Kalaallit Nunaat (Groenland) et le Danemark.

 

Comment les ambitions américaines au Groenland se heurtent aux droits des autochtones

 

–Comment les déclarations du président américain concernant l'« achat » ou la « prise de contrôle » du Groenland sont-elles interprétées au Groenland, notamment compte tenu de l'histoire de l'île ?

Les déclarations concernant l’« achat » ou l’« appropriation » du Groenland évoquent l’histoire des grandes puissances prenant des décisions sur les terres inuites sans leur consentement. Elles rappellent les terres autochtones traitées comme des marchandises plutôt que comme une patrie, et les négociations politiques menées au-dessus des communautés inuites plutôt qu’avec elles.

Nombreux sont les Groenlandais qui se souviennent de la domination coloniale danoise et du déplacement forcé des familles inuites de Thulé en 1953 pour faire place à la base aérienne américaine. Ces événements font partie de la mémoire collective et symbolisent la perte de contrôle, le manque de respect et la domination étrangère.

Qu'un président américain traite le Groenland comme une propriété est à la fois humiliant et traumatisant. Cela renforce les craintes que les États puissants continuent de considérer l'Arctique principalement sous l'angle de leurs intérêts stratégiques, plutôt que dans le respect des droits et de la souveraineté des peuples autochtones.

–Du point de vue des droits de l’homme, comment percevez-vous les débats concernant le Groenland ?

Les déclarations suggérant qu'un territoire puisse être saisi, possédé ou placé sous le contrôle d'un autre État pour des intérêts stratégiques ou économiques relèvent d'une mentalité coloniale depuis longtemps rejetée par la communauté internationale. Une telle rhétorique viole les principes de dignité humaine, d'égalité et de non-domination.

Les Groenlandais sont reconnus comme un peuple en vertu du droit international et ont le droit de déterminer librement leur statut politique et de poursuivre leur développement économique, social et culturel sans contrainte extérieure. Toute mention d'acquisition ou d'annexion contrevient directement à ce droit. 

– Comment la situation des peuples autochtones aux États-Unis influence-t-elle la perception qu’ont les Groenlandais de leur pays ?

Du point de vue du Groenland, le bilan des États-Unis en matière de droits des peuples autochtones semble souvent sous-estimé et ignoré. Si certaines institutions autochtones efficaces existent, de nombreuses communautés amérindiennes et autochtones d'Alaska sont confrontées à des difficultés persistantes, notamment des conflits fonciers, des litiges relatifs à l'exploitation des ressources et des inégalités sociales. Cette situation contraste fortement avec l'autonomie dont bénéficie le Groenland.

Par conséquent, les Groenlandais se montrent parfois sceptiques à l'égard des États-Unis : si les peuples autochtones des États-Unis continuent de lutter pour la pleine reconnaissance de leur souveraineté et la garantie de leurs droits territoriaux, ils craignent que les intérêts stratégiques américains dans l'Arctique ne prévalent sur les priorités autochtones. Cela contribue à une attitude prudente face à l'influence croissante des États-Unis au Groenland.

Source
: Publié sur le site web de l'Institut danois d'études internationales (DIIS) : https://www.diis.dk/en/research/how-us-ambitions-in-greenland-collide-with-indigenous-rights

traduction caro d'une interview parue sur Servindi.org le 22/01/2026

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