Paraguay : Bilan 2025 : Violence, terres et vie dans les Territoires
Publié le 31 Décembre 2025
CONAMURI
Communication 30 décembre 2025
L’année 2025 s’achève sur une situation critique pour les femmes rurales et autochtones du Paraguay, marquée par la persistance de multiples formes de violence qui s’entremêlent et se renforcent mutuellement. La meilleure façon d’analyser les violences faites aux filles, aux adolescentes et aux femmes est de les considérer comme faisant partie d’une structure enracinée dans les inégalités sociales, la pauvreté et la lutte historique pour la terre et le territoire.
Les résultats de l'étude menée par FLACSO Paraguay et Plan International confirment qu'une grande proportion des grossesses chez les adolescentes sont liées à des contextes de violence sexuelle, de relations coercitives et de mariages précoces, ainsi qu'à des environnements marqués par la discrimination, la stigmatisation et la négligence institutionnelle. Pour de nombreuses adolescentes, notamment en milieu rural, la grossesse devient une sortie forcée du système scolaire, aggravant ainsi les cycles d'exclusion et de dépendance économique.
Un tournant dans le débat public de 2025 fut le féminicide de María Fernanda Benítez, une adolescente de Coronel Oviedo, assassinée et enterrée par son compagnon après être tombée enceinte. Ce crime a brutalement mis en lumière le cycle de violence qui affecte les filles et les adolescentes : violences sexuelles, grossesses forcées, contrôle de leur corps et, en dernier recours, élimination physique comme forme extrême de « discipline patriarcale ». La réaction sociale suscitée par cette affaire a conduit à l’adoption de la loi dite « Mafe », qui intègre la notion de disparition forcée, une victoire née de l’indignation collective. Cependant, cette affaire a révélé que la réponse de l’État demeure largement réactive : elle intervient après le crime, sans politiques de prévention efficaces pour protéger la vie des filles et des adolescentes, ni systèmes d’alerte précoce pour prévenir les conséquences irréversibles.
Parallèlement, la condamnation du journaliste Carlos Granada à dix ans de prison pour agression sexuelle et abus de pouvoir a marqué une nouvelle étape importante cette année. Le jugement a confirmé ce qui avait été passé sous silence pendant des années par les médias, les entreprises et le système judiciaire : l’utilisation du pouvoir symbolique, professionnel et hiérarchique pour soumettre et maltraiter les femmes. Si cette condamnation représente un progrès dans la lutte contre l’impunité, elle met également en lumière les difficultés considérables rencontrées par les victimes pour signaler les agressions, obtenir un procès et être crues. Cette affaire a rappelé que les violences sexistes ne se limitent pas aux communautés marginalisées ou aux zones rurales : elles imprègnent les institutions, les médias et les milieux prestigieux, et sont alimentées par des réseaux de dissimulation que l’État n’a pas encore démantelés en profondeur.
Cette réalité est exacerbée dans les territoires ravagés par les conflits agraires. Les litiges fonciers, l'expansion de l'agro-industrie et la présence du crime organisé engendrent des situations de violence qui ont un impact différencié et plus profond sur la vie des femmes. Dans les communautés paysannes et autochtones, la perte de terres ou l'insécurité foncière entraînent non seulement la perte de moyens de subsistance, mais aussi l'affaiblissement des réseaux communautaires, l'alourdissement des responsabilités familiales et une plus grande exposition à la violence.
En 2025, les conflits survenus dans des territoires tels que ceux des communautés autochtones de Tekoha Karapa et de Mbocayaty (toutes deux situées à Canindeyú) et, plus récemment, la répression contre les agriculteurs à Santa Rosa del Aguaray (San Pedro), illustrent la réponse systématique de l'État aux revendications sociales : criminalisation, répression et détournement de l'attention, au lieu de politiques publiques garantissant et promouvant les droits. Dans ces contextes, les femmes sont souvent en première ligne de la résistance et, simultanément, parmi les personnes les plus touchées par la violence institutionnelle et la précarité de leurs conditions de vie.
À ce réseau de violence s'ajoute la situation des écoles rurales exposées aux épandages de produits agrochimiques, un problème qui aggrave le manque d'éducation et l'exclusion dans les territoires paysans et autochtones. Des études récentes menées par Base Investigaciones Sociales ont révélé qu'au moins 22,2 % des établissements scolaires de la région de l'Est sont situés illégalement à proximité de monocultures, en violation des zones tampons légales, et que plus de 32 % des écoles rurales risquent d'être affectées par des épandages de produits hautement toxiques. Entre 2021 et 2024, loin de s'améliorer, la situation s'est aggravée : le nombre de monocultures bordant directement les établissements scolaires a augmenté, certaines se trouvant même à moins de 20 mètres, et des fermetures d'écoles, permanentes ou temporaires, ont été enregistrées, notamment dans des départements comme Alto Paraná, Caaguazú et San Pedro. L’exposition quotidienne aux fumigations, les symptômes d’intoxication chez les élèves et les enseignants, le manque d’application efficace des protocoles de protection et la progression de l’agro-industrie créent un scénario de négligence institutionnelle, où le droit à l’éducation est systématiquement bafoué et où le décrochage scolaire apparaît comme une conséquence directe d’un modèle qui expulse les communautés de leurs territoires et met en danger la vie des enfants.
La concentration des terres et le modèle agro-exportateur non seulement déplacent les communautés, mais renforcent également une économie qui invisibilise et dévalorise le travail de soin, historiquement assuré par les femmes. À cela s'ajoute l'influence croissante du crime organisé dans le contrôle de vastes propriétés rurales, dont beaucoup sont désormais sous contrôle étatique, mais qui ne bénéficient toujours pas d'un plan clair de réforme agraire. L'absence de solutions structurelles fait que les paysannes et les femmes autochtones sont confrontées simultanément à des violences patriarcales, économiques, territoriales et d'État.
Dans ce contexte, les luttes des organisations paysannes et autochtones remettent en lumière des enjeux essentiels pour les femmes : le droit à la terre et au territoire, la défense de leur corps et de leur vie, le partage des responsabilités liées aux soins, le droit à une vie sans violence et la pleine participation aux décisions qui concernent leurs communautés. La terre, au-delà de sa fonction productive, est indispensable à l’autonomie, à la protection contre la violence et à la possibilité de construire l’avenir.
Tourner la page 2025, c’est reconnaître qu’aucune politique efficace de lutte contre les violences faites aux femmes ne sera possible sans s’attaquer aux causes structurelles profondes. Inégalités d’accès à la terre, criminalisation des manifestations, impunité pour les violences sexuelles et absence de systèmes de prise en charge font partie d’un même réseau complexe. Défendre les droits des paysannes et des femmes autochtones, c’est défendre simultanément leurs terres, leur éducation, leur vie communautaire et la dignité de leurs territoires.
traduction caro d'un communiqué du 30/12/2025 de CONAMURI
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