Mexique : Mezcala : Nous sommes toujours là, nous ne sommes jamais partis !

Publié le 24 Décembre 2025

Communauté de Mezcala

14 juillet 2025 

Photo : Joaquín Jacobo

Noel Contreras García est originaire de la communauté Coca à Mezcala, dans l'État de Jalisco. Homme de la terre, il l'a travaillée toute sa vie. Chroniqueur de sa communauté, fils d'un de ses membres, il participe activement à l'atelier d'histoire locale de Mezcala. Il vit sa passion pour l'histoire au quotidien. Il me confie que ses parents, les organisateurs des fêtes et danses du village, les membres de la communauté, les anciens – qu'il appelle « les intellectuels du village » – et tous les êtres vivants qui peuplent son territoire, comme l'île, la forêt, le lac, les couchers de soleil, la flore, et bien d'autres choses encore, ont été ses maîtres. Les salles de classe se trouvent sur le vaste territoire communal de Mezcala (3 600 hectares et les îles de Tlaltequepetque et Pechilinque), certaines leçons d'histoire sont données dans les rues, dans les vergers, dans les champs de maïs, dans les canoës, dans les fourneaux, au cimetière, lors des discussions qui ont lieu sur la place ou la promenade, dans les assemblées, lors des occupations de terres, dans la résistance et oui, parfois dans les salles de classe. 

Noel, avec un groupe de personnes de Mezcala, a fondé un espace dédié à l'étude, à la recherche et à l'écriture de leur histoire communautaire. C'est pourquoi il estime que les communautés doivent écrire leur propre histoire, leur version de l'histoire, car elles seules ont vécu les événements du passé, ainsi que les problèmes auxquels elles sont confrontées aujourd'hui. Noel conclut en disant que les communautés – même si elles ne l'écrivent pas toujours – écrivent leur histoire dans le sang, car la plupart des mobilisations visent des luttes territoriales et la défense de leurs coutumes et traditions. 

Photo de : María Antonieta de la Puente

Noel, historien de la communauté, a retracé la longue et ardue résistance de Mezcala, qui s'étend sur plus de cinq siècles. Il a évoqué les guerriers coca qui ont affronté le conquistador sanguinaire Nuño Beltrán de Guzmán en 1533 sur la colline de Coinan ; la lutte pour l'obtention du titre vice-royal, que la communauté de Mezcala utilise encore aujourd'hui dans les litiges agraires, bien que créé il y a des siècles. Il a également mentionné les trois siècles d'oppression coloniale européenne, mais aussi l'héroïque insurrection menée sur l'île de Mezcala de 1812 à 1816, qui a permis de vaincre les Espagnols. Il a ensuite parlé de leur participation à la Révolution mexicaine, de la lutte agraire des propriétaires terriens communautaires en 1971 et, enfin, de la récente récupération des terres par la communauté en 2022. Lorsque Noel affirme que Mezcala est une ville en résistance, il fait référence à cette longue résistance de plus de cinq siècles.

Certains problèmes actuels de Mezcala échappent au contrôle de la seule communauté, submergée par des fléaux tels que la pollution toxique du rio Lema-Santiago-Chapala, qui a rendu malades les zones et les communautés environnantes. À Mezcala, on déplore des décès de jeunes et d'enfants dus à des maladies rénales causées par les niveaux élevés de pollution du lac et de ses alentours. Il est important de noter que cette communauté ancestrale, située sur les rives du lac, n'a pas accès à l'eau potable. Face à cette situation, Mezcala collabore avec d'autres villes et communautés touchées par la maladie et la mort en raison de la pollution des rivières et du lac. Un autre problème majeur est la violence perpétrée par le crime organisé et l'introduction de la drogue dans nos communautés par les criminels. 

Bien que Mezcala possède ce socle historique de luttes et de résistance, les défis sont énormes, mais pas plus que les rêves et les utopies qui sont pensés, ressentis et construits.

Noel souhaite léguer à Mezcala une ville digne, car, dit-il, il a toujours vécu dans la dignité. Pour lui, vivre dans la dignité, c'est posséder et apprécier sa terre, c'est cultiver la dignité humaine et la liberté – se sentir toujours libre. Le combat de Noel, le combat de Mezcala, vise à ce que les générations futures continuent de jouir de leur territoire ancestral, de maintenir leur lien à la terre, de continuer à cultiver les champs, que le lac Chapala retrouve ses ressources, que les plantes médicinales continuent d'être utilisées, que les coutumes, les traditions et les fêtes soient préservées et perpétuées, que la gouvernance traditionnelle soit renforcée et que les jeunes puissent participer à la vie communautaire.

Pour Noel, la terre est essentielle à la vie de ses ancêtres. En l'expliquant, il la visualisait comme le lien entre le passé, le présent et l'avenir. Noel m'a également confié son désir d'écrire un livre, mais, compte tenu de la tradition orale profondément ancrée en nous, ce livre existe déjà.

traduction caro d'un article de Désinformémonos du 14/07/2025

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Mexique, #Jalisco, #Peuples originaires, #Coca

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