Guatemala : La découverte de restes humains à Ixcán ravive l'espoir des familles à la recherche de leurs proches disparus
Publié le 4 Décembre 2025
2 décembre 2025
7h49
Crédits : Joel Pérez
Temps de lecture : 4 minutes
Dans le village de Vegas del Chixoy, la découverte de restes humains a ravivé l'espoir des familles toujours à la recherche de leurs proches disparus. La découverte a eu lieu à environ 300 mètres de la Sixième Brigade d'Infanterie, site de la Zone Militaire 22 durant le conflit armé interne.
Par Joel Pérez
À Ixcán, dans le Quiché, territoire marqué par des décennies de violence, des familles poursuivent sans relâche leurs recherches pour retrouver leurs proches disparus durant le conflit armé interne. Pour elles, toute découverte sur les terres communautaires ouvre l'espoir, longtemps espéré, de faire éclater la vérité.
C’est pourquoi, lorsque la présence de restes humains a été signalée le 27 novembre sur un terrain situé sur les rives de la rivière Chixoy, plusieurs personnes se sont rendues sur les lieux avec l’espoir douloureux mais persistant d’obtenir des réponses sur le sort de leurs proches.
La découverte a eu lieu lors de travaux d'excavation pour la construction des fondations d'un nouveau bâtiment dans un centre de loisirs. Dans le sol sableux, des ossements ont été mis au jour, pouvant correspondre à un tibia, un péroné et une partie d'un pied, ainsi que des restes de chaussures et un morceau de tissu.
Des habitants et des proches de personnes disparues pendant le conflit armé ont assisté à une exhumation à Ixcán. Photo : Joel Pérez
Les autorités locales et le responsable du terrain ont immédiatement informé la Police nationale civile (PNC) et le Parquet. Avec l'appui de diverses institutions, une équipe médico-légale a été dépêchée afin de procéder à l'exhumation et de veiller à ce que la procédure soit menée avec toute la rigueur nécessaire.
Noé Gonzales, le propriétaire du terrain, a exprimé son engagement envers l'enquête, soulignant que des familles de la région recherchent toujours leurs proches disparus. Il a affirmé qu'il est crucial de déterminer comment ces restes se sont retrouvés là et a indiqué qu'ils pourraient appartenir à des personnes disparues durant les 36 années de conflit armé au Guatemala.
Don Mario Rax, un responsable communautaire, a également établi un lien entre cette affaire et d'éventuelles disparitions forcées. Il a rappelé que la zone militaire, historiquement identifiée par les survivants comme un lieu associé aux détentions et aux disparitions, se situe à quelques mètres seulement du site.
Exhumation médico-légale et espoir en cours
Après concertation avec le parquet, des anthropologues ont été dépêchés sur place. La Fondation guatémaltèque d'anthropologie médico-légale (FAFG) est arrivée le samedi 29 novembre pour entamer les fouilles et la récupération des vestiges.
Le début de l'exhumation a provoqué l'arrivée de plusieurs familles de personnes disparues. Certaines avaient fait le déplacement depuis des localités éloignées pour assister à l'opération et fournir des informations à l'équipe médico-légale, espérant que la découverte puisse être liée à leurs proches.
Parmi les premiers arrivés figurait Emeterio Toj Medrano, un habitant de la communauté indigène de Primavera del Ixcán. Depuis plus de trente ans, il recherche son fils, Juan Carlos Toj Zacarías, blessé par l'armée guatémaltèque le 11 octobre 1989. Il a déclaré assister à toutes les exhumations possibles dans l'espoir de l'identifier.
Don Emeterio Toj, coiffé d'un chapeau de paille, garde espoir de retrouver son fils, Juan Carlos Toj. Photo de Joel Pérez
Était également présente Rosario Cacao, habitante du chef-lieu, à la recherche de son frère, Esteban Cacao, disparu pendant le conflit armé. Elle a expliqué que sa mère avait consacré sa vie à le retrouver et que, compte tenu de son âge avancé, elle poursuivait désormais cette quête. Elle a déclaré qu'elle souhaitait simplement le retrouver pour offrir à sa famille une paix digne.
L'équipe médico-légale a confirmé que les restes squelettiques appartiennent à deux personnes. Après les fouilles, les restes seront analysés afin de déterminer l'âge, le sexe et la taille, et des tests ADN seront effectués. Des comparaisons génétiques seront ensuite réalisées avec les profils de membres de la famille enregistrés.
D'après l'anthropologue Alejandro Álvarez de l'association FAFG, plusieurs témoignages de survivants indiquent que cette zone servait au transport des victimes durant le conflit armé. Il est donc possible que les restes soient ceux de personnes disparues à cette époque.
Territoire blessé et quête de la vérité
Pour les communautés de la municipalité d'Ixcán, dans le nord du Quiché, chaque exhumation est un acte de mémoire et de dignité. Il ne s'agit pas seulement de retrouver des restes humains, mais de reconstituer des histoires brutalement effacées et de rendre leur humanité à ceux qui ont disparu sans justice.
Don Mario Rax a insisté sur le respect dû aux dépouilles. Il a déclaré que la communauté ne tolérerait aucun manque de respect et que, si nécessaire, elle se rendrait à la capitale pour veiller à ce que les funérailles soient menées avec responsabilité.
La présence des familles sous le soleil de la jungle d'Ixcán, accompagnant les investigations médico-légales, confirme que les recherches se poursuivent. Malgré les décennies écoulées, l'espoir demeure et les familles restent convaincues qu'un jour elles obtiendront la confirmation scientifique qui leur permettra de faire leur deuil.
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Plusieurs proches de personnes disparues pendant le conflit armé sont arrivés sur le site d'exhumation. Photo : Joel Pérez
Dans un territoire où le rio Chixoy et la proximité des installations militaires évoquent des souvenirs douloureux, ces découvertes rouvrent des questions historiques sur la responsabilité de l'État et sur les victimes qui n'ont jamais été recensées.
Les travaux de FAFG progressent étape par étape. L'identification dépendra désormais de l'analyse scientifique et du respect des procédures institutionnelles pour mener l'affaire à son terme.
Pour ceux qui ont attendu toute une vie, retrouver un proche disparu est plus qu'une simple question de justice. C'est recouvrer un fragment de vérité, une part de leur histoire, une dignité qui n'aurait jamais dû leur être volée.
Joël Perez
Journaliste et caméraman communautaire
traduction caro d'un article de Prensa comunitaria du 02/12/2025
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