Ecrire pour ne pas souffrir
Publié le 31 Décembre 2025
Le désert d'Atacama en fleurs Par Joselyn Anfossi Mardones from Chiguayante, Chile. — Desierto florido 2010., CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=11943658
Ecrire
Pour ne pas souffrir
Ecrire
Car il n’y a rien d’autre à faire
Qu’il y faut lâcher prise
Plus haut que nous
Se préparent
Les assassinats
Commis au nom des affaires
Et qui ne souffrent pas du reste
De bâtons dans les roues.
Ecrire
Pour ne pas mourir
Car la poésie se meure
Remplacée par la grande médiocrité
Car les fleurs se meurent
De ne plus être admirées
Senties
Contemplées
Choyées.
Le ciel est obscurci
Le jour se lève difficilement
Etirant, soulevant sa chaîne au pied
L’avenir est assombri
Trop de lumières diffuses
Trop d’explosions
Trop de flammes
Trop de drones tueurs d’enfants.
On nous annonce 2026, pire encore
Avec le bruit des bottes
Ils voudraient nous démoraliser
Ils disent nous « préparer »
Avons-nous un mot à dire
Sinon
Ecrire
Pour ne pas souffrir
Avons-nous un geste à faire
Sinon, le garde-à-vous ?
Ce qui est le pire
C’est que c’est du déjà vu
C’est que le Plus jamais ça
Ils se sont vulgairement torchés avec
Ce qui est le pire
C’est l’éternel recommencement
L’oubli tombé sans un bruit
Dès que les yeux du dernier des vétérans se sont fermés
Comme pour dire : Y’en a plus ?
Allez, on remet ça !
Comment ne pas souffrir
Quand on connaît le sort des enfants
Comment ne pas crier
Quand on connaît le sort de la Terre
Comment ne pas pleurer
Quand on se sent impuissant
Comment ne pas rager
Quand la poésie reste lettre morte ?
Ecrire
Bien ou mal
Pour ne pas souffrir
Ecrire
Bien ou mal
Pour partager
Tout ce qui s’écrit
Fait le lit de la poésie
Tout ce qui chante
L’enchante
Tout ce qui rêve
Elle le prend à bras le corps et l’embrasse
Tout ce qui embaume le printemps
Elle en fait un volume
Tout ce qui enveloppe de ses bras
La souffrance commune
Elle le publie
Même sur un mur
Un vieux bout de papier toilette
Sur des cahiers d’écolier
Sur des draps
Sur une nappe en papier dans un troquet
Sur un billet de cent francs
Sur un keffieh
Au cou d’un huipil.
La poésie veut qu’on lui lance des mots
Elle jonglera avec
Elle en fera un collier comme elle su si bien le faire
La poésie veut qu’on lui tresse la lune de sang
Pour en faire une révolutionnaire
Elle aimerait qu’on lui dicte un à un le nom de tous les oiseaux
Afin que chacun d’eux ait droit à un poème
Même un court poème, même 2 ou 3 mots
Pour fêter tous les oiseaux.
Il est un temps où les bombes veulent crier
Plus fort que les poètes
Ne nous laissons pas faire !
Il est un temps où les nuées brunes
Veulent étouffer jusqu’aux mots dans nos gorges
Révoltons-nous !
Il est un temps où la médiocrité est érigée comme une gloire
Egorgeons-là !
Saignons-là !
Redonnons des lettres de noblesse aux mots d’amour
Jonglons avec les synonymes de tendresse
Chantons les vers en harmonie
Faisons sortir de nos âmes les pensées
Même les plus profondes
Afin de mettre en spectacle la grande hypocrisie du monde
Ne baissons pas les yeux
Déclamons et rions
Car la souffrance peut être sublimée
Car les mots qui jaillissent sont des geysers sacrés embrassant les salars
Car la solitude du poète doit être comblée
Pour noter l’ignorance
Graver l’histoire
Signer en bas des circonstances
Jongler avec les mots-clés
Rivaliser d’astuces pour contrer les censures.
Enfin,
De chaque larme, en faire un don
Hissé jusqu’aux plus hauts sommets
Et distribué par la grâce des vents
A l’ensemble de l’univers.
Que 2026 voit naître en vous l’énergie nécessaire pour pouvoir inverser les choses et mettre à bas les adversités.
Force, Amour, Courage, Santé, Tendresse et Harmonie pour fêter dignement la vie.
Carole Radureau (31/12/2025)
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