Argentine : Le Trafkimün comme voie collective vers le bien-vivre
Publié le 7 Décembre 2025
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2 décembre 2025
Le troisième rassemblement d'artisans et de producteurs « Trafkimün » à Aldea Epulef s'affirme comme un espace d'échanges économiques, culturels et politiques sur le plateau de Chubut. Par le troc, la musique et le partage des savoirs ancestraux, la communauté mapuche-tehuelche réaffirme son identité, renoue avec des pratiques de résistance et défend son territoire contre les projets d'exploitation, traçant ainsi collectivement la voie du « Küme Felen », le Bien Vivre.
Le 6 décembre, la troisième rencontre des artisans et producteurs, « Trafkimün », se tiendra à Aldea Epulef, sur le plateau de Chubut. L’événement débutera à 10h00 dans la salle polyvalente de la commune rurale et se veut un espace essentiel pour le renforcement de l’économie locale et la réaffirmation de l’identité mapuche-tehuelche.
Au programme : vente et échange de produits agricoles et d’artisanat, concours de filage, défilé de mode de vêtements faits main, et animations telles qu’une partie de taba, un buffet et des danses traditionnelles. La journée sera animée par des prestations musicales de Millanahuel, Marcos Nahueltru, Nahuel Hueche, Miguel Neculqueo, El Trío de la Meseta et Juventud Chamamecera.
L'organisation est portée par un groupe d'artisans et de collaborateurs locaux qui ont su transformer cet espace en un lieu emblématique de la région. Jonathan Reynacul, l'un des organisateurs et promoteurs de l'initiative, a expliqué l'origine et les objectifs de Trafkimün, qui signifie « échange de connaissances » en mapuzungun, la langue mapuche.
L'origine et la récupération de l'identité
« Tout a commencé avec une idée de deux artisanes, Roxana Astudillo et Berta Llanos, qui souhaitaient faire reconnaître leur travail », a expliqué Reynacul à infoterritorial. « Elles vendaient leurs produits ailleurs, mais l'idée leur est venue : pourquoi ne pas faire quelque chose ici, à Aldea Epulef ? » La première édition de Trafkimün, organisée en 2022 avec beaucoup d'efforts, n'a réuni que trois personnes et les a obligées à repenser leurs stratégies de communication. Depuis, elles ont commencé à collaborer avec les communautés rurales et les municipalités, en invitant les artisans et les producteurs de la région à rejoindre et à renforcer l'initiative : « afin qu'ils puissent participer à ce rassemblement, présenter leurs produits, améliorer leur activité ou accroître leur rentabilité », a expliqué Jonathan.
Au-delà du commerce, ce rassemblement est envisagé comme un engagement en faveur de la revitalisation culturelle. Reynacul, qui, à 28 ans, a consacré dix ans à un processus de « réappropriation de l’identité mapuche-gününa kena », souligne qu’une partie de la communauté, les descendants du Lonko Mariano Epulef, a « perdu ou oublié une grande partie de son histoire et de sa culture » en raison de l’exode rural, notamment des jeunes générations venues poursuivre des études, mais qui retournent ensuite auprès de leurs familles pour renouer avec leurs racines. Le Trafkimün devient ainsi un espace pour retrouver le Kimun (savoir) de la Mapu (terre) et la structure sociale complète de son peuple.
La solution aux crises économiques
Cet événement est également né d'une réaction directe à la crise économique. « Ici, pour les producteurs et les artisans des campagnes, les ventes sont en baisse ; la laine ne vaut plus grand-chose, elle n'est plus aussi rentable qu'avant », explique l'organisateur. Face à ce désavantage de production, aggravé par l' isolement géographique du village – qui n'est desservi qu'une fois par semaine par Esquel, à quelque 165 kilomètres de là –, ce rassemblement a été conçu comme un moyen de valoriser leur production.
Reynacul a insisté sur la nécessité de renouer avec les pratiques ancestrales : « Dans le contexte économique actuel, l’objectif est de faciliter les échanges, afin que chacun sache que ce lieu est ouvert au troc, à l’échange non seulement d’argent, mais aussi de plantes et d’autres produits. Et c’est aussi un objectif : renouer avec le savoir des peuples autochtones , qui peut nous sauver dans ce contexte. »
Mémoire et résilience
D'après les dernières données du recensement, Aldea Epulef comptait 166 habitants en 2022. Composée d'une cinquantaine de familles dans le village même et d'une vingtaine d'autres dans la campagne environnante, principalement des descendants du peuple mapuche-tehuelche qui s'identifient à des caciques historiques tels que Sayhueque et Calfucurá, Aldea Epulef témoigne de la résistance et des déplacements forcés consécutifs au génocide perpétré par l'État argentin lors de la « Conquête du Désert », un terme impropre. Après la dépossession massive de leur territoire et la dispersion et l'assujettissement de sa population qui s'ensuivirent, le Lonko Mariano Epulef mena un processus de réinstallation. Selon les récits des habitants, en 1919, Epulef mobilisa 28 familles de Neuquén, en quête de refuge et d'un nouveau lieu d'origine pour leur lof (communauté) dans la région. Les familles mapuche parvinrent à cultiver leurs jardins et à élever leurs animaux, même sur un terrain rocailleux, malgré des vents violents et des températures glaciales.
Sensibilisation collective à l'égard de l'exploitation minière
Un siècle plus tard, cet acte de résistance prend une nouvelle dimension dans un contexte où les promesses de salut économique se concrétisent par des projets miniers. Mais ces projets n'offrent qu'un emploi temporaire en échange de la destruction de la nature ; une fois le territoire pillé, les compagnies minières se retirent, ne laissant derrière elles que désolation. C'est pourquoi le rassemblement actuel s'inscrit dans une démarche de sensibilisation et de défense du territoire . Les habitants d'Aldea Epulef, en particulier, maintiennent une position ferme contre l'exploitation extractive. « À Aldea Epulef, des compagnies minières sont venues nous voir régulièrement, et les loncos ont toujours refusé. Le dernier lonco à avoir pris la parole publiquement remonte à 2021, lorsqu'il a réuni toute la communauté pour rejeter l'exploitation minière à grande échelle », se souvient Reynacul.
« Nous disons non à l’exploitation minière , mais que se passe-t-il ? Nous aussi sommes des communautés ancestrales, longtemps opprimées, et cette peur persiste », a constaté Reynacul. La défense s’articule autour de ces espaces d’affirmation : « L’un des moyens de sensibiliser est ce Trafkimün, où nous parlons de Feyentun (respect de la nature), de l’Itrofil Mongen (diversité du vivant) qui existe sur la mapu (terre) . » Cette position reste d’actualité sur le territoire, notamment en ce qui concerne la Sierra del Lonko Trapial , une zone voisine ciblée par les intérêts miniers de l’uranium. Le Trafkimün est, en substance, le fruit d’un long travail de sensibilisation à la recherche d’un Küme Felen (bien vivre) sur ce territoire.
Matías Valenzuela
traduction caro d'un article d'Infoterritorial du 02/12/2025
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El Trafkimün como camino colectivo hacia el buen vivir
El Tercer Encuentro de Artesanas y Productores "Trafkimün"en Aldea Epulef, se consolida como un espacio de intercambio económico, cultural y político en la meseta de Chubut. Con trueque, música...
https://infoterritorial.com.ar/el-trafkimun-como-camino-colectivo-hacia-el-buen-vivir/
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