Mexique : Déclaration conjointe du Congrès National Indigène et de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale concernant l'attaque violente perpétrée contre nos camarades du Conseil Indigène et Populaire du Guerrero-Emiliano Zapata et du Comité Régional de Coordination des Autorités Communautaires-Police Communautaire-Peuples Fondateurs

Publié le 3 Novembre 2025

3 novembre 2025

 

Aux peuples mexicains et au monde entier,

Aux organisations et groupes de défense des droits humains,

Aux réseaux de résistance et de rébellion,

A la Sexta nationale et internationale,

Aux signataires de la Déclaration pour la vie sur les cinq continents,

À l'Europe insoumise, digne et rebelle,

Aux médias libres et indépendants,

À ceux qui suivent la parole de la vie.

 

Communiqué urgent :

 

C’est avec une profonde tristesse et une grande colère que nous dénonçons l’attaque perpétrée le 31 octobre 2025 par le groupe criminel Los Ardillos contre les autorités et les membres du Comité Régional de Coordination des Autorités Communautaires – Police Communautaire – Peuples Fondateurs (CRAC-PC-PF) et du Conseil Indigène et Populaire du Guerrero-Emiliano Zapata (CIPOG-EZ). L’attaque a eu lieu alors qu’ils se rendaient à une assemblée à Ayahualtempa, dans l’État de Guerrero. Au cours de cette attaque armée, qui a duré environ dix heures, trois policiers communautaires du système des Peuples fondateurs, membres du CIPOG-EZ et du CRAC-PC-PF, ont été tués et sept autres grièvement blessés. Par ailleurs, le véhicule transportant notre compagnon Jesús Plácido Galindo, membre de notre Commission de coordination et de suivi et cible de l’attaque, a été criblé de balles. Il en est heureusement sorti indemne. Les communautés du CIPOG-EZ ont dénoncé à maintes reprises le fait que ces groupes criminels opèrent sous la protection et avec la complicité des autorités étatiques et fédérales.

Les communautés indigènes de la région de la Basse Montaña de Guerrero, regroupées au sein du CIPOG-EZ et composées principalement de Nahuas, de Me'phaas, de Na Savi, de Ñomndas et de métis, subissent depuis des années une offensive systématique de violence narco-paramilitaire. Au cours de la dernière décennie seulement, on déplore le bilan tragique de 66 membres assassinés et 23 disparus, victimes de l'extrême violence perpétrée par des groupes criminels tels que Los Ardillos, qui agissent de connivence avec des gouvernements de tous bords politiques pour déposséder les communautés indigènes des Montagnes du Guerrero de leurs terres. Cette violence vise à imposer la dépossession territoriale et à punir la lutte courageuse du CIPOG-EZ pour la vie, l'autonomie et la justice face à un système capitaliste qui a semé la misère, l'exploitation et la violence au sein de leurs communautés.

Dans le Guerrero et dans tout le pays, gouvernements, groupes criminels et entreprises capitalistes ne font qu'un ; ils ont transformé les communautés du CIPOG-EZ en cibles d'attaques incessantes, tandis que les responsables directs jouissent de l'impunité. Il s'agit d'une stratégie de guerre qui combine répression, militarisation, criminalisation et massacres aveugles pour démanteler l'organisation communautaire.

Il n'y a pas d'exception. Les municipalités, l'État (dont le gouverneur entretient des liens directs avec des chefs criminels) et le gouvernement fédéral sont tous responsables, par leur négligence et leur complicité, des violences criminelles et paramilitaires perpétrées contre les communautés du CIPOG-EZ, du CRAC-PC-PF et notre compagnon Jesús Plácido Galindo. Ce sont leurs institutions de sécurité et de justice qui protègent les groupes criminels et entravent l'exercice de l'autonomie autochtone.

Nous exigeons que les responsables matériels et intellectuels des attaques et du meurtre des trois policiers communautaires d'Ayahualtempa soient punis, ainsi que les 63 autres membres du CIPOG-EZ assassinés, les 23 camarades disparus, les centaines de blessés et de déplacés, les veuves et les orphelins victimes de cette guerre.

Les balles qui fauchent nos compagnons ne sauraient ternir leur exemple ni anéantir la dignité de ceux qui défendent la vie. Chaque attaque confirme que l’État mexicain, désormais drapé dans le masque criminel et trompeur de la Quatrième Transformation, poursuit sa guerre contre les peuples, une guerre qui vise à briser l’autonomie, à instaurer la terreur et à préparer le terrain à la dépossession. Mais le peuple demeure debout, tel une racine indomptable et telle une fleur qui renaît sur une terre blessée.

Depuis nos implantations géographiques, nous appelons les communautés, les collectifs, les organisations solidaires et les personnes de bonne volonté à rester vigilants et solidaires face à la situation alarmante de violence contre nos frères et sœurs du CIPOG-EZ.

La voix et la lutte des peuples ne seront pas réduites au silence. Car nos racines sont profondes, et parce que nos morts, nos camarades tombés au combat, nous ont appris à ne pas avoir peur.

 

CORDIALEMENT

NOVEMBRE 2025

 

POUR LA RECONSTITUTION GLOBALE DE NOS PEUPLES

PLUS JAMAIS UN MEXIQUE SANS NOUS

CONGRÈS NATIONAL INDIGENE– CONSEIL INDIGENE DE GOUVERNEMENT 

ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE

 

Traduction caro d'un communiqué paru sur le site du CNI le 03/11/2025

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