Argentine : Projet Sofia : Exigences pour l'arrêt de l'extraction d'uranium à Santa Cruz
Publié le 5 Novembre 2025
29 octobre 2025
Le 3 octobre, des représentants des communautés mapuche-tehuelche et d'organisations sociales, politiques et syndicales se sont rassemblés devant le siège du gouvernement de Santa Cruz pour exiger l'annulation du projet Sofía, qui vise à développer l'exploitation minière d'uranium et de vanadium sur le plateau de Sirven, au sud de Las Heras. Newen Nunfulñn, membre de la communauté mapuche-tehuelche, et Silvia Saldivia Melipil, enseignante mapuche, ont mené la manifestation et remis une déclaration de condamnation à l'accueil du bâtiment du gouvernement à Río Gallegos. Plus de 300 personnes ont apporté leur soutien à cette demande, mais les autorités n'ont pas encore réagi.
Le document dénonce le fait que le projet d'extraction – promu par le gouvernement provincial en collaboration avec FOMICRUZ SE et la société Sofía Energy SA – soit imposé sans consultation libre, préalable et éclairée, comme l'exigent la Convention n° 169 de l'OIT et la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Les communautés refusent que leurs noms soient utilisés pour légitimer cette nouvelle forme d'expropriation. Elles soulignent que les réunions organisées par le gouvernement et les entreprises ne constituent pas des processus de consultation, mais plutôt des actes unilatéraux menés sans leur consentement.
Le manifeste met en garde contre le fait que l'uranium ne représente pas le développement, mais une contamination irréversible. Le projet d'exploitation minière prévoit l'extraction de 5 700 tonnes d'uranium et de 14 500 tonnes de vanadium, ce qui entraînerait le rejet de poussières radioactives, la contamination des nappes phréatiques et l'exposition des populations à de graves maladies. Les auteurs citent le cas de la Sierra Pintada à Mendoza comme un précédent de responsabilité environnementale non prise en charge et de conséquences sanitaires persistantes.
Les organisations dénoncent l'instrumentalisation de la pauvreté par le gouvernement provincial, qui présente l'uranium comme un moteur de création d'emplois tout en dissimulant les risques territoriaux et sanitaires. FOMICRUZ a proposé d'intégrer les communautés au projet, mais a refusé de reconnaître leur droit de décider des questions relatives à leurs terres et à leurs eaux. Le manifeste affirme qu'aucun accord isolé ne saurait se substituer à la décision collective du peuple.
Protocole de consultation non respecté
En août dernier, le gouverneur Claudio Vidal a annoncé le lancement des travaux d'exploration du projet Sofía. Il a fait cette annonce depuis le palais du gouvernement, en présence du ministre de l'Énergie et des Mines, Jaime Álvarez, du président de FOMICRUZ, Oscar Vera, et de membres de la communauté de Limonao.
Malgré des rencontres avec des membres de la famille Limonao, le gouvernement n'a pas mis en œuvre de protocole de consultation formel conforme aux normes internationales. L'accès aux informations techniques, juridiques et environnementales n'a pas été garanti, et aucun mécanisme participatif n'a été instauré pour permettre à la communauté d'exprimer librement son consentement ou son refus.
Plus de 300 soutiens, émanant notamment d'organisations autochtones, sociales, syndicales et de défense des droits humains, appuient la plainte concernant le non-respect du protocole. Le projet se poursuit sans respecter le droit des peuples autochtones à participer, en violation des principes constitutionnels et des traités internationaux. La Constitution nationale, en son article 75, paragraphe 17, reconnaît le droit des peuples autochtones de participer à la gestion de leurs ressources naturelles et d'être consultés sur toute mesure les concernant directement.
Le droit à la consultation préalable ne se limite pas à une simple séance d'information ni à des réunions isolées. Il exige un processus structuré, transparent et mené de bonne foi, garantissant l'accès aux informations techniques, juridiques et environnementales et permettant aux communautés d'exprimer leur consentement ou leur refus de manière autonome et après avoir donné leur consentement éclairé. Ce processus doit inclure l'accès aux études d'impact environnemental, aux alternatives au projet et la possibilité pour la communauté concernée de le rejeter. Le non-respect de cette procédure peut invalider la légalité du projet et ouvrir la voie à des litiges et à des conflits territoriaux. La consultation doit avoir lieu avant toute décision ayant une incidence sur le territoire et doit respecter les délais, les modalités et les compétences de chaque communauté.
La Cour interaméricaine des droits de l'homme a établi que la consultation préalable constitue une garantie fondamentale pour la protection des droits territoriaux des peuples autochtones et que son omission peut constituer une violation du droit à la propriété collective, au respect des procédures légales et à l'intégrité culturelle.
La poursuite du projet Sofia sans consultation préalable compromet non seulement la légalité de l'entreprise, mais expose également l'État de la province à d'éventuels litiges internationaux.
À cet égard, Rolando Álvarez, un chef de la communauté mapuche-tehuelche de Mulfuñ, a publiquement remis en question l'avancement du projet et a ajouté des arguments juridiques supplémentaires : « Le gouvernement doit respecter la loi et se conformer à la Convention n° 169 de l'OIT, à la Constitution nationale et à l'Accord d'Escazú. » Ce dernier vise à garantir la pleine et effective mise en œuvre en Amérique latine et dans les Caraïbes des droits d'accès à l'information environnementale, de participation du public aux processus décisionnels en matière d'environnement et d'accès à la justice en matière environnementale.
Dommages environnementaux
Álvarez a exprimé son inquiétude quant à l'avenir environnemental de la province et aux conséquences irréversibles que cela aura sur les générations futures. « Ils pillent et détruisent tout l'environnement comme si seul le présent comptait. Que laisserons-nous à nos fils et à nos filles si nous rasons les collines, polluons les rivières et livrons tout à des intérêts étrangers ? », a-t-il demandé.
L'extraction d'uranium engendre des impacts environnementaux graves et durables qui compromettent la santé des écosystèmes et des communautés avoisinantes. Lors de ce processus, des radionucléides sont libérés, contaminant les sols, les eaux souterraines et les cours d'eau. Ces éléments radioactifs présents dans l'environnement affectent la biodiversité et la santé humaine.
Cette activité génère d'importants volumes de déchets toxiques contenant de l'arsenic, du plomb et du vanadium. L'extraction d'uranium exige également de grandes quantités d'eau pour les procédés de lixiviation, aggravant la pénurie d'eau dans les zones arides comme le nord de Santa Cruz et menaçant les aquifères et les sources d'eau douce telles que la Laguna Sirven.
L'exploitation minière à ciel ouvert émet des poussières contaminées par des sous-produits de l'uranium, susceptibles d'être inhalées par les travailleurs et les populations riveraines. Le radon, un sous-produit naturel de l'uranium, s'accumule dans les espaces clos et présente un risque cancérigène. L'extraction massive de terre et la construction de bassins de lixiviation modifient le paysage et fragmentent les habitats, affectant les espèces indigènes et les processus écologiques essentiels.
L'extraction d'uranium laisse des séquelles environnementales durables, comme en témoignent des précédents alarmants dans les provinces de Córdoba et de Mendoza. À Los Gigantes, dans l'État de Córdoba, l'exploitation minière des années 1980 a généré des millions de tonnes de déchets radioactifs qui contaminent encore aujourd'hui les cours d'eau, sans qu'aucune mesure de dépollution efficace n'ait été mise en œuvre. À Mendoza, l'usine de Sierra Pintada a fonctionné pendant plus de quinze ans, et plusieurs études ont établi un lien entre son activité et une augmentation des cas de cancer du sein de la population avoisinante. Au niveau national, le Programme de dépollution environnementale pour l'extraction d'uranium (PRAMU), aujourd'hui disparu, a tenté de remédier à ces problèmes, mais n'est pas parvenu à réparer les dégâts ni à garantir des conditions de sécurité durables.
Face à cette réalité, Rolando Álvarez a dénoncé le deux poids deux mesures des entreprises promouvant de nouveaux projets extractifs dans le pays. « Ces mêmes entreprises qui souhaitent se livrer à des activités extractives ici ne peuvent le faire dans leur propre pays car la loi y est appliquée », a-t-il averti, faisant référence aux cadres réglementaires plus stricts en vigueur dans d'autres régions du monde, qui empêchent des pratiques pourtant autorisées en Argentine sans que les différents gouvernements provinciaux ne s'y opposent.
traduction caro d'un article d'Infoterritorial du 29/10/2025
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Proyecto Sofía: exigen frenar minería de uranio en Santa Cruz
El proyecto Sofia en Santa Cruz Uranio se impone sin consulta. Informate sobre el impacto en las comunidades y el medioambiente.
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