Mythe de Tulupele : Ou « comment les motifs de la vannerie sont venus aux Upului et aux Apalai »

Publié le 29 Octobre 2025

Conte recueilli auprès de Sintaman et traduit par son petit-fils Waiso Aloïké en 1998

« Tout a commencé par un habitant du village, qui a coupé la queue d'un lézard et pris un arbuste qui s'appelle yawilëkë 53, et un autre awalepokan 5455. C'est avec leurs feuilles qu'il ventila la queue du lézard. Pendant qu'il ventilait, la queue bougea et ensuite devint un animal. L'homme devint le maître de l'animal qui s'appelait Tulupele. L'animal ressemblait à un jaguar mais avec une queue de chenille et différents dessins dessus. La bête grandit, et son maître la laissa aller dans la forêt.

Plusieurs années passèrent, l'animal était devenu l'ennemi des gens, que ce soit les Upului 56, ou les Apalai 57. L'animal habitait sur la colline; en bas de la colline se trouvait le fleuve où les gens passaient. Ils étaient toujours victimes de la bête. Lorsqu'un canot passait, un oiseau qu'on appelle alalawa (Ara bleu 58) criait et alertait l'animal. Lui se réveillait, descendait de la colline et plongeait dans l'eau ; il retournait le canot, et tuait les passagers.

Les Upului descendaient chez les Apalai, mais disparaissaient et vice-versa : c'était la même chose pour les Apalai qui montaient chez les Upului, ils ne revenaient plus jamais au village. Un jour, les gens partirent à la recherche des gens disparus. Ils étaient plusieurs canots et ainsi virent le premier canot attaqué par Tulupele, et ils firent demi-tour. De retour au village, ils firent une réunion entre hommes, et expliquèrent aux villageois ce qu'étaient devenus les disparus. Le lendemain, ils installèrent des pièges et coupèrent des bois qu'ils attachèrent à une hauteur permettant à la bête de passer en dessous. Quand ils eurent terminé tous les pièges, une personne handicapée servant d'appât pour l'animal, se mit dans le canot et remonta le fleuve à la pagaie, jusqu'à ce qu'il entende le signal de l'oiseau. L'animal ne sachant rien, sortit de sa cachette et descendit la colline, au bord du fleuve. Les chasseurs, installés en haut des arbres, commencèrent à flécher l'animal, et celui-ci ayant reçu plein de flèches sur le corps, plongea dans l'eau et mourut... les chasseurs étaient à la fois des Apalai et des Upului. C'est à ce moment-là qu'ils firent la paix. Ils partagèrent alors la peau de l'animal. Les Upului prirent la partie droite et les Apalai l'autre partie, gauche. Ces sont les dessins de la peau de l'animal qui ont été recopiés jusqu'à aujourd'hui par les gens qui savent faire de la vannerie, et même les femmes qui font des ceintures de perles. Et c'est pour cela que les Apalai aussi savent tresser les vanneries en recopiant les dessins pris sur l'animal tué ».

53 Siparuna guianensis Aubl., Siparunacaea

54 Siparuna decipiens (Tul.) A. DC.

55 Ces arbustes dégagent une odeur très caractéristique.

56 Ethnie d'Amérindiens venant du Jari au Brésil (= Wayana)

57 vivant sur le Tapanahoni

58 Ara ararauna, Psittacidae, (Chapuis 1998).

https://journals.openedition.org/ethnoecologie/2711

L'oiseau

 

Par © Hans Hillewaert, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15803015

 

Nom français : ara bleu

Nom latin : ara ararauna

Nom brésilien : ara-canindé

Nom apalai : alalawa

Famille : pstittacidés

 

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