Che Guevara et la Palestine : quand la révolution latino-américaine a rencontré l'esprit de résistance palestinienne

Publié le 18 Octobre 2025

Publié le 17 octobre 2025 / Par Rasem Bisharat

 

Il y a plus d'un demi-siècle, le 9 octobre 1967, le fusil du révolutionnaire argentin Ernesto « Che » Guevara s'est tu dans les montagnes boliviennes. Pourtant, l'écho de ses paroles résonne dans tout le tiers-monde, des Andes aux camps de réfugiés de Gaza.

Aujourd'hui, 58 ans après sa mort, la question se pose à nouveau : qu'est-ce qui unissait le médecin argentin qui a combattu dans la jungle cubaine au peuple palestinien qui a résisté à l'occupation pendant des décennies ? Était-ce une simple relation symbolique, ou Che Guevara a-t-il véritablement marqué la pensée révolutionnaire palestinienne ?

 

De Buenos Aires à la Sierra Maestra et à Gaza

 

Che Guevara au centre, à l’extrême droite Abdullah Abu Sitta de profil, Qassem el Farra est le troisième à la droite du Che

Ernesto Guevara de la Serna, plus tard connu sous le nom de « Che », est né en Argentine en 1928. Il a abandonné ses études de médecine pour, selon ses propres termes, « guérir le monde de l'injustice ». Son voyage en Amérique latine a fait de lui l'un des visages les plus emblématiques de la Révolution cubaine de 1959, qui a renversé le régime de Batista, soutenu par les États-Unis.

Mais Guevara ne se satisfaisait pas de la victoire cubaine. Il croyait que la véritable révolution ne connaissait pas de frontières et affirmait que « toute révolution authentique est une guerre de libération contre le colonialisme ».

Cette vision internationaliste a ouvert la voie à la rencontre symbolique entre lui et la Palestine.

En juin 1959, quelques mois après le triomphe de la révolution, Che Guevara arriva dans la bande de Gaza, alors sous administration égyptienne. Bien que sa visite ne dura que deux jours, elle fut d'une importance capitale : il visita les camps de réfugiés d'Al-Bureij et d'Al-Nuseirat, rencontra les dirigeants de la résistance palestinienne naissante et visita plusieurs camps d'entraînement.

Les photographies de Guevara parmi les tentes de réfugiés ont rapidement circulé dans la presse internationale, plaçant la Palestine sur la carte des « luttes de libération mondiales ». Sa visite a permis de relier la lutte contre l'impérialisme en Amérique latine à la résistance contre le colonialisme sioniste au Moyen-Orient.

Il fut le premier dirigeant mondial à considérer les Palestiniens comme un mouvement de libération nationale, et non pas seulement comme une question humanitaire.

L’historien et universitaire palestinien Salman Abu Sitta a décrit cette visite comme « un événement historique qui a marqué le début de l’internationalisation de la cause palestinienne ».

Nasser et le Che

 

Du Che aux fedayin : une empreinte profonde sur la pensée et la pratique

 

Au cours des années 1960 et 1970, les factions palestiniennes, notamment le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), ont adopté le discours internationaliste inspiré des idées de Che Guevara.

Son image a été élevée dans les camps de réfugiés, accompagnée du cri de sa célèbre devise : « Hasta la victoria, siempre ».

De nombreux cadres palestiniens ont été formés à la stratégie foquiste (foquismo), basée sur la création de petits groupes de résistance capables de déclencher une lutte de masse, une théorie que Guevara a développée à Cuba et en Bolivie.

Même certains camps d’entraînement palestiniens au Liban ont été baptisés « Camp Che Guevara ».

Aujourd'hui encore, le nom de Che Guevara perdure dans la mémoire populaire palestinienne : des rues et des cafés à Gaza et en Cisjordanie portent son nom ; des peintures murales le représentent aux côtés de Gamal Abdel Nasser et de Yasser Arafat ; et dans le camp de réfugiés de Nuseirat, le Club culturel Che Guevara, fondé par des jeunes de gauche dans les années 1990, existe.

Bien que son influence ait été en grande partie symbolique, les historiens soutiennent que le symbolisme était un élément essentiel de la force révolutionnaire.

Toute lutte de libération a besoin de symboles qui transcendent les frontières géographiques pour inspirer d’autres peuples.

À l’occasion du 58e anniversaire de sa mort, les mots de Che Guevara résonnent encore dans les murs de Gaza et de Cisjordanie : « Si je reviens, je reviendrai vers tous les pauvres qui ont cru en moi. »

C'est peut-être pour cela qu'un artiste de Khan Younès a écrit sous son portrait : « Guevara n'est pas mort en Bolivie... il vit dans chaque rue qui résiste à l'occupation. »

 

Conclusion : Quand les révolutions se croisent

 

L'histoire de Che Guevara avec la Palestine n'est pas une simple visite diplomatique, mais une rencontre symbolique entre deux révolutions qui partagent le même objectif : la liberté.

Des montagnes de la Sierra Maestra aux camps de réfugiés, le Che a démontré que la révolution n'a pas de nationalité et que la justice est indivisible. « Là où l'injustice existe, il est du devoir de chaque être humain de la combattre. »

En sa mémoire, nous répétons ses propres mots, aussi pertinents aujourd'hui qu'alors : « On ne peut pas faire confiance à l'impérialisme, pas une seconde, jamais.  Hasta la victoria, siempre. »

 

Rasem Bisharat — Docteur en études ouest-asiatiques et spécialiste des affaires latino-américaines

traduction caro d'un texte paru sur Kaosenlared le 17/10/202

Rédigé par caroleone

Publié dans #Palestine, #Au coeur du Che, #Internationalisme

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