Pérou : Qui êtes-vous ?
Publié le 2 Octobre 2025
Par : Mar Pérez Publié le 27/09/2025
Source de l'image : CAAAP.
Je suis convaincue que l'autodétermination des peuples n'est pas seulement un principe de droit international, mais aussi un impératif moral. Et dans la lutte des peuples autochtones pour le respect de leurs droits, le recensement est un outil fondamental, car on ne peut exiger la dignité d'un fantôme.
Qui es-tu?
Par Mar Pérez
27 septembre 2025. La terre est rouge, le ciel vaste et peuplé de nuages qui se dénouent en fils, imbibant tout. Enchevêtrée à l'ombre d'un arbre, la dame attend. « Qui êtes-vous ? » demande la gringa que j'étais autrefois. Pourquoi cette jupe sillonnée de serpents et ces graines qui résonnent dans vos mains ? « Nous sommes les Shipibo-Konibo », répond-elle. « Aussi loin que vous pouvez voir et au-delà, la ville aussi, tout était à nous », dit-elle fièrement, comme quelqu'un qui partage un secret. Il est évident qu'elle n'a pas l'habitude de prononcer ces mots à voix haute.
La communauté Bora est à quelques minutes en bateau d'Iquitos. Les femmes dansent seins nus, vêtues de jupes en feuilles de palmier. Leurs expressions traduisent la tristesse d'être réduites à l'état de marchandises. Tout cela pour faire payer un seul centime aux touristes qui veulent se donner à cœur joie en regardant des indigènes nues danser. Mon amie, elle aussi autochtone, me confie avec tristesse : ce sont des pauvres gens qui tentent de gagner leur vie.
À Lima, les Shipibo konibo sont eux aussi pauvres et exploités, mais ils sont empreints de dignité. La communauté de Cantagallo est un espace de résistance, toujours assiégée. Tous les politiciens veulent les prendre en photo, mais plus de vingt ans ont passé et ils n'ont toujours pas de titre de propriété. On a voulu les forcer à vivre dans des gratte-ciel, où ils ne pourraient plus poursuivre leurs pratiques culturelles, comme peindre des tissus avec des plantes. L'État veut les forcer à choisir entre être membres à part entière de cette société et préserver leur culture. Une assimilation forcée, comme on dit en droit international.
Les peuples autochtones sont installés dans les villes depuis longtemps. Bien sûr, la défense de leurs territoires ancestraux reste leur priorité, mais ils aspirent aussi, comme vous et moi, à un niveau de vie décent, à l'éducation, aux soins de santé, à un logement convenable et à l'accès à Internet. Il est effrayant que le Congrès ait une Commission intitulée « Peuples autochtones et environnement ». Les législateurs sont comme ces zoos odieux qui ont placé une famille d'autochtones à côté de singes pour le plaisir des visiteurs. Comme si les autochtones étaient un mélange d'humain et d'animal.
Un garçon en gilet violet frappe à votre porte. Il vous pose de nombreuses questions, mais à la dixième, la réponse « métis » est déjà cochée, car il y a des objectifs à atteindre. De par vos coutumes ou votre identité, vous sentez-vous Quechua, Aymara, indigène d'Amazonie, Noir ou métis ? C'est ce que le recenseur omet. Derrière cette question non posée se cachent les efforts de nombreuses organisations qui ont tenté de dresser un portrait plus réaliste du Pérou. Cette image fidèle de notre diversité est nécessaire pour élaborer des politiques publiques pertinentes et, in fine, un pays plus juste.
Une forme de justice réside dans une participation politique équitable. Selon le dernier recensement, plus de 25 % de la population péruvienne est autochtone. En proportion, les peuples autochtones devraient donc disposer de 30 sièges réservés au Congrès, mais ils n'en ont pas un seul. Lors des élections, les partis politiques choisissent personnellement certains dirigeants et les inscrivent sur leurs listes. S'ils parviennent par hasard à remporter un siège, ils défendent leurs propres intérêts, et non ceux du peuple. C'est pourquoi les organisations autochtones revendiquent le droit de désigner directement leurs candidats, sans l'intermédiaire des partis politiques. En fin de compte, ces partis ne sont rien d'autre qu'une institution coloniale et décadente.
Je ne prétends pas, comme un certain candidat, qu'un président autochtone soit une garantie d'échapper à la situation inquiétante dans laquelle nous nous trouvons. J'ai appris à mes dépens, il y a longtemps, que les pauvres et les Autochtones ne sont pas à l'abri de la bassesse, et que les femmes peuvent être misérables et violentes, même envers d'autres femmes. Cependant, je suis convaincue que l'autodétermination des peuples est non seulement un principe de droit international, mais aussi un impératif moral. Et dans la lutte des peuples autochtones pour le respect de leurs droits, le recensement est un outil fondamental, car on ne peut exiger la dignité d'un fantôme.
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* Mar Pérez est avocate, spécialisée dans les droits de l’homme et les droits des autochtones.
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Source : Article d'opinion paru dans l'hebdomadaire Hildebrandt en sus trece, édition du vendredi 26 septembre 2025 et reçu directement de l'auteur.
traduction caro d'un article paru sur Servindi.org le 27/09/2025
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En la lucha de los pueblos indígenas (...) el censo es una herramienta fundamental, pues no se puede exigir dignidad para un fantasma
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