MEXIQUE : Libération immédiate pour Kenia Hernández ! C’est la seule réparation possible pour le préjudice subi par elle et sa famille
Publié le 25 Septembre 2025
Kenia Hernández Montalván est une avocate indigène Amuzga, féministe et défenseure des droits humains qui est injustement privée de sa liberté au Mexique depuis octobre 2020 pour avoir exercé son droit légitime de protester et de défendre les droits humains.
Le 7 septembre, la mère de Kenia est décédée. Elle s'occupait de ses enfants mineurs depuis le début de son incarcération. Kenia a appris la nouvelle à la prison Neza Sur de Nezahualcóyotl, dans l'État de Mexico. Face à ce décès, la défenseure a demandé une permission de sortie humanitaire aux autorités pénitentiaires afin de pouvoir assister aux funérailles de sa mère et prendre dans ses bras ses enfants, qui venaient de perdre leur principal tuteur. Cependant, sa demande a été arbitrairement rejetée pour des motifs infondés, notamment la distance du transfert.
Cette décision injustifiée, arbitraire et inhumaine des autorités pénitentiaires constitue non seulement une grave violation des droits de Kenia et des dispositions du chapitre IV de la Loi nationale sur l'application des peines, qui stipule qu'« une personne privée de liberté peut solliciter une libération extraordinaire auprès du juge de l'application des peines lorsque cela est justifié par une maladie en phase terminale, le décès d'un ascendant ou descendant au premier degré, d'un conjoint, d'un concubin ou d'un partenaire ». Elle a également eu de graves répercussions émotionnelles, tant pour la défenseure elle-même, privée de la possibilité de dire adieu à sa mère, que pour ses enfants, qui ont subi l'emprisonnement injuste de leur mère et doivent maintenant faire face au deuil de leur grand-mère, celle qui s'est occupée d'eux pendant tout ce temps. Le simple prétexte de l'éloignement pour refuser cette libération témoigne une fois de plus de la chaîne d'actes arbitraires et de violations des droits que Kenia subit. Cette situation est la conséquence de l’incapacité de l’État à garantir son droit à être détenue dans une prison proche de son environnement familial, ce qui porte atteinte non seulement à son intégrité émotionnelle mais aussi à ses liens avec ses enfants et ses réseaux de soutien.
Ce n'est pas le premier traitement odieux que la défenseure et sa famille subissent depuis son incarcération. Comme l'ont dénoncé de nombreuses organisations et instances internationales de défense des droits humains, Kenia est confrontée à des violations systématiques de ses droits. Parmi celles-ci, son incarcération dans une prison de haute sécurité, dans des conditions inhumaines mettant en danger sa santé physique, psychologique et émotionnelle, a été soulignée. Ces conditions comprenaient le refus d'accès aux soins médicaux et à l'eau potable, le contrôle de sa correspondance et un isolement extrême, ainsi que des restrictions sur les rencontres avec son avocat et les visites de ses enfants. Face à ce traitement odieux, Kenia, qui n'a cessé de défendre ses droits et ceux de ses codétenues, a entamé deux grèves de la faim. Grâce à sa détermination, au travail acharné de son équipe juridique et au soutien d'organisations engagées dans sa cause, elle a été transférée avec succès dans une prison aux conditions moins préjudiciables.
Il convient de rappeler que Kenia a été arbitrairement arrêtée dans la nuit du 18 octobre 2020 à un péage de l'État de Puebla. Après être restée plusieurs heures dans un lieu inconnu, sans aucune information sur sa situation, elle a été transférée dans une prison de l'État de Mexico. Six jours plus tard, le 24 octobre, une heure seulement après qu'un juge de l'État de Mexico ait accordé sa libération sous mesure conservatoire, Kenia a été de nouveau arrêtée, cette fois sur ordre d'un juge fédéral. Elle était accusée de « vol avec violence armée » et d'« attaques sur des voies de communication » contre les routes et ponts fédéraux (CAPUFE) et les autoroutes concesionnaires mexicaines. Depuis, Kenia a été emprisonnée et fait l'objet de poursuites judiciaires, tant au niveau de l'État que fédéral, pour onze délits, assortis de peines cumulées totalisant plus de vingt ans de prison.
Un peu moins de cinq ans après son emprisonnement injuste, les dommages infligés par l'État mexicain à Kenia Hernández et à sa famille sont incalculables. Séparée de ses enfants mineurs depuis cinq ans, Kenia est soumise à des conditions de privation de liberté qui ont eu des répercussions sur sa santé. Elle n'a pas pu dire adieu à sa mère et se retrouve désormais confrontée à l'incertitude quant au sort de ses enfants après la perte de leur tutrice. Le préjudice subi est encore plus flagrant et révèle la cruauté et l'inhumanité d'un système qui persécute ceux qui luttent pour un monde meilleur et impose des modèles d'(in)justice patriarcaux, racistes, classistes et individualistes qui ignorent l'impact collectif de ses mesures, affectant des familles et des communautés entières et causant des dommages plus importants qu'ils ne cherchent à réparer.
Les organisations soussignées soutiennent Kenia et sa famille. Nous saluons la force et les contributions de la défenseure qui, malgré les pires conditions de détention, n'a jamais cessé de se battre pour ses droits et ceux de ses codétenues. Nous saluons également la force de sa famille et de ses enfants, qui continuent inlassablement de réclamer justice et liberté pour leur mère.
Nous dénonçons la persécution et le traitement cruel et inhumain auquel l'État mexicain a soumis la défenseure, avec cinq ans d'emprisonnement injuste, avec une peine extrêmement longue qui ne satisfait pas le principe de proportionnalité ni ne permet la possibilité de réintégration dans sa famille et sa société, avec des violations répétées de ses droits et un traitement inhumain et arbitraire comme lui refuser la possibilité de dire au revoir à sa mère décédée et d'embrasser la douleur de ses enfants.
À l'heure actuelle, la seule solution possible à toute la douleur et la souffrance causées à Kenia Hernández et à sa famille est sa libération immédiate. Sa libération représente un acte de justice et d'humanité de la part d'un gouvernement qui se dit engagé dans un processus historique de transformation. La justice doit s'appliquer aux responsables des crimes contre l'humanité du passé, ou aux milliers de meurtres, féminicides, disparitions forcées et autres actes de violence restés impunis, et non à une femme autochtone qui défend ses droits et ceux de son peuple.
Organisations signataires :
Alliance des communautés pour la défense des bassins des rios Bobos-Nautla et Tecolutla.
Association pour la paix et les droits de l'homme Taula per Mèxic
Centre pour la justice et le droit international (CEJIL)
CIVICUS : Alliance mondiale pour la participation citoyenne
CNTE-État de Mexico
Collectif Ecocreando
Edela, Mexique
Espace des organisations de la société civile pour la protection des défenseurs des droits humains et des journalistes (Espace OSC)
Organisations membres : ARTICLE 19 ; Casa del Migrante Saltillo ; Centre des droits humains de la montagne Tlachinollan ; Centre des droits humains Zeferino Ladrillero (CDHZL) ; Centre mexicain de droit de l’environnement (CEMDA) ; Centre national de communication sociale (Cencos) ; Communication et information des femmes (CIMAC) ; Consortium pour le dialogue parlementaire et l’équité d’Oaxaca (Consorcio Oaxaca) ; Institut de droit de l’environnement (IDEA) ; Réseau national des organisations civiles de défense des droits humains Tous droits pour tous (RedTDT) ; Scalabrinianas, Mission auprès des migrants et des réfugiés (SMR) ; Services et conseils pour la paix (Serapaz) ; Projet pour les droits économiques, sociaux et culturels (PRODESC). Accompagné par les Brigades de paix internationales (PBI) – Projet Mexique.
Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH), dans le cadre de l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme
Groupe de travail sur la politique migratoire
Initiative mésoaméricaine des femmes défenseures des droits humains (IM-Defensoras)
Organisation mondiale contre la torture (OMCT), dans le cadre de l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'homme
Plateforme pour la paix et les droits de l'homme Mexique – Union européenne
Réseau national des femmes défenseures des droits humains au Mexique
Réseau national des organisations de défense des droits de l'homme « Tous les droits pour tous » (Réseau TDT)
REDIM (Réseau pour les droits de l'enfant au Mexique)
Kenia Hernández est avocate, féministe et défenseure des droits humains. En tant que coordinatrice du Collectif libertaire Zapata Vive et cofondatrice et membre du Mouvement pour la liberté des prisonniers politiques de l'État de Guerrero (MOLPEG), elle a soutenu les survivantes de violences sexistes, les familles de victimes de féminicides, les personnes injustement privées de liberté et les personnes affectées par les activités des entreprises extractives. Kenia avait été contrainte de quitter l'État de Guerrero en raison des persécutions et des menaces qu'elle avait subies de la part d'agents de l'État et de paramilitaires en raison de son travail de défense des droits humains. ↩︎︎
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