Chili : Où est Julia Chuñil ?

Publié le 10 Août 2025

7 août 2025

Le 8 novembre 2024, les forêts indigènes de la région de Los Ríos, au sud du Chili, ont été témoins de la disparition de Julia Chuñil Catricura, une défenseure écologiste mapuche de 73 ans. Ce qui avait commencé comme une simple affaire de disparition s'est rapidement transformé en symbole de lutte territoriale et de criminalisation de la contestation autochtone, révélant un réseau d'intérêts économiques, d'omissions de l'État et une lutte acharnée pour la vérité.

La lutte de Julia Chuñil, présidente de la communauté de Putreguel à Máfil, est fondamentale pour la protection d'environ 900 hectares de forêt indigène, un territoire ancestral en conflit permanent avec une influente entreprise forestière. Sa famille et la communauté mapuche, connaissant bien le territoire et les menaces qui pesaient sur elle, savaient dès le départ que Julia n'était pas perdue. Elle avait été expulsée de force.

La découverte de ses effets personnels, dont sa canne, à deux kilomètres de son domicile sur une route inhabituelle, et la présence de traces de pneus « inhabituelles » dans les environs suggèrent un acte prémédité. L'absence de son chien, Cholito, qui ne la quittait jamais, a renforcé l'hypothèse d'une disparition forcée. La pluie, incessante dans le sud du Chili, a effacé les traces de véhicules, annihilant un élément clé de l'enquête et laissant un sentiment d'impuissance.

 

Un conflit historique

 

La disparition de Julia s'inscrit dans un conflit de longue date. Pendant des années, la leader mapuche s'est opposée aux projets d'exploitation forestière d'un entrepreneur forestier, descendant de colons allemands qui, avec le soutien de l'État depuis le XIXe siècle, s'est emparé de terres ancestrales. Julia avait prévenu ses proches : « S'il m'arrive quelque chose, vous savez qui sont les coupables. »

La plainte déposée par la famille, en collaboration avec l'ONG Escazú Ahora, pointe directement du doigt cet homme d'affaires. Cependant, l'enquête, dans un retournement de situation qui a indigné les organisations de défense des droits humains, a été un véritable labyrinthe d'irrégularités. Trois procureurs ont traité l'affaire en cinq mois, une situation instable qui a paralysé le processus judiciaire. Parallèlement, de graves actes de coercition et de harcèlement policiers contre la famille ont été signalés, notamment une perquisition sans mandat et un interrogatoire au cours duquel un policier aurait sorti son arme pour contraindre la fille de Julia à avouer la disparition de sa mère. En revanche, le principal suspect est resté silencieux, apparemment insensible aux autorités.

Cette disparité de traitement a semé une profonde méfiance envers la justice chilienne. Le silence de la Corporation nationale pour le développement indigène (CONADI), qui aurait omis d'informer la communauté de Putreguel de la vente d'une partie de ses terres à l'entrepreneur, a également été vivement critiqué, soulignant une complicité par omission de l'État.

 

La réclamation devant la CIDH

 

Compte tenu de l'absence de progrès et des irrégularités constatées dans l'enquête, l'affaire Julia Chuñil a dépassé les frontières chiliennes. Suite à une demande de mesures conservatoires déposée le 8 janvier 2025, la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) est intervenue de manière significative. Le 14 juillet 2025, la CIDH a adopté la résolution 48/2025, accordant des mesures conservatoires en faveur de Julia Chuñil.

La Commission a conclu que Julia courait un « risque grave et urgent de subir un préjudice irréparable à ses droits ». Elle a également exprimé sa « vive inquiétude » face au fait que plus de sept mois se soient écoulés sans aucune information permettant de clarifier les faits. Par conséquent, la CIDH a demandé à l'État chilien d'« intensifier ses efforts pour déterminer la situation et le lieu de détention de Julia Chuñil » et de « rendre compte des mesures prises pour enquêter sur les faits allégués ».

Cette décision de la CIDH érige non seulement la disparition en préoccupation internationale en matière de droits humains, mais confirme également les préoccupations de la société civile et de la famille. La Commission a reconnu le « risque spécifique et élevé » auquel Julia est exposée en raison de son statut de dirigeante autochtone, de personne âgée et de défenseure des droits humains dans un contexte de conflit territorial ou environnemental.

Pendant ce temps, au Chili, la disparition de Julia a déclenché une vague de protestations. La campagne « Où est Julia Chuñil ? » a recueilli le soutien de plus de 300 organisations, qui se sont unies pour réclamer justice. Par le biais de marches, des réseaux sociaux et d'événements culturels, la société civile a réussi à entretenir la mémoire de Julia, humanisant son histoire et inscrivant son combat dans un mouvement plus large contre l'écocide, la criminalisation des peuples autochtones et les injustices systémiques.

L'Assemblée pour l'unité des luttes et Julia Chuñil, l'une des voix les plus actives dans cette cause, a dénoncé avec force la « presse bourgeoise » et ses tentatives de délégitimer la famille. Ce conflit de récits illustre l'importance d'une information indépendante.

Sept mois après sa disparition, le sort de Julia Chuñil demeure un mystère. Pourtant, son cas a révélé les profondes failles d'un système qui, dans la pratique, privilégie les intérêts économiques aux droits humains.

 

Conférence de presse et événement

 

Ce vendredi 8 août, à 10 heures, une conférence de presse se tiendra au Mémorial du Stade National de Santiago du Chili. Des informations sur l'affaire y seront présentées. Cette conférence servira de prélude à l'événement politique et social en faveur de Julia Chuñil et de l'unité des luttes, qui aura lieu à 16 heures.

Le combat de Julia est un combat pour la terre, la justice et le droit de défendre l'environnement sans craindre d'être réduite au silence. Sa famille et diverses organisations dénoncent la responsabilité de l'État chilien et critiquent sévèrement le gouvernement de Gabriel Boric pour la situation actuelle des droits humains dans ce pays andin. L'indignation internationale se fait entendre : Où est Julia Chuñil ?

traduction caro d'un article d'Infoterritorial du 07/08/2025

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Chili, #Peuples originaires, #Mapuche, #Los desaparecidos

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